Lyon : Une amende requise à l’encontre des militants qui avaient « réquisitionné » un portrait de Macron

PROCES Deux militants écologistes étaient jugés ce lundi après-midi pour « vol en réunion », pour avoir décroché le portrait du président de la République dans une mairie à Lyon

Elisa Frisullo

— 

Des militants écolos ayant décroché le portrait d'Emmanuel Macron en mairie pour dénoncer l'inaction climatique du gouvernement ont été jugés pour vol ce 2 septembre.
Des militants écolos ayant décroché le portrait d'Emmanuel Macron en mairie pour dénoncer l'inaction climatique du gouvernement ont été jugés pour vol ce 2 septembre. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Deux militants écologistes ont été jugés ce lundi à Lyon pour avoir réquisitionné un portrait d’Emmanuel Macron pour dénoncer « l’inaction politique face au dérèglement climatique ».
  • Une amende de 500 euros a été requise à leur encontre. Le jugement a été mis en délibéré.
  • Pour soutenir les militants et faire de ce rendez-vous judiciaire « le procès de l’inaction climatique », une marche et des tables rondes ont été organisées aux abords du tribunal.

Le 21 février, ils avaient pénétré dans les locaux de mairie du 2e arrondissement de Lyon pour décrocher et « réquisitionner » le portrait officiel du président de la République. A la suite de cet acte de désobéissance civile, 500 euros d’amende ont été requis à l’encontre de deux militants écologistes de 33 ans et 35 ans, jugés ce lundi devant le tribunal correctionnel pour « vol en réunion ».

Ce rendez-vous judiciaire a été l’occasion pour les militants mobilisés pour le climat de rappeler, tout au long de la journée, les enjeux de la mobilisation citoyenne et des actes de désobéissance civile de ce type, destinés à dénoncer « l’inaction du gouvernement face à l’urgence climatique ».

Cécile Duflot présente comme témoin

Parmi les tables rondes, débats et autres actions organisés aux abords du palais de justice, les militants de diverses associations ont organisé une marche en soutien aux « deux faucheurs » de portrait. L’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, était également présente à Lyon pour témoigner lors du procès, en soutien aux deux décrocheurs.

A la barre, les activistes ont rappelé, en réponse aux questions du président, les objectifs de leur opération « non-violente, réalisée à visage découvert ». « J’ai fait cette action car j’ai entendu depuis des années des experts dire que nous sommes face à un réchauffement climatique gravissime et qu’il faut radicalement changer de cap. Nos dirigeants ne sont pas à la hauteur et ne protègent pas les concitoyens », a lâché l’un d’eux.

« Je demande à M. Macron de respecter ses promesses et de prendre des lois contraignantes. Et de ne plus céder aux lobbies. J’ai décidé de mettre ma liberté et ma responsabilité en jeu face à cette urgence climatique », a-t-il ajouté, soucieux que soient respectés les accords de Paris sur le climat.

Des déclarations soutenues par l’ancienne secrétaire nationale des Verts. « En tant qu’ancien ministre, je sais qu’il ne s’agit pas d’une impossibilité de lutter contre le réchauffement climatique, mais d’un choix politique (…) En tant que militante écologique depuis 20 ans, j’ai pu constater une capacité douloureuse à prêcher dans le désert des scientifiques. Plus le temps passe, plus l’urgence est forte. Il ne s’agit pas de dégâts sur les générations futures, 2050 c’est demain », a déclaré Cécile Duflot.

128 portraits décrochés en France

Un risque environnemental et une urgence climatique qui ne justifient pas, selon le procureur de la République, le fait de décrocher et voler le portrait d’Emmanuel Macron. « Cela n’apporte rien au débat sur l’écologie et comme solution au problème du dérèglement climatique », a-t-il estimé dans ses réquisitions. Les deux militants poursuivis seront fixés sur le jugement le 16 septembre.

Ces « décrocheurs » ne sont pas les premiers à comparaître devant la justice pour ce type de faits. Depuis le début de l’année, 128 portraits d’Emmanuel Macron ont ainsi été subtilisés, selon le mouvement ANV COP21, un peu partout en France dans le cadre de la campagne « Décrochons Macron ».

Le 12 juin, lors du premier procès d’activistes de ce mouvement, un militant de l’association Action non violente COP21 Beaujolais a été condamné à une amende ferme de 250 euros. Les cinq autres personnes jugées à ses côtés ont écopé d’une amende avec sursis de 500 euros. Fin juin, le tribunal correctionnel de Strasbourg a relaxé les trois activistes qui avaient décroché le portrait de Macron à Kolbsheim, dans le Bas-Rhin.