Affaire de pédophilie à Jonzac : « Il n’a jamais été établi qu’à ces 200 noms étaient accolés 200 faits », tempère l’avocat du chirurgien

INTERVIEW Maître Thibaut Kurzawa défend Joël Le Scouarnec, le chirurgien jonzacais qui sera jugé début 2020 pour des faits de détention d’images pédopornographiques, d’agressions sexuelles et de viols sur quatre mineurs

Propos recueillis par Elsa Provenzano

— 

Thibaut Kurzawa, avocat au barreau de Saintes.
Thibaut Kurzawa, avocat au barreau de Saintes. — Cabinet Kurzawa
  • Joël Le Scouarnec, chirurgien jonzacais, sera jugé début 2020 pour des faits de détention d’images pédopornographiques, d’agressions sexuelles et de viols sur quatre mineurs.
  • Son avocat explique qu’il reconnaît certaines agressions sexuelles mais nie tout viol.
  • Concernant les carnets du médecin, qui ont donné lieu à l’ouverture d’une enquête parallèle puisqu’ils décrivent des actes sexuels sur environ 200 mineurs, l’avocat rappelle que les investigations débutent seulement. Son client maintient que ces écrits racontent simplement des fantasmes.

Maître Thibaut Kurzawa défend Joël Le Scouarnec, un chirurgien de Jonzac, en Charente-Maritime, en détention provisoire depuis mai 2017 et qui sera jugé début 2020 pour des faits d’agressions sexuelles et de viols sur quatre mineurs dont une petite voisine âgée de cinq ans à l’époque, et ses nièces. Il donne le point de vue de la défense sur un dossier sensible, qui comporte plusieurs volets.

Quelle est la position de votre client sur les faits pour lesquels il sera jugé début 2020 ?

Il reconnaît partiellement les faits pour lesquels il sera jugé l’année prochaine. Il est poursuivi pour détention d’images pédopornographiques, cela n’est pas contesté, et surtout pour des faits d’agressions sexuelles et de viols. Il conteste certaines agressions sexuelles sur certaines victimes et dans tous les cas, il conteste toute pénétration donc les faits de viol.

La découverte à son domicile de carnets décrivant des actes sexuels avec environ 200 personnes mineures donne lieu à une nouvelle enquête, en cours. Que dit-il à propos de ses carnets ?

Il y a d’un côté la volonté de faire du buzz en évoquant tous ces détails des carnets et de l’autre, et c’est la position que l’on a, laisser l’enquête se poursuivre, déterminer qui sont ces 200 personnes s’il y en a 200, et ce qui s’est passé. Aujourd’hui, il n’a jamais été établi qu’à ces 200 noms étaient accolés 200 faits qui se sont réellement déroulés.

Je rappelle que mon client est présumé innocent. J’en appelle donc à la prudence, laissons les enquêteurs faire leur travail. Je rappelle que sur les faits relatés dans ces carnets, aussi sordides et immondes soient-ils, la position de mon client est de dire que ce sont des fantasmes.

Mais les faits d’agression sexuelle sur ses nièces figurent aussi dans ces carnets, tout n’y est peut-être pas alors de l’ordre du fantasme ?

Ceux-là sont reconnus partiellement mais pour les 200 autres c’est beaucoup trop tôt car il n’a même pas été interrogé sur ces noms. Ce sera à l’enquête de déterminer si les faits sont vrais ou pas.

Effectivement il y a eu des écrits sordides qui renvoient à une déviance sexuelle et je vous assure que mon client en est le premier convaincu. Il reconnaît qu’il a un problème d’attirance vis-à-vis des mineurs. Il se soigne aujourd’hui.

Dans ces écrits, des scènes d’agressions sexuelles sur des patients mineurs du chirurgien sont décrites. Qu’en dit-il ?

Il explique que ce sont des fantasmes. Il ne reconnaît pas d’agressions sexuelles sur son lieu de travail.

Que voulez-vous dire quand vous dites qu’il se soigne ?

Interpellé en mai 2017, il a vécu l’arrestation comme un soulagement. Il était dans un engrenage depuis des dizaines d’années où il passait sa vie, ses nuits à écrire des choses sordides ou à manifester son attirance pour les personnes mineures. Il était aussi très seul quand il ne travaillait pas.

En détention provisoire, il fait usage de son droit de voir un psychologue tous les 15 jours. Ce n’est pas une obligation mais une démarche volontaire. Son but est de comprendre pourquoi et comment il a pu en arriver là et surtout de ne pas recommencer. Il est prêt à assumer et à payer pour les actes qu’il a commis mais seulement pour ceux-là.

Dans quel état d’esprit va-t-il aborder son procès ?

Je souligne qu’il a collaboré avec le magistrat instructeur et les enquêteurs tout au long de l’instruction. Il mesure à sa façon l’impact psychologique que ses actes ont pu avoir sur les victimes. Lorsqu’il a agressé une mineure, il dit que ce qu’il a fait est lamentable, il est dans l’empathie. Il est prêt à répondre de ses actes : il sait qu’il sera condamné et ce n’est pas quelqu’un qui va fuir ses responsabilités. Par contre, il conçoit que ses fantasmes dégoûtent mais il n’a pas à être jugé pour cela.