Attentats du 13-Novembre: Pourquoi la reconnaissance d'une 131e victime est une décision importante

TERRORISME Guillaume Valette, rescapé de l'attentat du Bataclan du 13 novembre 2015, a mis fin à ses jours deux ans après l'attaque terroriste

Helene Sergent

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Plusieurs victimes des attentats de Paris ou Nice se sont suicidés plusieurs années après.
Plusieurs victimes des attentats de Paris ou Nice se sont suicidés plusieurs années après. — BENOIT TESSIER / POOL / AFP
  • Ressorti indemne physiquement mais blessé psychiquement et souffrant d’un état de stress post-traumatique (ESPT), Guillaume Valette s’est suicidé le 19 novembre 2017.
  • Le 2 mai dernier, les parents du jeune homme ont reçu un avis leur permettant de se constituer partie civile, a révélé samedi Le Parisien.
  • Une décision des juges d’instruction qui reconnaît implicitement le lien entre le suicide de Guillaume Valette et l’attentat du 13 novembre 2015, faisant de lui la 131e victime des attaques terroristes de Paris et Saint-Denis.

« C’est une première étape dans le combat judiciaire mené par les parents de Guillaume Valette », salue Claire Josserand Schmidt. Contactée par 20 Minutes, l’avocate d’Alain et Arlette Valette a confirmé l’information publiée samedi par le journal Le Parisien faisant état de la reconnaissance d’une 131e victime dans les attentats du 13-Novembre. Leur fils, Guillaume, rescapé du Bataclan et souffrant d'un état de stress post-traumatique (ESPT), s’est donné la mort deux ans après l'attaque qui a visé la salle de concert.

Epaulés par leur avocate, ils ont reçu le 2 mai dernier un avis, émis par les juges d’instruction en charge de l’enquête, leur permettant de se constituer partie civile. Une reconnaissance implicite du statut de 131e victime des attentats pour leur fils. Si cette décision doit encore être confirmée par la cour d’assises lors du procès à venir des attentats, elle doit servir d’alerte sur la prise en charge du stress post-traumatique estiment les associations de victimes.

Une reconnaissance « a posteriori »

Persuadés que le suicide de Guillaume était directement lié à l’attaque du Bataclan auquel il avait réchappé, Alain et Arlette Valette ont fait appel à l’expertise d’une psychiatre pour réhabiliter la mémoire de leur fils. « Elle a étudié le dossier et a conclu sans ambiguïté au lien de causalité entre l’attentat et son suicide. Le fait que leur constitution de partie civile ait été acceptée par la juridiction qui enquête sur les attentats du 13-Novembre est une étape intéressante », note Claire Josserand-Schmidt.

Loin d’être acquise lorsqu’ils en ont fait la demande, la reconnaissance de la qualité de partie civile pour celles ou ceux qui ont perdu un proche « a posteriori » relève pourtant du droit commun souligne Aurélie Coviaux, avocate de plusieurs victimes des attentats et spécialisée en dommages corporels. « Dès lors que les séquelles découlent de l’attentat, l’indemnisation ou la reconnaissance des parties civiles suivent le même régime que les séquelles initiales. Ici la différence c’est que les séquelles ne sont pas survenues immédiatement », analyse-t-elle.

Des « souffrances indicibles »

La reconnaissance de Guillaume Valette comme 131e victime des attentats par des juges d’instruction permet également d’alerter l’opinion publique et le gouvernement sur la prise en charge du stress post-traumatique. « Guillaume a mis fin à ses jours deux ans après le 13-Novembre, ça montre l’intensité des blessures subies dans un temps très long et de prendre la mesure de la gravité des blessures psychiques post-attentat », pointe l’avocate de la famille Valette.

Et la situation du jeune homme est loin d’être un cas unique, ajoute Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris : «  Les blessures psychologiques sont très violentes. Et l’aggravation de l’état de certaines victimes peut survenir des années après, c’est une réalité. Quatre ans après les faits, on sait que certaines personnes commencent à aller plus mal ».

Un constat partagé par Anne Murris, présidente de l’association « Mémorial des anges », qui regroupent des victimes et des proches de victimes de l’attentat de Nice : « Il y a des souffrances indicibles. On pense à Guillaume évidemment, mais aussi à Camille Quilin, rescapée de l'attentat du Caire en 2009 qui s’est suicidée neuf ans après. A Nice, le décès cette semaine de Tahar Mejri qui avait perdu son fils Kylian et son ex-épouse dans l’attaque du 14 juillet nous a également bouleversés. L’accompagnement des victimes dans un temps très long doit être mieux intégré par les pouvoirs publics ».

La création d’un centre national de ressources et de résilience (CNRR) à Lille et de dix centres régionaux similaires doit aller en ce sens espère Arthur Dénouveaux, président Life for Paris : « On a toujours soutenu ce projet. Il y a un véritable effort à faire en matière de prévention du stress post-traumatique. Certains médecins, comme le professeur Thierry Baubet font un travail formidable sur le sujet mais il faut parvenir à diffuser ces connaissances, c’est fondamental. »