Paris, le 9 juillet 2019. Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, intervient à l'Assemblée nationale.
Paris, le 9 juillet 2019. Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, intervient à l'Assemblée nationale. — Martin BUREAU / AFP

PROCÈS

Six «gilets jaunes» jugés pour une «manifestation nocturne» devant chez Marlène Schiappa

Le 24 mai, des « gilets jaunes » avaient bruyamment manifesté, en pleine nuit, devant le domicile de Marlène Schiappa au Mans (Sarthe)

  • Des « gilets jaunes » ont été jugés ce mercredi, au Mans, pour « trouble à la tranquillité ». La décision a été mise en délibéré au 27 septembre.
  • Le 24 mai, ils avaient bruyamment protesté contre Marlène Schiappa.
  • La secrétaire d’État a expliqué que ses enfants avaient été traumatisés.

Il était minuit et quart. Et cela faisait déjà plus de deux heures qu’ils déambulaient. Le moment idéal, donc, pour entonner : « On n’est pas fatigués ! On n’est pas fatigués ! » Mais ce 24 mai, en s’arrêtant devant le numéro 3 d’une petite rue sans âme du Mans, les « gilets jaunes du 72 » ne se doutaient pas que leur « manifestation nocturne » les mènerait, deux mois plus tard, jusqu’au tribunal correctionnel de la cité sarthoise.

Six d’entre eux vont comparaître, ce mercredi, pour « injure en raison du sexe », « trouble à la tranquillité d’autrui », « organisation d’une manifestation non déclarée » et « outrage à une personne chargée d’une mission de service public ». Car la résidente du numéro 3 n’est autre que Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes.

La secrétaire d’État, son mari et ses deux enfants

« Honnêtement, elle répète à longueur d’interviews qu’elle vit à Paris, défend Jean-Baptiste Vigin, avocat de trois prévenus. Symboliquement, ils sont allés devant chez elle faire un peu de bruit, mais ils pensaient qu’elle était absente… » Sauf que ce 24 mai, la secrétaire d’État dormait bien là avec son mari, ses deux enfants et une amie de sa fille cadette quand la cinquantaine de « gilets jaunes » a débarqué sous ses fenêtres.

« Je vous laisse imaginer l’état de [mes] petites filles qui répétaient qu’ils vont tuer leur mère et envahir leur maison […] Je peux subir un certain nombre de choses. J’ai une ligne rouge : on ne touche pas aux enfants ! », a-t-elle indiqué sur Facebook pour justifier la plainte qu’elle a « immédiatement » déposée.

Des sifflets, des insultes et une affiche placardée sur la porte

Du côté des « gilets jaunes », on crie au « complot politique » en guise de défense. « Elle a monté cette affaire en épingle pour discréditer notre mouvement, confie ainsi Valérie, l’une des prévenus. Elle va jusqu’à instrumentaliser ses enfants car les faits ne se sont pas passés comme elle les a décrits… »

Pour le savoir, le tribunal pourrait choisir de diffuser une partie du Facebook Live de trois heures tourné par les « gilets jaunes » ce soir-là. Visionné par 20 Minutes, il montre une scène qui dure environ trois minutes. On n’y voit, certes, aucun « gilet jaune » tambouriner dans les volets de la secrétaire d’État comme elle l’a dénoncé, mais un grand nombre d’entre eux jeter des pétards et souffler dans des sifflets et des cornes de brume. On y voit aussi un homme venir placarder une affiche sur la porte d’entrée pendant que plusieurs insultes fusent : « Enfoirée ! » « Collabo ! » « Grosse salope ! » « Capitaliste ! »

Des peines de six mois à un an de prison encourues

« C’est vrai qu’il y a eu quelques insultes, reconnaît Valérie. Mais honnêtement, il n’y avait pas de quoi saisir la justice… Maintenant, je reconnais qu’on a peur du procès… » Pour les faits reprochés, les prévenus encourent des peines pouvant allant, au maximum, de six mois à un an de prison ferme.

Selon une source proche, Marlène Schiappa n’a pas prévu de faire le déplacement pour assister à l’audience, « Conseil des ministres oblige ». Les « gilets jaunes », eux, doivent organiser un rassemblement de soutien pendant l’audience, devant le tribunal. Des peines légères ont finalement été requises à l’encontre des prévenus, à savoir deux mois de prison avec sursis pour « injure sexiste », des amendes de 500 à 1.000 euros pour « trouble à la tranquillité » et des jours-amendes pour les autres prévenus. Enfin la décision du tribunal a été mise en délibéré au 27 septembre prochain.