Rennes: «Ils m’ont mis la tête sous l’eau plusieurs fois»… Chasseurs à courre et anti-chasse face à face au tribunal

PROCES Cinq participants à une chasse à courre étaient jugés pour des violences commises contre des militants en forêt de Brocéliande, en février

Manuel Pavard

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Illustration d'une chasse à courre.
Illustration d'une chasse à courre. — Lionel Bonaventure / AFP
  • Cinq participants à une chasse à courre comparaissaient ce mardi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour des violences commises contre deux militants anti-chasse du collectif Ava en forêt de Brocéliande.
  • Les deux camps étaient chacun soutenus par plusieurs dizaines de personnes.
  • Le procureur a requis des peines de 10 à 14 mois de prison avec sursis ainsi que des interdictions de chasse de trois ans, le délibéré étant prévu pour le 25 juillet.

Ce sont deux mondes opposés qui se sont fait face ce mardi à Rennes, devant le palais de justice comme à la barre du tribunal correctionnel. Deux camps irréconciliables, soutenus chacun par plusieurs dizaines de personnes, l’un défendant une « tradition ancestrale », l’autre dénonçant une « pratique archaïque et barbare ».

Dans le box des accusés, cinq « suiveurs » – des participants non armés – d’une chasse à courre étaient poursuivis pour violence aggravée en réunion contre deux militants du collectif Ava (Abolissons la vénerie aujourd’hui), le 2 février dernier, près de Paimpont (Ille-et-Vilaine), en forêt de Brocéliande.

Partisans de la chasse à courre (à gauche) et militants anti-chasse s'étaient rassemblés ce mardi devant le tribunal.
Partisans de la chasse à courre (à gauche) et militants anti-chasse s'étaient rassemblés ce mardi devant le tribunal. - M. Pavard / 20 Minutes

Dans une salle d’audience remplie par les partisans de la chasse à courre, les militants anti-chasse ayant dû à leur « grand regret » rester à l’extérieur, la présidente a d’abord retracé le déroulé des faits. Ce jour-là, Claire et Christophe, les deux activistes d’Ava venus protester contre la chasse à la courre en la filmant, s’étaient retrouvés face à cinq veneurs dans la forêt. Après un bref échange verbal, les choses s’étaient très vite envenimées.

Des ITT de 30 et 15 jours

La jeune femme avait été poussée dans une douve remplie d’eau, puis « maintenue la tête sous l’eau à plusieurs reprises » tandis que deux individus lui tenaient les bras et tentaient de lui arracher sa caméra GoPro. Dans le même temps, son collègue militant avait été « plaqué au sol », frappé et fortement « tenu à la gorge » par trois autres suiveurs. Des violences qui leur avaient valu des ITT (incapacité totale de travail) respectives de 30 et 15 jours.

Les cinq prévenus (retraité, agriculteur, boucher, salarié dans l’agroalimentaire et piqueux – le responsable de la meute de chiens), âgés de 41 à 72 ans, ont répondu à tour de rôle aux questions de la présidence. Tous ont reconnu les faits mais en les minimisant, faisant reporter la faute originelle sur les militants, venus « perturber la chasse ».

« Je me suis dit qu’ils allaient me tuer »

« Si on avait voulu être violents, ça n’aurait pas été pareil », a déclaré l’un des suiveurs. Une ligne de défense surprenante, partagée par un autre prévenu. « C’était œil pour œil, dent pour dent », l’a interrogé la présidente. « Non, sinon ça aurait été réglé d’une autre manière », a-t-il rétorqué, ajoutant toutefois qu’il n’avait « jamais voulu noyer » la jeune femme.

À la barre, Claire a ensuite narré en détail son agression. « Ils m’ont mis la tête sous l’eau et fait pression plusieurs fois pour m’empêcher de remonter », a-t-elle raconté, la voix tremblante. « Je restais la tête dehors une ou deux secondes puis ils me la remettaient dans l’eau plus longtemps. Je me suis dit qu’ils allaient me tuer. » La jeune femme a également décrit ses « séquelles psychologiques », les « cauchemars » vécus depuis et les conséquences sur sa vie.

« Telle une meute, les cinq prévenus vont fondre sur eux »

Me Marie Kervennic, l’avocate des parties civiles, a déploré que les veneurs « ne regrettent absolument rien » et s’érigent en « victimes dans ce dossier ». « Telle une meute, les cinq prévenus vont fondre sur eux et sur une femme d’1,58 m et 48 kilos », a-t-elle asséné. « Tradition-courage-honneur, c’est bien ça ? », a ajouté l’avocate, en référence aux valeurs mises en avant par les chasseurs.

De son côté, Me André Raiffaud, l’avocat de la défense, a déploré « le harcèlement contre la chasse à courre », estimant qu’on avait « énormément gonflé la situation ». « Même celui qui est de bonne composition peut péter les plombs », a-t-il déclaré, prévenant la présidente qu’elle allait « rendre une décision politique ».

Des peines de 10 à 14 mois avec sursis et des interdictions de chasse requises

Dans son réquisitoire, le procureur a dénoncé « des faits d’une extrême gravité », sans « aucune excuse de provocation ». Il a requis des peines de 14 et 12 mois de prison avec sursis contre deux des prévenus et de 10 mois avec sursis contre les trois autres, ainsi qu’une interdiction de chasse de trois ans à l’encontre des cinq accusés. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 25 juillet.