Procès de la France Insoumise : « J’ai eu l’attitude adaptée à la violence que je pensais subir » se défend Mélenchon

PROCES Jugé au côté de cinq autres cadres du parti, Jean-Luc Mélenchon est le premier à avoir été auditionné par le tribunal correctionnel de Bobigny

Hélène Sergent

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Jean-Luc Mélenchon à la sortie de l'audience à Bobigny, le 19 septembre 2019.
Jean-Luc Mélenchon à la sortie de l'audience à Bobigny, le 19 septembre 2019. — Clemence CURTY / AFP
  • Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches sont jugés jeudi et vendredi à Bobigny après les incidents survenus lors de la perquisition du siège de LFI, en octobre 2018.
  • Le patron de la France insoumise dénonce depuis un « procès politique ».
  • Ils encourent jusqu’à dix ans de prison, une amende de 150.000 euros et 5 ans d’inéligibilité.

Jean-Luc Mélenchon l’a répété à la barre, il n’a pas l’habitude de comparaître devant un tribunal. Et cela s’est vu. Alors il a fait ce qu'il sait faire de mieux: le tribun. Premier des cinq prévenus de la France insoumise poursuivis pour « rébellion » et « actes d’intimidation » à être auditionné, l’élu a contesté l’ensemble des faits qui lui sont reprochés.

Tour à tour, l'élu a invoqué le sentiment d’humiliation ressenti lors de ces perquisitions menées à son domicile et dans les locaux de son parti, la cohue qui régnait alors et l’attaque politique menée selon lui par la majorité au pouvoir à l’encontre de sa formation. Une défense maladroite affaiblie par les vidéos de la scène diffusées à de multiples reprises sous différents angles avant son audition.

L’humiliation et la tension

Le président Benoît Descoubes a pensé, un temps, ne pas interroger le prévenu : « Je ne savais pas quelle question vous poser puisque la matérialité des faits qu’on vous reproche est établie par vos propres publications sur Facebook, par les images tournées par les journalistes et celle des policiers », lâche-t-il. Soulignant l’arrivée tonitruante du député dans les locaux de la France insoumise le matin de la perquisition, il lance finalement : « Tout de suite, en arrivant, vous criez. Pourquoi ? ».

À cette courte question, Jean-Luc Mélenchon a longuement déroulé sa défense. D’abord, l’élu a souligné le contexte de cette matinée. « J’ai été réveillé chez moi à 7 heures du matin par des policiers armés, j’avoue que j’ai commencé ma journée de manière assez perturbée », explique-t-il bras croisés dans le dos. À cette tension matinale s’est ajouté le sentiment d’« humiliation » : « Ce sont mes locaux (…) de quel droit suis-je traité de cette façon ? (…) Tout vole en éclat, vous n’êtes plus rien, vous êtes chez vous mais vous ne pouvez pas rentrer ». Et si la situation a dégénéré ce matin-là, c’est avant tout la responsabilité de l’autorité judiciaire qui ne s’est pas présentée à lui pour lancer et lui présenter cette opération de perquisition : « Quand j’arrive là et qu’on ne me dit rien, pas un mot, la relation d’autorité à laquelle je m’apprête à consentir s’effondre ».

« J’ai toujours parlé fort »

Cet élément a été maintes fois avancé par Jean-Luc Mélenchon à l’audience. Le refus de laisser entrer les cadres restés sur le palier du 43 rue de Dunkerque serait, selon les prévenus, au cœur des scènes filmées par l’émission Quotidien (TMC). Pour le député de Marseille, une perquisition en son absence était inenvisageable malgré la présence formelle de deux cadres du parti au côté des policiers. Usant du tribunal comme d'une agora, l'homme convoque tour à tour Robespierre, la Bastille ou les Etats Généraux.

Et s’il parle fort face aux fonctionnaires de police, c’est parce qu’il souffre de problèmes d’audition confie l’élu à voix basse : « Il m’arrive à certains moments de ne pas être en mesure de comprendre ce qu’on me dit. Une raison sur laquelle je n’aime pas m’appesantir. Je suis malentendant. Je parle fort parce que j’ai toujours parlé fort ». Jamais le président du groupe insoumis n’a reconnu les faits avancés par le parquet. Après plus de deux heures d’audition, le prévenu va jusqu’à contester les images diffusées dans la matinée :

« Contestez-vous le geste ? Vous n’avez poussé personne ? » demande l’avocat du procureur bousculé par Jean-Luc Mélenchon.

« Je n’ai poussé personne violemment ».

« Alors les images mentent ? »

« Elles mentent depuis 2.000 ans » rétorque l’élu.

Deux poids, deux mesures

Ciblé depuis une semaine dans les interventions médiatiques des députés et militants insoumis, l’avocat de plusieurs parties civiles, Eric Dupond-Moretti n’a pas épargné Jean-Luc Mélenchon. Avant le parquet, il a pointé le sentiment d’impunité des prévenus : « Y’a 35 ans que je plaide à Bobigny, y’a pas un soir où je suis sorti de ce tribunal et où je n’ai pas entendu un outrage. Le gamin qui dit ça à un flic, il est poursuivi pour outrage. Est-ce que vous leur présentez des excuses à ces gens ? », demande l’avocat.

Un « deux poids, deux mesures » balayé maladroitement par le député : « Pas un instant, je me suis comporté comme quelqu’un qui ne croit pas en leur métier (…) pas un instant ne laissait entendre que je n’ai pas respecté la personne humaine ! Je regrette profondément de vous avoir perturbé avec mes décibels ayant nécessité sept jours d’ITT », s’emporte-t-il. « Ce sont de drôles d’excuses que vous leur faites. Vous vous excusez pour les décibels. Mais y’a aussi les mots », s’étonne Eric Dupond-Moretti. Ce sera pourtant l’unique mea culpa du prévenu, qui conclut : « J’ai eu l’attitude adaptée à la violence que je pensais subir ».

Le procès doit se poursuivre jusqu’à vendredi.