Affaire Dettinger: Une centaine de donateurs de la cagnotte Leetchi convoqués par la police

TEMOIGNAGE Les autorités souhaitent notamment savoir ce qui a poussé les donateurs à soutenir Christophe Dettinger

20 Minutes avec agences

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Un graffe sur Christophe Dettinger et le mouvement des "gilets jaunes".
Un graffe sur Christophe Dettinger et le mouvement des "gilets jaunes". — HOUPLINE RENARD/SIPA

Des souscripteurs à la cagnotte lancée pour soutenir Christophe Dettinger ont été convoqués par la police pour témoigner, a-t-on appris mardi de source judiciaire. Une enquête pour « abus de confiance » avait été ouverte à Paris le 9 mai après la plainte de participants qui accusent Leetchi d’avoir « détourné les fonds ».

L’opération visait à aider l’ex-boxeur, filmé en train de frapper deux gendarmes lors de l’acte 8 des « gilets jaunes » le 5 janvier dernier à Paris. Devenu un symbole du mouvement, il a été condamné en février à un an de prison ferme, aménageable en semi-liberté, et 18 mois de sursis avec mise à l’épreuve.

Plus de 100.000 euros récoltés en deux jours

Juste après la diffusion de la vidéo en janvier, les dons avaient afflué, atteignant en deux jours 130.000 euros selon Leetchi, 145.000 euros selon les Dettinger. Mais le 8 janvier, la plateforme, vivement critiquée jusqu’au sein du gouvernement qui dénonçait une apologie de la violence contre les forces de l’ordre, a fermé la cagnotte et bloqué l'argent.

Mi-avril, 40 souscripteurs ont porté plainte, estimant que Leetchi avait « manifestement détourné les fonds remis par les participants » en les « retenant », en « procédant unilatéralement au remboursement de certains participants » et « en modifiant unilatéralement [leur] destination ».

Une forme d'« intimidation » selon l’avocate de l’ex-boxeur

Dans au moins un courriel dont a eu connaissance l’AFP, un officier de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA) a convoqué ce mardi plus d’une centaine de donateurs pour venir témoigner mercredi ou jeudi. Ceux qui ne peuvent venir se sont vus adresser deux questions auxquelles ils doivent répondre par écrit : « Pour quelles raisons avez-vous souscrit un don à la cagnotte Leetchi en soutien à Christophe Dettinger ? » et « A quelle date avez-vous souscrit et quel était le motif de la cagnotte sur le site ? ».

« C’est un détournement de procédure, aucun d’entre eux ne peut aider à déterminer s’il y a eu abus de confiance », a réagi Laurence Léger qui défend Christophe Dettinger, y voyant une forme de « pression » et d'« intimidation ».

Leetchi avait-elle le droit de suspendre la cagnotte ?

Ce message a par ailleurs été envoyé, sans cacher les adresses des uns et des autres. « Je trouve ça choquant », a déclaré l’un des souscripteurs contactés, s’étonnant d’avoir ainsi « accès à un groupe de donateurs de Leetchi ». « Dans les conditions générales, on est protégé », rappelle-t-il.

Sur les réseaux sociaux mardi soir, de nombreuses personnes dénonçaient aussi le fait que Leetchi ait communiqué ces coordonnées à la police. La plateforme ne peut pourtant pas s’y opposer dans le cas d’une réquisition judiciaire.

Dans un autre dossier, la justice civile, saisie par Leetchi comme par le couple Dettinger et l’organisateur de la collecte, doit dire le 19 juin à Paris si la plateforme avait le droit de suspendre la cagnotte ou si elle doit verser l’argent à l’ex-boxeur.