Vendée: «On a agi en tant que militants, pas homophobes», se défendent les étudiants qui ont dégradé un stand LGBT

JUSTICE Douze prévenus étaient à la barre du tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon pour entrave à la liberté de manifester et injures homophobes

David Phelippeau

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Le tribunal de La Roche-sur-Yon.
Le tribunal de La Roche-sur-Yon. — D.P. / 20 minutes
  • Douze jeunes gens, accusés d’injures homophobes et pour certains de violences, étaient jugés en correctionnelle ce jeudi à La Roche-sur-Yon.
  • Le 18 mai, ils avaient dégradé un stand LGBT installé place Napoléon et scandé « Homo-folie, ça suffit ! ».
  • Les accusés ont affirmé qu’il s’agissait d’une action « pacifiste » et qu’ils étaient « militants et non homophobes ».

De notre envoyé spécial à La Roche-sur-Yon

Affluence inhabituelle ce jeudi au tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon. Il faut dire que l’affaire au mois de mai a fait grand bruit. Ils étaient douze dans le box des prévenus, une jeune femme et onze jeunes hommes, âgés de 18 à 22 ans. Tous sont étudiants à l’Institut catholique d’études supérieures de Vendée ( ICES) et tous devaient répondre d’injures homophobes et d’entrave à la liberté de réunion, ainsi que, pour un seul, de violences et de vol, commis le 18 mai sur la place Napoléon de La Roche-sur-Yon, à l’occasion d’une « journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie ».

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux avaient montré un groupe de jeunes commettant des dégradations sur un stand LGBT et scandant des « Homo-folie, ça suffit ! ». Un s’était même emparé d’un drapeau multicolore défendant la cause des homosexuels.

Cette action était-elle préparée ? Les différents prévenus sont restés plutôt avares d’explications. « C’était un mouvement pacifiste », insistent certains. Un témoin les a entendus dire qu’ils allaient « casser du pédé ». « C’était sur le ton de l’ironie », répond l’un d’eux. D’autres réfutent avoir prononcé cette phrase. « Cette phrase est tellement choquante qu’on doit s’en souvenir tout de même ? », interroge le procureur. « Ce n’était pas notre état d’esprit d’aller frapper des gens », coupe court un prévenu. Le même témoin raconte avoir aussi entendu qu’ils voulaient envoyer des filles en éclaireur pour vérifier qu’il n’y avait pas de forces de l’ordre sur la place, rappelle la présidente du tribunal. « Il n’y a eu aucun ordre de donner », affirme un étudiant. « Tout cela était très improvisé », embraie un autre.

Le slogan « Homo-folie, ça suffit ! » est assumé

Sur les faits eux-mêmes, les prévenus se montrent plus bavards. Certains avouent avoir percé des ballons de baudruche, d’autres avoir renversé des panneaux et un autre avoir volé un drapeau. « On peut mettre ça sur le coup de la jeunesse », plaide l’un d’entre eux. « C’était une action complètement irréfléchie, j’ai poussé les panneaux machinalement… »

Les langues se délient. Leur désaccord avec « les messages politiques » délivrés par l’asso LGBT remonte alors à la surface. « On arrive au cœur du sujet, lance un jeune étudiant. Toutes les idées comme la PMA [procréation médicalement assistée] ou la GPA [ gestation pour autrui] sont contraires à nos idées. On a agi en tant que militants et pas homophobes. » Le slogan « Homo-folie, ça suffit ! » est pourtant assumé. « Il n’est pas choquant », affirme un jeune homme. « Il est bien choisi, je trouve », ajoute un autre, évoquant « le délire et l’omniprésence de l’association LGBT ».

Un avocat de la défense regrette la « pression médiatique et politique autour de cette affaire ». « Sur les différentes vidéos, je n’ai pas vu de gens menacés, insiste-t-il. Jugeons sur ce qu’il s’est passé et pas comme des nazillons ou militaires ! » L’expression « Homo-folie » au cœur des débats ne renvoie pas à un propos homophobe mais à « l’expression d’une opinion », selon un autre avocat de la défense.

Deux prévenus sur douze ont présenté leurs excuses à la barre

« Mais quel est l’intérêt de voler et brûler un drapeau arc-en-ciel ? », tonne alors le procureur de la République. « Aucun », marmonne celui qui reconnaît avoir volé, brûlé en partie et affiché le reste du drapeau dans ses toilettes. Deux prévenus (sur douze) font amende honorable.

Le procureur réclame des peines allant de deux à huit mois avec sursis et des heures de travail d’intérêt général. « Ce groupe avait l’intention de provoquer et d’injurier. Ces faits ont suscité un émoi qu’on peut comprendre. Ils ne sont pas anodins. Ce sont des peines d’avertissement qui montrent la réprobation, sans obérer leur avenir. »

Le jugement a été mis en délibéré, il sera rendu le 9 septembre.