Procès France Télécom: Le parquet requiert la peine maximale pour «harcèlement moral» contre les anciens dirigeants

HARCELEMENT Le parquet a estimé dans ses réquisitions que les sept anciens dirigeants de France Télécom étaient à l'origine d'une politique de destabilisation des salariés

Hélène Sergent

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Nathalie Boulanger et Louis-Pierre Wenes font partie des sept anciens dirigeants jugés depuis 3 mois pour
Nathalie Boulanger et Louis-Pierre Wenes font partie des sept anciens dirigeants jugés depuis 3 mois pour — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Les anciens PDG, DRH et n°2 de France Télécom sont jugés pour «harcèlement moral» aux côtés de quatre autres anciens dirigeants.
  • Ce vendredi, après trois mois de procès, le parquet a requis les peines maximales contre France Télécom et ses ex-dirigeants.
  • Les représentantes du ministère public ont demandé au tribunal de reconnaître les anciens cadres de France Télécom coupables de « harcèlement moral ».

En trois mois, le son de leur voix s'est fait bien rare. Ce vendredi les deux magistrates du parquet, Françoise Benezech et Brigitte Pesquié, ont rompu ce silence et requis pendant plus de cinq heures. Toutes deux ont estimé que les sept anciens dirigeants de France Télécom avaient bel et bien conscience de la politique de destabilisation des salariés mise en œuvre entre 2006 et 2009. Selon elles, c’est bien cette politique d’entreprise, incarnée dans les plans de réorganisation Next et Act et dans l’objectif fixé par la direction de 22.000 départs en trois ans qui a conduit d’anciens salariés à mettre fin à leurs jours ou tenté de le faire.

« Parce que la peine prévue par la loi à l'époque des faits est très faible, elle ne vous laisse qu’une seule possibilité : le maximum », a déclaré au tribunal Brigitte Pesquié. Contre l’ancien PDG Didier Lombard, l’ex-n°2 Louis-Pierre Wenes et le DRH Olivier Barberot, les deux procureures ont requis une peine d’un an de prison et 15.000 euros d’amende. Pour les quatre autres anciens dirigeants, une peine de huit mois de prison et 10.000 euros d’amende a été requise. 

Un seul impératif économique 

Dès le début de ses réquisitions, Françoise Benezech a tenu à s'adresser à l'ancien PDG de l'entreprise: «Quel dommage Didier Lombard. Quel dommage qu'un esprit organisé et scientifique comme le vôtre, qui a contribué à l’excellence de l’industrie francaise, ait été mis au service d'un seul impératif économique qui vous a rendu sourd et aveugle». Tout au long de son réquisitoire, la magistrate a tenté de démontrer que le harcèlement moral subi par les salariés de France Télécom était constitué par la politique d'entreprise et l'organisation du travail pensée et mise en œuvre par ses anciens dirigeants. 

Selon elle, l'objectif de diminution des effectifs - 22.000 départs prévus entre 2006 et 2009 et 10.000 mobilités forcées - puis l'annonce de cet objectif ne pouvait avoir d'autre effet qu'une destabilisation et une fragilisation des salariés de l'entreprise. «De leur conception à leur mise en œuvre que vous pilotez, vous avez conscience que vos méthodes vont dégrader les conditons de travail, vous le savez et vous l’exprimez», tâcle-t-elle.

«C'est trop facile de refaire l'histoire»

Doucement, la magistrate multiplie les piques et dénonce les «éléments de langage» et la stratégie d'«évitement» des sept prévenus. «Je n’accepte pas que vous disiez que vous ne recherchiez pas la destabilisation. Sortir les salariés de leur zone de confort, vous l’avez tous dit à l’époque, c'est trop facile treize ans plus tard de refaire l’histoire parce que la vérité vous dérange». Puis la magistrate se fait plus dure encore: «Parce que cette obsession des départs en trois ans est devenu le cœur de métier des dirigeants de France Télécom (...) et dans une moindre mesure de leur quatres zélés complices, on peut qualifier leurs agissements ainsi: le harcèlement moral est mon métier». 

Sa consœure Brigitte Pesquié a, elle, fait part de sa déception après trois mois d'audience: «J'avais une attente, celle de voir ce que donnerait la confrontation des prévenus entre eux. Mais nous n'avons pas eu de confrontation, on a eu un groupe qui a fait bloc. Ce qui m'a le plus gêné, c'est leur manière d'occuper le temps d'audience: plus ils parlent de ce qu'ils veulent moins il y a de temps pour les questions (...) on n'a pas eu de réponses, on a eu des déclarations».

Des déclarations que viendront soutenir dès lundi les avocats des sept anciens dirigeants attendus pour les plaidoiries de la défense. Le procès doit se terminer le 11 juillet.