Crash du vol Ajaccio-Nice: Le juge prend «très au sérieux» la piste d’un tir de missile

ENQUETE Après la catastrophe du vol Ajaccio-Nice en 1968, l’enquête avait débouché sur un non-lieu, concluant à un incendie à bord lié au chauffe-eau des toilettes et les faits avaient été déclarés prescrits

M.F. avec AFP

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La Caravelle lors de son premier vol à Toulouse, le 17 mai 1955.
La Caravelle lors de son premier vol à Toulouse, le 17 mai 1955. — AFP

La thèse de l’incendie à bord s’éloigne. Le juge chargé de l’enquête sur le mystérieux crash du vol Ajaccio-Nice qui avait fait 95 morts en 1968 a estimé qu’il fallait prendre « très au sérieux » la thèse d’un tir de missile accidentel touchant l’arrière de l’appareil. « C’est un début de reconnaissance judiciaire très important », s’est félicité Me Paul Sollacaro, un avocat des familles de victimes, dont des représentants ont été reçus vendredi par le juge d’instruction Alain Chemama.

Après la catastrophe, l’enquête avait débouché sur un non-lieu, concluant à un incendie à bord lié au chauffe-eau des toilettes et les faits avaient été déclarés prescrits, avant que le dossier ne soit rouvert pour « soustraction et recel de preuves » en 2011 sur l’insistance des familles.

La Commission du secret de la défense nationale toujours pas saisie

Une levée du secret défense avait été officiellement requise fin mars 2018 par le juge Chemama, pour qui la thèse d’un tir de missile accidentel touchant l’arrière de l’appareil « doit être prise très au sérieux », selon un document dont l’AFP a pris connaissance. Quinze mois plus tard, malgré la volonté affichée par Emmanuel Macron « que la lumière soit faite sur cette tragédie », aucun document n’a pu être consulté et la Commission du secret de la défense nationale n’est toujours pas saisie.

« Il y a un grand décalage entre la volonté d’aller au bout affichée par les plus hautes autorités politiques de notre pays et le contenu des courriers […]. Le gouvernement reste frileux », a regretté auprès de l’AFP Mathieu Paoli, 75 ans, président de l’association des familles de victimes.

Sous-sol inaccessible d’un site de Fontainebleau

Lundi, le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre avait rappelé qu’une série de demandes de levée de secret avait été adressée à différents ministères. « Je ne sais pas ce qui pourrait être trouvé, peut-être des choses concernant les forces françaises, ou des forces étrangères. Il y a eu des manœuvres exécutées en même temps par au moins trois marines, donc il peut y avoir des intérêts qui […] nécessitent qu’un secret soit gardé », a-t-il ajouté.

En l’état, le ministère de la Justice a renvoyé sur un document de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) enfermé dans le sous-sol inaccessible d’un site de Fontainebleau fermé pour risques d’effondrement, selon des documents dont l’AFP a eu connaissance.

Trop volumineux

Le ministère de l’Intérieur a lui renvoyé sur un dossier non classifié aux Archives nationales, lesquelles ont refusé sa transmission numérisée car il est trop volumineux, invitant début juillet 2019 la justice à se déplacer pour le consulter. Le même ministère a aussi mentionné des documents versés à la DGAC, organisme relancé sans suite pour l’instant.

Quant au ministère des Armées, qui assurait faire diligence « dans les meilleurs délais » à l’été 2018, il n’a rien produit.