Procès Balkany: Sept ans de prison ferme requis contre Patrick, quatre ans avec sursis contre Isabelle

PROCÈS Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour avoir dissimulé au fisc un patrimoine évalué à plus de 13 millions d'euros

Vincent Vantighem

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Patrick Balkany, photographié devant le tribunal de Paris, le 20 mai 2019.
Patrick Balkany, photographié devant le tribunal de Paris, le 20 mai 2019. — AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour « blanchiment de fraude fiscale ».
  • Ils sont accusés d’avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d’euros.
  • Quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, comparaissent également.

Le sens de la mise en scène. Arnaud de Laguiche a commencé par décrire « la belle hauteur sous plafond ». Puis, « la jolie cheminée ». Ce n’est qu’après que le substitut du procureur national financier a évoqué le portrait de Nicolas Sarkozy et surtout le buste de Marianne qui décorait le bureau de Patrick Balkany, en 2009, quand ce dernier aurait conclu un deal pour toucher une commission occulte de 5 millions de dollars.

« On dit que seuls les Napolitains et les Siciliens croient aux statues qui pleurent, Mais j’ai le sentiment que, ce jour-là, Marianne a versé quelques larmes de tristesse », a-t-il balancé. Une heure plus tard, le parquet a requis une peine de sept ans de prison avec mandat de dépôt et dix ans d’inéligibilité à l’encontre du maire (LR) de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), jugé depuis le 20 mai, pour « blanchiment habituel de fraude fiscale » et « corruption ».

« La corruption de cette ampleur, c’est la dénégation de la démocratie locale. C’est une atteinte au lien social. Aucune complaisance n’est possible en la matière. La sanction doit être effective et immédiate », a estimé Serge Roques, le premier vice-procureur au moment de réclamer cette peine.

Quatre ans avec sursis à l’encontre d’Isabelle Balkany

Retournant la conclusion du livre Une autre vérité, la mienne, dans laquelle Patrick Balkany assure avoir « choisi d’être maire […] afin de servir les autres », le parquetier a indiqué qu’il avait surtout choisi de « se servir lui-même » le qualifiant de « corrompu ». Pendant deux heures, dans un réquisitoire à deux voix implacables, le parquet national financier (PNF) a sévèrement chargé le baron des Hauts-de-Seine et son épouse, Isabelle, à l’encontre de laquelle il a requis une peine de quatre années de prison avec sursis. Celle-ci n'a pas assisté à son procès après avoir fait une tentative de suicide début mai.

Le pacte de corruption avec Mohamed Al-Jaber

Après une plaidoirie très pédagogique d’une heure de l’avocat de l’Etat, les deux membres du PNF ont enchaîné pendant deux heures pour décrypter « le blanchiment ancien et systématique » mis en place, selon eux, par les époux Balkany. Un système dans lequel chacun avait un rôle. A l’encontre de l’avocat Arnaud Claude, qualifié de « pilote des montages offshore », ils ont ainsi requis une peine de quatre ans de prison dont deux ferme. A l’encontre de Jean-Pierre Aubry, baptisé « le prête-nom jusqu’au sacrifice », ils ont demandé une peine de trois ans de prison dont deux ferme.

Les représentants du parquet ont également estimé que le magnat saoudien Mohamed Al-Jaber avait bien noué un pacte de corruption avec le maire de Levallois-Perret. « Sinon, pourquoi aurait-il été impliqué dans l’achat de la villa de Marrakech [dont les Balkany ont profité] ? », ont-ils demandé. A son encontre, ils ont également requis une peine de quatre ans de prison dont deux ans ferme. Seul Alexandre Balkany, accusé d'avoir signé des contrats fictifs pour couvrir ses parents a échappé à de sévères réquisitions, le PNF ne demandant qu’une amende de 100.000 euros à son encontre.

Pour Patrick Balkany, c’est « n’importe quoi »

Pendant que les membres du parquet déroulaient leurs argumentaires, Patrick Balkany n’a pas pu s’empêcher de s’agiter sur le banc des prévenus, ponctuant certaines phrases d’un « C’est n’importe quoi ». La semaine prochaine, ses avocats, tout comme ceux des autres prévenus, auront la parole pour assurer leur défense. La décision sera ensuite mise en délibéré.

Dans un premier volet portant sur le seul délit de « fraude fiscale », le parquet national financier avait déjà requis mi-mai quatre ans de prison, avec mandat de dépôt, contre Patrick Balkany, deux ans ferme contre son épouse Isabelle, et dix ans d’inéligibilité contre eux deux. Alors que la justice a saisi tous ses biens, le couple n’a pas régularisé sa situation fiscale, contestant les modalités de son redressement.

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