Jean-Francois Ricard, le nouveau visage de l'antiterrorisme français

ENQUETE Ce mercredi en fin d’après-midi, Jean-François Ricard sera investi en tant que premier procureur national antiterroriste lors d’une audience solennelle.

C.Po.

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Jean-François Ricard, premier procureur national antiterroriste
Jean-François Ricard, premier procureur national antiterroriste — JOEL SAGET / AFP
  • Depuis lundi, la section antiterroriste du parquet qui était chargée depuis trente-trois ans de la lutte contre les atteintes à la sûreté de l’Etat a disparu au profit du parquet national antiterroriste.
  • Jean-François Ricard va en être le premier procureur. Précédemment, il a passé douze ans à la section antiterroriste du parquet de Paris.
  • Son nom apparaît dans l’affaire Wikileaks.
  • Jean-François Ricard n’a jamais été procureur, c’est peut-être là sa principale faiblesse. Il va devoir apprendre à animer une équipe de 26 magistrats et communiquer avec les médias.

Le moment est symbolique mais totalement inédit. Ce mercredi en fin d’après-midi, Jean-François Ricard sera investi en tant que premier procureur national antiterroriste lors d’une audience solennelle. Depuis lundi, la section antiterroriste du parquet qui était chargée depuis trente-trois ans de la lutte contre les atteintes à la sûreté de l’Etat a disparu au profit du parquet national antiterroriste (PNAT). Qui est ce magistrat qui incarne désormais l’antiterrorisme en France ?

Un expert en matière de terrorisme…

Parmi la dizaine de candidats au poste, le nom de Jean-François Ricard s’est rapidement détaché tant son CV semble taillé pour le poste. Après une douzaine d’années passées comme juge d’instruction à Arras puis à Bobigny, le magistrat intègre, en 1994, la fameuse galerie Saint-Eloi, le surnom de la section antiterroriste du parquet de Paris. « Je suis arrivé à une période déterminante : c’était les tout premiers dossiers islamistes et personne ne connaissait vraiment la question », confiait-il récemment à l’AFP. Il est notamment chargé de l’enquête sur l’attentat de la station Saint-Michel qui a tué huit personnes. L’attaque est la première revendiquée par le groupe islamique armé (GIA). Si le terrorisme islamique a changé de visage depuis qu’il a quitté la section antiterroriste en 2006, Jean-François Ricard reste un fin connaisseur de l’islam radical. « Si on ne comprend pas un peu l’arabe et si on n’a pas lu le Coran, on ne comprend rien », a-t-il déclaré à l’AFP dans ce même entretien.

Son poste d’avocat général à la cour de cassation, qu’il occupe entre 2009 et 2015, lui permet de rester au contact des affaires de terrorisme. C’est notamment lui qui a requis contre le terroriste Carlos. Or, il incombe désormais aux magistrats du parquet national antiterroriste de porter l’accusation devant cour d’assises spéciale. Et c’est peu dire que les prochaines années s’annoncent chargées. Première échéance en septembre avec l’ affaire dite des « bonbonnes de Notre-Dame », un commando de jeunes filles projetait de faire exploser la cathédrale, avant le procès sur les attentats de Charlie Hebdo et de l’HyperCacher en janvier.

et très bon connaisseur des questions de crimes contre l’humanité

Après son départ de la galerie Saint-Eloi, Jean-François Ricard est rattaché pendant deux ans au ministère de la Défense. Là-bas, il exerce le poste de sous-directeur chargé du droit des opérations extérieures, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Or, comme son nom ne l’indique pas, la nouvelle entité dont il vient de prendre la tête est également en charge de ces crimes.

Son nom est apparu dans des télégrammes Wikileaks

En 2010, lorsque des milliers de câbles diplomatiques sont rendus publics, son nom apparaît à côté de celui de Jean-François Bruguière, qui dirigea longtemps la galerie Saint-Eloi. Les documents, rendus publics par Le Monde, affirment que les magistrats informent les autorités américaines sur l’avancée de certains dossiers terroristes. Un document évoque notamment une visite de Jean-François Ricard à l’ambassade américaine en 2003 pour évoquer l’enquête sur le recrutement en France des combattants islamistes pour combattre en Irak. Et ce, au mépris du secret de l’instruction. Le magistrat ne s’est jamais exprimé publiquement sur ces accusations.

Il n’a jamais été procureur

Jean-François Ricard n’a jamais dirigé de parquet, c’est peut-être là sa principale faiblesse. En accédant au poste de procureur national antiterroriste, il doit non seulement apprendre à animer une équipe – 26 magistrats travaillent à ses côtés – mais également à communiquer avec les médias. Or, Jean-François Ricard est réputé pour sa grande discrétion. Comment endossera-t-il ce rôle ? S’inscrira-t-il dans les pas de François Molins, qui a incarné au plus fort des attentats l’antiterrorisme, ou trouvera-t-il une « patte » Ricard ?