Procès du Mediator : « Il est l’heure que la justice passe », confie la fille d’une victime

INTERVIEW Lisa Boussinot a été la première en France à déposer plainte pour « homicide involontaire » à la suite du décès de sa mère, morte d’avoir pris du Mediator. Elle livre son sentiment sur le procès des laboratoires Servier qui s’ouvre ce lundi

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Lisa Boussinot a été la première personne en France à déposer plainte pour «homicide involontaire» contre les laboratoires Servier dans le cadre du scandale du Médiator.
Lisa Boussinot a été la première personne en France à déposer plainte pour «homicide involontaire» contre les laboratoires Servier dans le cadre du scandale du Médiator. — L. BOUSSINOT
  • La mère de Lisa Boussinot est morte en 2004 d’avoir pris du Mediator.
  • Lisa est la première personne en France à avoir déposé plainte au pénal pour « homicide involontaire ».
  • Elle évoque le procès des laboratoires Servier qui s’ouvre, ce lundi, à Paris.

« La faute à pas de chance… » Entre 2004 et 2010, voilà comment Lisa Boussinot parlait du décès de sa maman, Pascale. Âgée de 51 ans, cette inspectrice de l’Education nationale évoquait souvent sa faculté à ne jamais tomber malade. Jusqu’à ce qu’on lui diagnostique, en 2002, une hyperglycéridémie. « Finalement, elle est morte deux ans plus tard d’une rupture du cordage des valves cardiaques, explique sa fille. Mais ce n’est qu’en 2010, en lisant le livre d’Irène Frachon, qu’on a fait le lien avec le Mediator. On lui en avait prescrit pour soigner cette maladie… »

Ce lundi, Lisa Boussinot fera le déplacement jusqu’au tribunal correctionnel de Paris pour assister au premier jour du procès du scandale sanitaire de ce médicament des laboratoires Servier. Huit ans après avoir été la première à déposer une plainte au pénal pour « homicide involontaire », elle confie à 20 Minutes ses attentes et admet que sa colère est intacte.

Votre mère est décédée il y a quinze ans. Vous avez déposé une plainte il y a huit ans. Dans quel état d’esprit êtes-vous alors que le procès du Mediator va enfin débuter ?

Je me dis que c’est l’heure ! Je pense qu’il est temps que la justice passe. Il a fallu le temps de l’instruction. Huit ans… C’est long. Mais je suis avocate. Je sais bien que ce temps était nécessaire. Aujourd’hui, je sais aussi qu’il est l’heure de déterminer les responsabilités et de délivrer les sanctions. J’en ai besoin.

Vous en avez besoin pour quoi ?

Cela peut paraître bête à dire, mais j’en ai besoin pour finir de faire mon deuil. J’ai besoin de clôturer cette histoire. Au début, on pensait que ma mère était juste morte à cause de "la faute à pas de chance". Mais non… Je vais montrer à ce procès qu’elle est morte à cause des escrocs de Servier.

Vous avez été la première à déposer une plainte pour « homicide involontaire » dans ce dossier. Vous sentez-vous une responsabilité particulière ?

Oui, celle de continuer le combat. Je sais déjà que quelle que soit la décision du tribunal, il y aura un procès en appel. Si c’est le cas, je ne m’arrêterai pas, je ne les lâcherai pas.

Ce procès va durer un peu plus de six mois. Vous résidez à Antibes (Alpes-Maritimes). Comment allez-vous vous y prendre pour suivre les débats ?

Avec mon père, Frédéric, et mon frère, Guillaume, nous avons décidé de venir ce lundi pour l’ouverture de l’audience. Notre présence est symbolique. Mais j’en ai besoin. J’ai besoin de voir la salle d’audience où ils vont être jugés… Après je viendrai ponctuellement pour certaines audiences. Je sais déjà que je vais venir début décembre pour être entendue par le tribunal.

Qu’avez-vous prévu de dire à cette occasion ?

Je veux parler de ma mère. De son décès. J’avais 20 ans. Elle en avait 51. Je veux parler de notre souffrance. J’appréhende évidemment ce moment mais c’est nécessaire que le tribunal connaisse cette histoire.