Amiens: Deux anciens salariés rendent Lidl responsable de leur burn-out professionnel

JUSTICE Deux anciens chefs de magasin de Lidl considèrent l'enseigne responsable de leur état de santé et de leur licenciement

Gilles Durand

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La devanture d'un magasin Lidl (illustration).
La devanture d'un magasin Lidl (illustration). — M. Libert / 20 Minutes
  • La cour d’appel d’Amiens jugeait les méthodes de management de l’enseigne allemande Lidl vis-à-vis de deux anciens chefs de magasin.
  • Aux Prud’hommes, Lidl avait été condamné pour non-respect du reclassement de ses deux employés.
  • Le député de la Somme, François Ruffin, a apporté son soutien aux deux salariés au tribunal.

Les méthodes de management et le burn-out professionnel en question. Mercredi se tenait le procès en appel de la société Lidl, condamné par les prud’hommes d’ Amiens en première instance, pour défaut de reclassement de deux salariés.

David L. et Sabine O. étaient respectivement chefs de magasin à Longueau et au Faubourg de Hem, un quartier d’Amiens. Tous deux ont été déclarés inaptes au travail en 2016 après plusieurs années au service de l’enseigne allemande de grande distribution.

Le soutien du député François Ruffin

Ces deux agents de maîtrise reprochent à leur ex-employeur de n’avoir pas mis en œuvre les moyens légaux d’un reclassement au sein du groupe, mais aussi d’être à l’origine de la dégradation de leur santé et de leur mal-être au travail. « Leur dossier médical montre que leur santé s’est dégradée au fil du temps sans que Lidl ne prenne en compte ce surmenage et les risques psychosociaux qui en découlent », dénonce Me Agnès Cittadini, avocate de deux victimes.

David L. et Sabine O. bénéficiaient du soutien du député de la Somme, François Ruffin. « David est un ancien copain de foot. Il est entré en novembre 2016 dans mon bureau, abattu, découragé, raconte l’élu, apparenté LFI, sur son profil Facebook. Sur les terrains, je l’avais connu joyeux, blagueur, et je le retrouvais en dépression, sous cachet. »

Une maladie hors tableau

A l’Assemblée nationale, François Ruffin milite depuis un an pour faire reconnaître, par une loi, le burn-out comme maladie professionnelle. En vain.

« La dépression est, ce qu’on appelle une maladie hors tableau, précise Me Agnès Cittadini. Cela signifie que la victime doit apporter la preuve que cette dépression est due à ses conditions de travail. Il n’y a pas de liens de cause à effet automatiques comme pour les troubles musculo-squelettiques, par exemple. »

Du côté de Lidl, l’avocat, Me Francis Dupont, plaide la bonne foi de son client. « Tout a été fait dans les règles concernant les propositions de reclassement, assure-t-il. A intervalles réguliers, des salariés sont déclarés inaptes chez Lidl. L’entreprise doit parfois gérer dix à 20 cas simultanément. Ces deux personnes sont entrées dans un processus normal. »

Le reportage de « Cash investigation » au dossier

Lors de l’audience, l’avocate de David L. et Sabine O. a versé au dossier le reportage de l’émission Cash investigation, diffusé sur France 2 en septembre 2017, sur les méthodes musclées de gestion du personnel.

Un mois plus tard, en octobre 2017, l’enseigne était condamnée pour harcèlement moral sur une caissière par la cour d’appel de Douai, dans le Nord. En juillet 2018, elle l’était à nouveau, mais pour « faute inexcusable » après le suicide d’un de ses salariés, sur son lieu de travail, dans les Bouches-du-Rhône. « On pense ce qu’on veut de la politique de management, mais il ne faut pas faire de généralités, relativise Me Francis Dupont. L’objectif de Lidl n’est pas de porter atteinte à la santé de son personnel. »

La décision de la cour d’appel a été mise en délibéré au 24 octobre.