Affaire de pédophilie à Jonzac : « Mes clients sont tous d’anciens patients du chirurgien qui figurent dans les carnets »

INTERVIEW Sept anciens patients de l'ex-chirurgien de Jonzac se sont rapprochés de maître Francesca Satta pour qu’elle assure leur défense dans le deuxième volet de l’affaire, qui concerne des faits d’agressions sexuelles et de viols racontés dans des carnets découverts chez lui…

Propos recueillis par Elsa Provenzano

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Maître Francesca Satta défend la famille d'une victime, âgée de 5 ans au moment des faits.
Maître Francesca Satta défend la famille d'une victime, âgée de 5 ans au moment des faits. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Sept personnes, d’anciens patients du chirurgien aujourd’hui trentenaires pour la plupart, ont fait appel à maître Francesca Satta, pour les défendre.
  • Ce second volet de l’affaire concerne des faits d’agressions sexuelles et de viols racontés dans des carnets retrouvés au domicile du chirurgien lors de la première enquête le concernant.
  • Les plaignants n’ont pas toujours de souvenirs clairs de ce qui s’est passé, alors qu’ils étaient mineurs.
  • L’avocat du chirurgien rappelle que la position de son client est de dire que les récits figurant dans ses carnets sont de l’ordre du fantasme.

Un sexagénaire, ancien chirurgien digestif à Jonzac en Charente-Maritime, sera jugé début 2020 devant les Assises de Charente-Maritime pour des faits d’agressions sexuelles et de viols sur quatre mineurs. Il a été placé en détention provisoire en mai 2017 dans l’attente de son procès.

Une perquisition menée à son domicile pour cette première enquête a donné lieu à l’ouverture d’une seconde. Les gendarmes ont découvert chez lui des carnets dans lesquels le chirurgien narre des relations sexuelles avec des mineurs. Il y mentionne aussi quelque 200 noms. Sept personnes se sont rapprochées de maître Francesca Satta, conseil de la famille de la mineure qui a déclenché la première affaire, dans ce deuxième volet. Elle fait un point pour 20 Minutes sur l’avancée du dossier.

Comment ces personnes ont-elles été amenées à se manifester auprès de vous ?

Certaines m’ont contactée après ce qu’elles ont pu lire dans la presse ou parce qu’elles ont été sollicitées par les gendarmes. Parmi elles, plusieurs ont déposé plainte et d’autres sont en voie de le faire. Elles sont originaires de Loches, Vannes et d’Indre-et-Loire.

Figurent-elles dans les carnets retrouvés au domicile du chirurgien et de quoi se souviennent-elles ?

Oui, mes clients sont tous d’anciens patients du chirurgien qui figurent dans les carnets. C’est très compliqué de recueillir leur parole pour moi, parce qu’ils n’ont pas toujours une mémoire claire de ce qui s’est passé. Certains font un travail avec un psychologue ou un hypnotiseur. On sait par exemple qu’un souvenir d’une douleur extrême à l’estomac peut correspondre à la rupture d’un hymen.

Certains ont complètement occulté ce qui s’est passé mais sont rattrapés par des traumatismes sexuels par exemple, ou par des addictions, etc. Certains souvenirs ont pu rejaillir pour certains après avoir été contactés par les gendarmes.

Certains faits pourraient-ils être prescrits ?

Mes clients sont âgés d’une trentaine d’années pour la plupart, un seul a un peu plus de vingt ans. Certains faits d’agressions sexuelles pourraient être concernés par la prescription (de 20 ans à compter de la majorité) mais pas ceux relatifs à des viols (30 ans à compter de la majorité).

« Fantasmes »

« Aujourd’hui, il n’a jamais été établi qu’à ces 200 noms étaient accolés 200 faits qui se sont réellement déroulés. Je rappelle que mon client est présumé innocent. J’en appelle donc à la prudence, laissons les enquêteurs faire leur travail. Je rappelle que sur les faits relatés dans ces carnets, aussi sordides et immondes soient-ils, la position de mon client est de dire que ce sont des fantasmes. »

Il reste encore plusieurs mois d’instruction dans cette affaire complexe et le nombre de plaignants peut encore évoluer.