Hautes-Alpes: Génération Identitaire devant la justice après son opération médiatique «anti-migrants»

JUSTICE Ce jeudi, plusieurs membres de Génération Identitaire sont appelés à la barre du tribunal de Gap pour avoir participé à une opération anti-migrants

M.Cei. avec AFP

— 

Génération identitaire a bloqué le col de l'Echelle, dans les Hautes-Alpes, le 21 avril 2018, pour empêcher les migrants de passer.
Génération identitaire a bloqué le col de l'Echelle, dans les Hautes-Alpes, le 21 avril 2018, pour empêcher les migrants de passer. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Ce jeudi s’ouvre à Gap le procès de l’association Génération Identitaire et ses dirigeants, après leurs actions du printemps 2018.
  • A cette période, ils s’étaient déployés dans les Hautes-Alpes pour une prétendue « mission de surveillance » des migrants.
  • Ils sont poursuivis pour avoir, par leur accoutrement et jargon, « tenté de créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ».

L’opération avait à l’époque fait grand bruit. Ce jeudi s’ouvre devant le tribunal correctionnel de Gap un procès très attendu : celui de l’association Génération Identitaire et de ses dirigeants, jugés après leurs opérations anti- migrants au printemps 2018.

Que s’était-il passé ?

L’opération « Defend Europe » de « surveillance » des migrants irréguliers entrant en France par l’Italie via les Alpes avait commencé le 21 avril 2018, avec une spectaculaire manifestation d’une centaine de militants de Génération identitaire non loin du col de l’Echelle. Elle s’était achevée le 29 juin par un communiqué de l’organisation se félicitant surtout d’avoir « fait réagir dans les plus hautes sphères d’Etat » à la question de l’immigration illégale.

Pendant cette période, ces militants identitaires avaient multiplié les démonstrations d’hostilité aux migrants sous la bannière de « Defend Europe ». Génération identitaire avait notamment relaté dans le plus pur style des forces de l'ordre « avoir surpris le 1er mai un individu transportant trois migrants africains à bord de son véhicule dans la zone frontalière ». Les militants avaient « remis à la gendarmerie les vidéos et photographies de cet activiste d’extrême gauche ».

Qui sont les prévenus ?

Le procureur de la République de Gap, Raphaël Balland, a renvoyé devant le tribunal Génération Identitaire, son président Clément Gandelin, son porte-parole Romain Espino et un autre membre de l’association.

Dès l’action du col de l’Echelle, le procureur avait ouvert une enquête sur d’éventuelles menaces, violences ou propos racistes. Mais il avait dû la classer, les migrants eux-mêmes expliquant qu’ils n’avaient pas été directement malmenés.

Que leur reproche-t-on alors ?

Au terme d’une « enquête approfondie » d’un an pour trouver la qualification juridique adéquate, les prévenus sont poursuivis pour avoir, par leur accoutrement et jargon, « tenté de créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». L'association Tous migrants aurait voulu que soient retenues d’autres infractions, comme la mise en danger de la vie d’autrui, mais cela n’a pas été possible en droit.

Après le classement de l’enquête sur d’éventuels propos racistes, le ministère de la Justice avait publié dans la foulée une circulaire répertoriant les infractions susceptibles d’être retenues, suggérant notamment d’utiliser l’article 433-13 du code pénal, qui interdit les « activités exercées dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». Un qualificatif retenu par le procureur de la République. Les prévenus encourent un an de prison et 15.000 euros d’amende.