Rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté: Les difficiles nuits des détenus dans leur cellule

PRISON Dans un document de 54 pages publié ce mercredi, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce les conditions d’incarcération des prisonniers les empêchant de trouver le sommeil

Thibaut Chevillard
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Souvent, les détenus doivent dormir sur un matelas  au sol
Souvent, les détenus doivent dormir sur un matelas au sol — JC Hanché pour le CGLPL
  • Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) publie ce mercredi un rapport sur la nuit dans les lieux de privation de liberté.
  • L’institution évoque notamment le sort des détenus, enfermés dans leur cellule de la fin d’après-midi au petit matin.
  • Difficile pour eux de trouver le sommeil tant les conditions d’incarcération dans les prisons françaises sont difficiles.

Un enfermement dans l’enfermement. La nuit, en prison, les portes des cellules se referment après la remise du dîner, souvent entre 17 et 18h. Les surveillants ne les rouvriront que le lendemain, vers 7h, à leur retour. Entre-temps, « les activités cessent, l’ennui s’installe, les difficultés à dormir aussi quand l’intimité et le respect de la dignité sont mis à mal », écrit le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dans un rapport publié ce mercredi, s’appuyant sur les observations réalisées lors des contrôles opérés dans plusieurs établissements. En outre, « la conscience que les portes ne se rouvriront peut-être pas assez vite en cas d'urgence est parfois source de peur et d’angoisse ».

Le sommeil est donc difficilement réparateur en prison. Quand elles ont la chance d’en avoir un, les personnes incarcérées dorment sur des lits métalliques « souvent superposés et au mobilier incomplet » ou « dégradé ». Mais à cause de la surpopulation carcérale, « fréquemment, le nombre de lits ne correspond pas au nombre de personnes détenues en maison d’arrêt et une part importante de celles-ci est donc amenée à dormir sur un matelas posé à même le sol ». De « simples rectangles de mousse, parfois anciens, dégradés et sales », qu’elles conservent durant « toute la durée de leur séjour ». Conséquences : certains détenus « contractent des maladies de peau ou des démangeaisons ».

Rongeurs, punaises et cafards

Placés au quartier disciplinaire, les prisonniers « disposent de literies encore plus rudimentaires ». Quant aux draps, couvertures et oreillers, ils sont « lavés ou renouvelés à fréquence variable, souvent insuffisante au regard de l’utilisation intensive des lits en journée en raison de l’absence de mobilier et d’activités hors la cellule ». La nuit, les détenus partagent leur cellule avec « des rongeurs, des punaises de lit ou des cafards » qui infestent les établissements pénitentiaires. Alors, certains détenus – notamment ceux qui dorment au sol – « développent rapidement une forte appréhension à l’idée de s’étendre au milieu de ces parasites », remarque le CGLPL.

Pour réussir à fermer l’œil, il faut aussi s’accommoder des « odeurs difficilement supportables » qui flottent dans les couloirs et des « températures caniculaires » parfois relevées en été dans les établissements pénitentiaires. Dans les cellules, « la sensation de chaleur est accrue par l’enfermement et l’absence de courant d’air », explique le rapport. En hiver, au contraire, « les personnes privées de liberté peinent souvent à dormir à cause du froid durant la nuit, d’autant plus si celle-ci fait suite à une journée d’inactivité au sein d’un lieu mal chauffé ».

Des tensions attisées par la nuit

Il faut aussi parvenir à faire abstraction de la lumière du jour et de celle de projecteurs éclairant les façades et qui pénètre par les fenêtres. « Aucun rideau, store ou volet n’est installé aux fenêtres car leur barreaudage doit être visible à tout moment par les agents », signale le CGLP, soulignant qu’il est souvent « toléré » qu’un drap ou une serviette soit tendu devant la fenêtre pour atténuer la lumière. Comment, non plus, ne pas être dérangé par les « ronflements » des autres détenus, les « grincements de lit et bruits de l’extérieur » comme ceux des voitures qui passent, ou le « bruit généré par les rondes » des surveillants ?

Parfois, les détenus utilisent une serviette de bain comme rideau en cellule
Parfois, les détenus utilisent une serviette de bain comme rideau en cellule - JC Hanché pour le CGLPL

En maison d’arrêt en particulier, la nuit « attise les tensions » entre détenus, observe le CGLPL. « Une ou plusieurs personnes peuvent prendre l’ascendant sur les autres et imposer la télévision, l’extinction de la lumière, le choix du lit, l’ouverture de la fenêtre, la consommation de tabac, écrit-il dans le rapport. Les liens entre codétenus dans un espace physique si réduit et un espace de temps si long se dégradent et s’exacerbent jusqu’à parfois la commission d’actes violents. » Certains se retiennent « par pudeur » d’aller aux toilettes en présence de leurs compagnons de cellules, « particulièrement dans le silence de la nuit ».

Angoisses nocturnes

Ces contraintes, souvent matérielles, rendent difficile les nuits en prison. Surtout pour des détenus qui, passant le plus clair de leur temps la journée à regarder la télé dans leur cellule, ont déjà des problèmes pour trouver le sommeil. A cela s’ajoutent « les angoisses cachées » qui remontent au coucher du soleil. « L’idée d’être enfermé sans possibilité de parler à quiconque, ou au contraire au milieu d’individus imposés par l’administration, accentue inévitablement cette anxiété. Les personnes fragilisées peuvent être tentées par la possibilité de mettre fin à leurs jours », souligne le CGLP, rappelant que malheureusement, «certaines y parviennent ».