Affaire de pédophilie à Jonzac: «J'ai été écœurée à la lecture des carnets du chirurgien», livre l'avocate d'une partie civile

INTERVIEW Francesca Satta, l’avocate de la famille de la petite fille de 5 ans qui a révélé avoir été violée par un chirurgien de Jonzac en 2017 fait le point sur l’affaire. Celle-ci devrait être jugée à Saintes début 2020, après la constitution de quatre parties civiles

Propos recueillis par Elsa Provenzano

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Maître Francesca Satta défend la famille d'une victime, âgée de 5 ans au moment des faits.
Maître Francesca Satta défend la famille d'une victime, âgée de 5 ans au moment des faits. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Un chirurgien d’une soixantaine d’années est poursuivi pour des agressions sexuelles et viols sur quatre mineurs, dont sa voisine et ses nièces.
  • Son procès pourrait avoir lieu au début de l’année 2020 devant la Cour d’Assises de la Charente-Maritime.
  • Des perquisitions menées chez lui ont permis de découvrir des carnets qui détailleraient des faits similaires commis sur près de 200 mineurs, depuis le début des années 90.

Maître Francesca Satta défend la famille de la petite fille qui confie en 2017, alors qu’elle est âgée de cinq ans, avoir été violée par le voisin, un chirurgien digestif  âgé d’une soixantaine d’années. Son témoignage va en déclencher d’autres, émanant notamment des nièces du sexagénaire.

Au total quatre constitutions de parties civiles ont eu lieu et un procès pour des faits d’agressions sexuelles et de viols sur mineurs pourrait se tenir devant la cour d’assises de Charente-Maritime début 2020, puisqu’une ordonnance de mise en accusation a été émise à l’encontre du chirurgien, il y a quelques mois. L’avocate donne son éclairage sur cette affaire qui pourrait donner lieu à d’autres suites judiciaires.

Que raconte précisément la petite fille à ses proches ?

Un après-midi du mois de mai, alors que la petite revient de jouer dans le jardin, sa mère observe qu’elle n’est pas comme d’habitude. A force de la faire parler, la petite va expliquer que le voisin a eu un comportement bizarre et qu’il lui a demandé de le toucher (à travers le grillage qui sépare les deux propriétés). A partir de là, la mère dépose plainte, une enquête va s’ouvrir et donner lieu à trois interrogatoires de la fillette. Le dernier d’entre eux va révéler qu’elle a été violée par le chirurgien, elle raconte qu’il a passé son doigt dans son vagin. Le sexagénaire, présumé innocent, a nié les faits de viols pendant l'instruction.

Un examen médical a été mené après le recueil de son témoignage ?

Un examen gynécologique a confirmé que l’hymen avait été touché. L’hymen d’une petite de cet âge-là ne peut pas être dans un état pareil s’il n’y a eu introduction de quelque chose amenant une déformation.

Comment la famille que vous représentez traverse-t-elle cette épreuve ?

C’est très compliqué pour la famille, la petite et ses parents sont suivis psychologiquement. Le mis en cause a été placé en détention dès que l’affaire a été ouverte. Le procès, perçu comme un moyen de se réparer, est attendu avec impatience. La famille espère que la justice fasse face à cet homme-là et le punisse en conséquence.

Le sexagénaire avait déjà fait l’objet d’une condamnation en 2005 pour détention d’images pédopornographiques. Quelle avait été sa peine ?

Il a été condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis. On ne l’a pas empêché d’être en contact avec des mineurs notamment dans son exercice professionnel. On a peut-être alors considéré que c’était un fait isolé.

Comment décririez-vous le profil de ce chirurgien ?

Il a un quotient intellectuel particulièrement important qui lui permet de s’approcher de ses futures victimes assez facilement, parce qu’il inspire confiance. Un homme de soixante ans, chirurgien viscéral dans un hôpital à Jonzac, on peut penser qu’il est bon père de famille. Mais au contraire c’est quelqu’un qui est extrêmement pervers, qui n’a pas de repentance par rapport aux actes qu’il a commis.

Des perquisitions ont été menées à son domicile au cours de l’enquête, qu’ont-elles révélé ?

Sous les lattes du plancher ont été trouvés des petits baigneurs qu’il utilisait comme exutoires sexuels qui pouvaient comporter des chaînes et être mis en scène de façon sadomasochiste. On trouve aussi des photos de lui dénudé, en érection, avec une perruque aux cheveux longs sur la tête puisqu’il est assez fétichiste sur cette partie de l’anatomie féminine, il adore les cheveux très longs.

On trouve aussi des carnets de bords et deux répertoires, appelés vulvette et quéquette. Et là on remonte beaucoup plus loin dans le temps, jusqu’aux années 90, et ces écrits mentionnent 200 noms de mineurs. Pour chacun d’entre eux, il y a un recensement de faits précis et pour lesquels une enquête est en cours pour déterminer ce qui est vrai ou pas, ce qui relève du fantasme ou pas. 

Qu’avez-vous ressenti en consultant le contenu de ses carnets ?

J’ai été écœurée, pour tout vous dire il m’est arrivé de refermer le dossier à la lecture de certains passages. On est dans l’horreur la plus totale quand on voit comment un enfant est devenu aux yeux d’une personne un simple objet sexuel.

Des suites judiciaires pourraient avoir lieu en lien avec ces carnets ?

Avec 200 potentielles victimes, nous sommes face à un dossier d’une ampleur exceptionnelle. Si l’enquête démontre que les faits sont avérés, alors nous sommes face au pédophile du siècle, en France. D’autres plaintes ont déjà été déposées à ma connaissance par de nouvelles victimes mais je n’en connais pas le nombre exact.