Qui est Patrice Alègre, le tueur en série toulousain qui veut recouvrer la liberté ?

JUSTICE Après 22 ans passés derrière les barreaux, le tueur en série Patrice Alègre va demander un aménagement de peine. Ce « pervers narcissique » avait été condamné en 2002 pour cinq meurtres et une tentative

Béatrice Colin

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Patrice Alègre, lors de son procès devant les assises de la Haute-Garonne en 2002. Il a été condamné à la prison à perpétuité pour cinq meurtres et une tentative de meurtre.
Patrice Alègre, lors de son procès devant les assises de la Haute-Garonne en 2002. Il a été condamné à la prison à perpétuité pour cinq meurtres et une tentative de meurtre. — CHRISTOPHE ENA/AP/SIPA
  • En 2002, Patrice Alègre est condamné par la cour d’assises de la Haute-Garonne à la prison à perpétuité, assortie à une peine de sûreté de 22 ans, pour le meurtre de cinq femmes, leur viol, ainsi qu’une tentative de meurtre.
  • Après 22 ans derrière les barreaux, le « tueur en série » va déposer ce vendredi une demande d'aménagement de peine.
  • Décrit comme un « pervers narcissique », ce sont les psychiatres qui devront dire s’il a évolué en prison ou s’il reste dangereux pour la société.

Il y a 22 ans, le regard bleu acier de Patrice Alègre surgissait sur les écrans de télévision, sans vraiment retenir l’attention, l’actualité étant focalisée sur la mort de Lady Diana. Ce Toulousain de 29 ans, fils d’un CRS qu’il déteste et d’une mère aux multiples liaisons, a été interpellé le 5 septembre 1997 à Chatenay-Malabry. Les Français vont découvrir au cours des mois qui suivent qu’il s’agit de l’un des tueurs en série les plus pervers.

Ce vendredi, celui qui a purgé l’intégralité de la période de sûreté à laquelle il a été condamné en 2002, va demander un aménagement de peine. C’est son avocat de la première heure, Pierre Alfort, qui l’a annoncé. Le pénaliste n’avait pas eu de nouvelles de son ancien client depuis seize ans. Le mois dernier, c’est la compagne de Patrice Alègre qui l’a contacté pour lui faire part de la volonté du détenu.

« Après 24 heures de réflexion, j’ai accepté et je lui ai rendu visite à la centrale de Moulins (Allier) mercredi dernier. Nous arrivons à l’issue de sa peine de sûreté, il est en droit de déposer cette demande, le législateur l’a prévu ainsi, ça ne se discute pas. La question est de savoir si elle est bien fondée, s’il a évolué, et ce n’est pas à moi de donner la réponse, il sera expertisé par des psychiatres et le tribunal d’application des peines se prononcera », poursuit Pierre Alfort.

Pervers narcissique

Sa première entrevue avec son client remonte à 1997. A l’époque, Patrice Alègre fuyait depuis plusieurs semaines et n’a opposé aucune résistance aux policiers qui lui avaient tendu un piège.

Moins de 48 heures auparavant, à Paris, il avait sauvagement violé et tué Isabelle Chicherie, une employée de la SNCF qu’il avait rencontrée en Espagne et qui l’avait accueilli chez elle. Mais ce n’est pas le seul meurtre qui est imputé à celui que les experts psychiatres ont décrit comme un « psychopathe », « prédateur narcissique ».

Depuis plusieurs mois, les gendarmes de la section de recherches de la Ville rose étaient sur sa piste. Ils ont accumulé des preuves et indices qui l’incriminaient dans au moins deux autres meurtres et une tentative, perpétrés au cours des sept années précédentes.

Il en avouera deux de plus. Lors de ses auditions, il s’est montré coopératif, « sans aucun sentiment, de façon très plate », rapportera un enquêteur à la barre lors de son procès. Et c’est bien l’un des traits qui caractérisent Patrice Alègre.

Si au quotidien, cet homme athlétique, prêt à parler de rugby durant des heures, se montrait sympa et avenant, séducteur, lorsqu’il s’agit d’évoquer ses crimes, il a du mal à expliquer son passage à l’acte. Tout autant que la barbarie avec laquelle il s’est acharné sur ses victimes.

Le séducteur barbare

« On ne comprend pas comment on peut passer d’une journée aussi agréable, avec quelqu’un de très sympathique, et en l’espace d’une minute (…) se faire étrangler par un monstre », racontera à la télé Emilie Espès. Cette jeune femme est la seule victime à avoir survécu à l’agression que lui a fait subir Patrice Alègre une nuit de février 1997. Après une soirée en boîte de nuit, elle s’est endormie alors que le jeune homme qu’elle avait connu le matin même la ramenait chez elle. Son réveil est brutal, sur la banquette arrière, des mains autour de son cou la privant d’oxygène.

Le Toulousain l’a violée, mais en lui parlant, elle a su le ramener dans la réalité. Il s’est alors excusé, a pleuré relatera-t-elle lors du procès. « C’est un être humain quand même, il a des moments de sincérité », va reconnaître la jeune femme qui a mis fin à ses jours depuis. Une humanité que son avocat, Pierre Alfort, avait tenté de mettre en lumière, de faire transpirer de cet être qui ne s’est jamais vraiment livré, si ce n’est pour dire qu’il aimait sa fille.

Son profil de tueur en série a poussé les gendarmes à créer une cellule d’enquête spéciale dès 2000 pour savoir s’il n’était pas l’auteur d’autres meurtres de jeunes femmes non résolus. Ils ont planché sur des centaines de dossiers et le prédateur a été mis en examen pour quatre autres pour lesquels il a bénéficié d’un non-lieu.

En 2003, auditionnées, deux ex-prostituées vont l’accuser du meurtre de Line Galbardi et d’un travesti, Claude Martinez. Patrice Alègre serait selon leurs dires couvert par des policiers, magistrats et des personnalités toulousaines seraient impliqués, dont l’ancien député-maire Dominique Baudis. C’est le début de la seconde affaire Alègre qui entraînera un tourbillon médiatique, au cours duquel le tueur en série reconnaîtra à un moment être l’auteur de ces crimes avant de se rétracter. Elle se soldera par un non-lieu définitif en 2005.

L’opposition des familles

Depuis, Patrice Alègre, 51 ans, a purgé sa peine de prison, travaillant aux ateliers, sans faire parler de lui. Comme beaucoup de tueurs en série, il a eu des échanges épistolaires avec de nombreuses femmes. Jusqu’à ce qu’il rencontre une psychologue originaire du Canada, sa compagne aujourd’hui installée près de Moulins.

Son avocat a l’impression « qu’il s’est remis en question », peut-être grâce à son suivi régulier par un psychiatre. « Il m’a parlé des victimes, il m’a dit qu’il ne souhaitait ni choquer, ni heurter les familles », précise ce dernier. Des familles qui, elles, ne sont pas prêtes à le laisser recouvrer la liberté. « Nous nous y opposerons, c’est un prédateur », prévient Guy Debuisson, l’avocat de la famille de Laure Martinet, l’une de ses premières victimes.