Affaire Zineb Redouane: L'avocat de la famille estime que le procureur a «sciemment menti» sur la cause du décès

JUSTICE Yacine Bouzrou, l’un des avocats de la famille de Zineb Redouane, a saisi le conseil supérieur de la magistrature en invoquant des « manquements déontologiques », du procureur de la République

20 Minutes avec AFP

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Le procureur de la République de Marseille, Xavier Tarabeux, face à la presse.
Le procureur de la République de Marseille, Xavier Tarabeux, face à la presse. — Basile Caillaud
  • Yacine Bouzrou, l’un des avocats de la famille de Zineb Redouane, a décidé de saisir le conseil supérieur de la magistrature pour des « manquements déontologiques » de Xavier Tarabeux, procureur de la République de Marseille.
  • Il lui est reproché de ne pas avoir fait état de la présence d’André Ribes, procureur adjoint, à proximité des CRS à l’origine du tir de grenade.
  • L'avocat reproche au procureur de la République d’avoir affirmé que « choc facial n’était pas la cause du décès » de Zineb Redouane.

L'un des avocats de la famille de Zineb Redouane, une octogénaire grièvement blessée par une grenade lacrymogène à Marseille en décembre et décédée le lendemain à l’hôpital, a saisi le conseil supérieur de la magistrature (CSM), invoquant « des manquements déontologiques » du procureur de la République de Marseille durant l’enquête.

« M. Xavier Tarabeux a manqué à ses obligations déontologiques », écrit Me Yacine Bouzrou, au nom d’une des filles de Zineb Redouane, dans une lettre révélée par La Provence et consultée mardi par l’AFP. L’avocat estime que ces « manquements disciplinaires » ont eu « des conséquences graves sur le déroulement de la procédure ».

Des « fausses » affirmations ?

Me Bouzrou reproche notamment au procureur d’avoir « sciemment menti » en ne faisant pas le lien dans ses premières déclarations entre la blessure au visage de Zineb Redouane et son décès. Au lendemain du décès de l’octogénaire, le 2 décembre, le procureur avait indiqué qu’elle était morte d’un « choc opératoire » et que l’autopsie avait révélé que le « choc facial n’était pas la cause du décès ». Pour l’avocat, Xavier Tarabeux « ne pouvait ignorer à la lecture du rapport d’autopsie » que ces « affirmations » étaient fausses.

« Le dossier est en cours de procédure de dépaysement, je ne m’explique pas la persistance avec laquelle cet avocat s’écarte ainsi de l’intérêt primordial de déterminer les circonstances du décès de Mme Redouane », a réagi Xavier Tarabeux. « Le 4 décembre, deux jours après avoir eu connaissance du décès, lors de l’opération chirurgicale », de Mme Redouane, « une information judiciaire a été ouverte sous la responsabilité d’un juge d’instruction », rappelle aussi le magistrat.

Une présence qui pose question

L’avocat reproche également au procureur de ne « pas avoir porté à la connaissance des parties et des magistrats chargés du dossier », la présence de son adjoint, André Ribes, sur le terrain lors des incidents. André Ribes a dirigé l’enquête préliminaire ouverte avant que le procureur désigne un juge, le 4 décembre.

André Ribes, qui dit avoir reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux, a reçu mardi le « soutien » des magistrats du parquet de Marseille qui dénoncent dans une motion « une insidieuse campagne de presse de dénigrement » à son encontre. Me Bouzrou, qui accuse le procureur de Marseille d’avoir « tenté d’étouffer » l’enquête sur la mort de Mme Redouane, a, par ailleurs, déposé plusieurs plaintes en marge de l’affaire.