VIDEO. Perquisition à LFI : Jean-Luc Mélenchon dénonce un « procès politique », une stratégie risquée ?

POLITIQUE Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches sont jugés jeudi et vendredi à Bobigny, pour les incidents ayant émaillé la perquisition au siège de LFI en octobre 2018

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Mélenchon, illustration.
Mélenchon, illustration. — Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
  • Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches sont jugés jeudi et vendredi à Bobigny après les incidents survenus lors de la perquisition du siège de LFI, l’an dernier.
  • Le patron de la France insoumise dénonce un « procès politique ».
  • « Il est clair que je ne suis pas convoqué avec mes camarades pour être jugé mais pour être mis au pilori et condamné », écrit-il.

La stratégie a été décidée il y a plusieurs mois par Jean-Luc Mélenchon et ses proches. Montrer que l’audience qui s’ouvre jeudi et vendredi à Bobigny (Seine-Saint-Denis), pour les incidents ayant émaillé la perquisition du siège de La France insoumise en octobre 2018, est « un procès politique ». L’enquête sur des soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen et les comptes de la campagne 2017, la « disproportion » de la perquisition et les comparutions de Jean-Luc Mélenchon et de cinq insoumis ne seraient, selon eux, que des persécutions judiciaires contre des opposants au pouvoir.

« Un procès programmé comme un spectacle par une succession de fuites de presse et la préparation d’une affiche aguichante. C’est un procès politique. Une première en France », écrit le tribun dans son nouvel ouvrage Et ainsi de suite (Plon), à paraître ce jeudi, jour-même de l’ouverture du procès. « Il est clair que je ne suis pas convoqué avec mes camarades pour être jugé mais pour être mis au pilori et condamné. Je ne dois pas accepter de me faire couper la gorge dans le vacarme confus de l’information spectacle qui va prévaloir », accuse le patron de LFI, poursuivi pour acte d’intimidation, rébellion et provocation directe à la rébellion.

« Il fallait tirer la sonnette d’alarme, car la persécution judiciaire est devenue une constante »

Le député des Bouches-du-Rhône a lancé cette contre-attaque lors de son voyage en Amérique latine cet été. Il a notamment rendu visite à Lula, incarcéré pour corruption depuis avril 2018. L’ancien président brésilien se dit victime d’un complot pour l'empêcher de revenir au pouvoir. Des échanges de messages, publiés sur le site The Intercept Brasil en juin, mettent en doute l'impartialité des procureurs chargés du dossier.

Jean-Luc Mélenchon écrit début septembre sur son blog : « Lula nous l’a dit : il n’y a pas d’issue judiciaire pour nous dans ce type de situation. Aucune naïveté n’est possible. Tout est politique et la réplique doit être aussi politique et coûteuse pour nos adversaires qu’elle l’est pour nous ».

Depuis son retour en France, le tribun multiplie donc les conférences de presse et les sorties médiatiques pour dénoncer « la tactique du lawfare », c’est-à-dire « l’instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques ». Le 7 septembre, il signe une tribune dans le JDD avec Lula et 200 personnalités issus de divers horizons pour dénoncer cette pratique qui sévirait au Brésil, en Argentine, en Egypte, au Cameroun, et désormais en France.

« Il fallait tirer la sonnette d’alarme, car la persécution judiciaire est devenue une constante. Lula, ou [le Prix Nobel de la paix argentin] Adolfo Perez Esquivel sont inquiets de ce qui se passe en France », dit Raquel Garrido, ancienne porte-parole de LFI. « Ce qui se joue, dans ce procès, ce n’est pas le sort de Mélenchon, mais le fait de montrer qu’on vit dans un pays où les standards démocratiques ne sont pas à la hauteur. Les insoumis ne sont pas des guérilleros, ils n’ont rien à faire devant un tribunal pénal », ajoute l’ex-avocate de Mélenchon.

Une stratégie risquée ?

Les insoumis ont donc opté pour la stratégie de l’affrontement avec la justice, l’exécutif et les médias. Un choix politique risqué, car la séquence des perquisitions de l’automne dernier avait été coûteuse en termes de popularité pour Jean-Luc Mélenchon et avait participé à l’échec de LFI aux européennes (6.31 %) « Cet épisode a contribué à disloquer la presidentialité que Jean-Luc Mélenchon avait forgée lors des débats en 2017 : calme, faisant preuve d’humour », rappelle Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP. « A l’époque [de la perquisition], on a été mauvais en termes de com’, assure une source proche du dossier. Les images avaient eu un effet terrible pour Mélenchon. Et avec le procès, on savait qu’une pièce allait être remise dans la machine. Quotidien [l’émission de TMC] allait de nouveau passer en boucle les images. Il fallait reprendre la main. Mélenchon a donc intégré le procès à son calendrier politique. »

LFI espère donc tirer profit de la forte médiatisation des audiences, accentuée encore un peu plus avec l’irruption d’Eric Dupont-Moretti, en charge de la défense des trois policiers plaignants. Il a d’ailleurs déjà commencé à croiser le fer par médias interposés avec le député de Marseille. « Dupont-Moretti, c’est le bon client. Il fait monter la sauce », poursuit la source. Les insoumis pensent que l’impétueux avocat, habitué des coups d’éclats, permettra à Jean-Luc Mélenchon et les autres prévenus de se poser en victimes.

« Peut-on accepter, dans une démocratie, que le parquet, placé sous l’autorité de la ministre de la Justice, puisse perquisitionner une force politique d’opposition, de manière aussi disproportionnée, comme on le fait habituellement contre des terroristes ? », interroge ainsi l’eurodéputé Manuel Bompard, présent lors de la perquisition et poursuivi pour rébellion.

Mais avec ce plan de bataille, le mouvement joue gros. « La victimisation ne correspond pas à ce qu’attendent les Français des personnalités politiques. Et la séquence du procès cannibalise tout, les propositions de LFI ne sont pas audibles », met en garde Frédéric Dabi. « Si on veut gagner le procès dans les urnes, la stratégie politique, c’est très bien, ajoute un proche du dossier. Mais pour obtenir la relaxe, c’est risqué ». En interne, on craint qu’une peine d’inéligibilité soit prononcée contre Jean-Luc Mélenchon. Ce qui pourrait l’empêcher d’être candidat à la présidentielle de 2022.