Vincent Lambert est mort, après dix ans de bataille judiciaire

RÉCIT Vincent Lambert est mort ce jeudi matin, a annoncé sa famille à «20 Minutes»

Vincent Vantighem

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Reims (Marne), le 19 mai 2019. Jean et Viviane Lambert, les parents de Vincent Lambert, devant l'hôpital Sébastopol de Reims.
Reims (Marne), le 19 mai 2019. Jean et Viviane Lambert, les parents de Vincent Lambert, devant l'hôpital Sébastopol de Reims. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Vincent Lambert est mort, ce jeudi matin, à Reims, à l’âge de 42 ans.
  • Il était dans un état végétatif depuis un accident de la route en 2008.
  • Sa famille s’est déchirée sur son sort pendant dix ans.

Avec le temps, l’image a fini par s’écorner un peu. Il faut dire que Viviane Lambert ne s’en sépare jamais. Sur le cliché, son fils Vincent apparaît souriant. Presque apaisé, allongé sur son lit. « Cette photo, c’est mon carburant pour continuer le combat… », avait-elle justifié auprès de 20 Minutes en 2014. Âgé de 42 ans, Vincent Lambert est mort, ce jeudi matin à 8h24 à l’hôpital Sébastopol de Reims (Marne), a annoncé sa famille à 20 Minutes. Il avait passé plus de dix années dans un état végétatif à la suite d’un accident de la route.

Bien sûr, Viviane Lambert conservait cette photo pour le sourire de son fils. Mais, à chaque fois qu’elle la regardait, elle ne pouvait ignorer la présence de machines, bien visibles à l’arrière-plan. Celles qui rappelaient que son fils, infirmier de profession, était cloué sur un lit d’hôpital dans un état de conscience minimale, dit « pauci-relationnel ».

Des lésions « au caractère irréversible »

Pas vraiment en fin de vie, Vincent Lambert ne devait son salut qu’à une sonde permettant de l’alimenter et de l’hydrater au quotidien. Un dispositif que l’équipe médicale a donc décidé de débrancher, le 2 juillet, après une ultime décision de la Cour de cassation l'y autorisant. Car, par deux fois en 2014 puis en 2018, des experts ont conclu à « une dégradation de l’état de conscience » du patient, à « un mauvais pronostic clinique » et surtout « au caractère irréversible de [ses] lésions cérébrales »…

Un diagnostic auquel ses parents, Jean et Viviane, n’ont jamais adhéré. Pas plus que leurs nombreux soutiens. Régulièrement, ils manifestaient devant l’hôpital Sébastopol affublés d’un tee-shirt à l’effigie de Vincent Lambert. « Il se tait ! On le tue ! », pouvait-on lire juste sous son visage. « On prétend que son état est irréversible. Mais qui peut vraiment le dire avec assurance ? s’interrogeait auprès de nous, en juillet 2015, l’un de ces manifestants voulant rester anonyme alors que l’équipe médicale d’alors souhaitait déjà arrêter les traitements. Qui sait ce qui pourrait se produire demain ? On peut aussi considérer qu’il y a d’autres voix à écouter que celles de la médecine… »

Reims, le 23 juillet 2015. Un soutien des parents de Vincent Lambert manifestent contre l'arrêt des traitements.
Reims, le 23 juillet 2015. Un soutien des parents de Vincent Lambert manifestent contre l'arrêt des traitements. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Sauf qu’elles sont impénétrables… Proche de la fraternité Pie X, Viviane Lambert n’a jamais caché qu’elle était une « catholique de tendance traditionnelle », même si elle célèbre parfois « la messe moderne ». Ni que son mari gynécologue, dont elle était la secrétaire, a toujours refusé de pratiquer l’avortement. Un temps épaulés par une consultante proche de l’Opus Dei, les parents de Vincent Lambert ont pourtant toujours nié qu’ils menaient ce combat par conviction religieuse. « Si Vincent avait écrit de ne pas le maintenir en vie, on aurait eu de la peine, mais on l’aurait accepté… », nous assurait ainsi Viviane Lambert.

« Je crève de nous survivre mais je dois le faire… »

Mais le patient ne l’a jamais écrit. Alors, du tribunal de Châlons-en-Champagne (Marne) au Conseil d’État en passant par la cour d’appel de Nancy (Meurthe-et-Moselle), la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg (Bas-Rhin) et le Comité des droits des personnes handicapées à Genève (Suisse), les parents de Vincent Lambert se sont battus plus de dix ans pour ne pas qu’on « l’assassine ». Bruyamment. Multipliant les recours au même rythme que les interviews. Diffusant même une vidéo gênante de leur fils mangeant de la compote pour prouver qu’il « progresse ».

Rachel Lambert, elle, n’a plus réagi dans les médias depuis quatre ans environ. L’épouse de Vincent Lambert avec qui elle a eu une petite fille en 2008 a livré son sentiment dans un livre dont le titre résume sa pensée : Vincent, parce que je l’aime, je veux le laisser partir (Fayard, 2014). Parlant d’une « dernière preuve d’amour », celle que le patient surnommait « Rachou » y raconte une promesse qu’il lui a demandé de faire, en 2007, à l’aube de leur mariage.

« Il me demande de faire ce qu’il faut pour qu’il parte si quelque chose lui arrive, expliquait-elle. Aujourd’hui, je crève de nous survivre mais je dois le faire pour toi… » Rachel Lambert a donc donné son accord dès 2014. Mais il a fallu attendre le 28 juin 2019 pour que la Cour de cassation l’entérine définitivement.

Strasbourg, le 5 juin 2015. Rachel Lambert assiste à une audience à la Cour européenne des droits de l'homme au sujet de Vincent Lambert.
Strasbourg, le 5 juin 2015. Rachel Lambert assiste à une audience à la Cour européenne des droits de l'homme au sujet de Vincent Lambert. - PATRICK HERTZOG / AFP

« Cette fois, c’est terminé », lâchent les parents

Avocat des parents du patient, Jean Paillot a bien sûr lu le livre de Rachel Lambert. De toutes les audiences pendant ces dix années, il a pu se forger une solide opinion sur le sujet. « Je pense que Vincent Lambert a toujours souffert d’être trop aimé, aimait-il répéter aux journalistes. Tout le monde pense savoir ce qu’il aurait voulu. Et comme cela relève de l’intime, personne ne veut abandonner le combat… »

Mais les recours sont épuisables. Et lundi 8 juillet, les parents ont fini par jeter l’éponge. « Cette fois, c’est terminé, ont-ils indiqué dès les premières lignes de leur communiqué diffusé à la presse. (…) La mort de Vincent est désormais inéluctable. Si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension et l’Espérance. »

Le dernier point ne fera pas débat. Auteur en 2016 de la dernière loi sur la fin de vie avec le Républicain Jean Léonetti, le maire (PS) de Poitiers Alain Claeys estimait ainsi que toute cette affaire aura au moins servi à inciter les Françaises et les Français à rédiger leurs directives anticipées. « Parce que personne n’a envie de se retrouver dans cette situation un beau jour… »