Bretagne: A Saint-Briac, la bataille autour du sentier de la discorde se poursuit

JUSTICE La cour administrative d’appel de Nantes vient d’annuler partiellement un arrêté préfectoral autorisant le passage de promeneurs sur un tronçon du sentier côtier

Jérôme Gicquel

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Vue aérienne de Saint-Briac-sur-mer prise en 2006.
Vue aérienne de Saint-Briac-sur-mer prise en 2006. — Marcel Mochet / AFP
  • Une longue bataille judiciaire oppose depuis près de quarante ans l’Etat à de riches propriétaires à propos d’un sentier côtier à Saint-Briac-sur-Mer près de Dinard.
  • Ce n’est que depuis la fin février que les promeneurs peuvent emprunter cette portion du chemin, qui était jusqu’à présent interdite.
  • Mais la cour administrative d’appel de Nantes a décidé mardi d’annuler partiellement l’arrêté préfectoral autorisant le passage, évoquant des raisons de sécurité.

Tout près de Dinard (Ille-et-Vilaine), la petite station balnéaire de Saint-Briac-sur-Mer ne sait plus sur quel pied danser. Et cela fait près de quarante ans que ça dure. L’objet de cette longue bataille judiciaire est une portion de quelques centaines de mètres de son sentier côtier. Elle oppose l’État, soutenu par les promeneurs, à de riches propriétaires dont les belles villas et demeures longent le chemin.

Parmi ces derniers, on retrouve du beau monde comme John Kerry, ancien candidat démocrate à la Maison-Blanche et secrétaire d’État des Etats-Unis sous la présidence d’Obama, ou Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement. Jusqu’à présent, ce sentier, situé dans le secteur des Essarts entre les plages de la petite et de la grande Salinette, était interdit au public. Et ce, malgré une loi datant du 31 décembre 1976 fixant le principe d’une servitude de trois mètres sur les propriétés privées en bord de mer afin que les randonneurs puissent y passer.

Le sentier présente des dangers selon les juges nantais

Pour faire respecter la loi, un arrêté préfectoral avait été signé en 1982 avant d’être annulé en 1988 par le Conseil d’État après le recours des riches riverains. En 2015, un nouvel arrêté préfectoral avait été pris et aussitôt attaqué. Cela n’avait pas empêché l’ouverture du tronçon le 28 février dernier, à la grande joie des promeneurs.

Mais mardi, l’affaire a connu un nouveau rebondissement. La cour administrative d’appel de Nantes a en effet annulé partiellement l’arrêté préfectoral, estimant que ce chemin faisait courir des risques aux piétons. « L’usage de ce chemin dans sa conformation actuelle, sans confortement et aménagement préalable, présente un danger réel de chutes lié à des éboulements brusques pour les personnes, en particulier en groupe », a conclu la cour, citant l’étude d’un expert géologue produite par les requérants en 2014.

« Un acharnement judiciaire », selon un collectif de promeneurs

Des arguments qui ne tiennent pas la route, selon Patrice Petitjean, président des Amis des chemins de ronde d’Ille-et-Vilaine. « D’autres rapports ont conclu à l’absence de tout danger, c’est incompréhensible, fulmine-t-il. Bien sûr qu’on peut glisser ou que des cailloux peuvent tomber. Mais c’est comme ça partout sur le littoral. Si on interdit aux gens d’aller se promener sur un sentier côtier parce que c’est dangereux, il faut alors interdire de faire du parachute ou de la bicyclette ».

Le retraité dénonce aussi « l’acharnement judiciaire » dont font preuve les propriétaires de belles demeures. « Ces gens-là n’arrêteront jamais ! Nous, nous avons aucun intérêt là-dedans, nous voulons juste que le plus grand nombre puisse avoir accès à ces merveilles que sont les paysages de Bretagne », assure-t-il. Patrice Petitjean se tourne désormais vers l’État qui a deux mois pour se pourvoir en cassation.

Contactée, la préfecture d’Ille-et-Vilaine se refuse pour l’instant à tout commentaire, indiquant juste être en train d’étudier l’arrêt.