Procès Balkany : « C’est vrai… Nous avons été plus cigales que fourmis... »

PROCÈS Le tribunal correctionnel de Paris a examiné, ce mardi, la personnalité de Patrick et Isabelle Balkany, accusés d'avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d'euros au fisc

Vincent Vantighem

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Rueil-Malmaison, le 3 décembre 2015. Patrick et Isabelle Balkany lors d'un meeting Les Républicains pour les élections régionales en Ile-de-France.
Rueil-Malmaison, le 3 décembre 2015. Patrick et Isabelle Balkany lors d'un meeting Les Républicains pour les élections régionales en Ile-de-France. — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour « blanchiment de fraude fiscale ».
  • Ils sont accusés d’avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d’euros.
  • Quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, comparaissent également.

C’était le dernier moment pour se montrer sous son meilleur jour. La dernière chance pour tenter d’infléchir la courbe inquiétante que semble dessiner la balance de la justice pour les époux Balkany. Après quatre semaines éprouvantes de procès pour « fraude fiscale », « blanchiment » et « corruption », le maire (LR) de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et sa première adjointe ont réclamé, mardi, un peu d’indulgence à la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, lors du traditionnel examen de personnalité.

C’est Isabelle Balkany qui a ouvert le bal par la voix de Pierre-Olivier Sur, son avocat. Le 2 mai, elle a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des médicaments. Et « malheureusement », les médecins ne l’ont toujours pas autorisée à se présenter à la barre.

C’est donc à travers une longue lettre, lue par son conseil, qu’elle s’est racontée ce mardi. N’omettant aucun détail. Qu’il s’agisse de son « coup de foudre total et immédiat » pour Patrick lors d’un salon du livre en 1975 au moment où il est parti avec « une femme plus jeune », 20 ans plus tard. Avant finalement de revenir vers elle à la fin des années 1990…

Isabelle Balkany reconnaît « une faute »

Mais la 32e chambre est spécialisée dans les affaires financières, pas dans les peines de cœur. Et Isabelle Balkany le sait. Elle a donc aussi raconté son héritage familial, la fortune de sa famille dans le caoutchouc. Ses bisbilles avec ses frères et sœurs. Et surtout son erreur d’avoir investi ses actions dans la villa Pamplemousse à Saint-Martin plutôt qu’en France. Le tout sans prévenir le fisc.

« C’est une faute. Je la reconnais sans détour. Et si elle n’a pas d’excuse, elle a au moins des explications », lâche-t-elle dans ce courrier. Car, l’élue connaît bien l’image qui lui colle à la peau. Pas totalement infondée d’ailleurs. « C’est vrai, enchaîne-t-elle. Nous avons été plus cigales que fourmis. Mais nous avions les moyens de nous offrir ce train de vie. Et personne ne peut dire que j’ai occupé un emploi fictif ou que j’ai été corrompue ! »

« Quand un homme politique s’arrête, il meurt… »

Pressé d’en finir, Patrick Balkany se lève alors d’un bond pour rejoindre la barre sans qu’on l’y invite. Le président Benjamin Blanchet temporise. Histoire de montrer qu’il n’est pas à un meeting des Républicains. Mais quand le maire de Levallois est lancé, il est difficile de l’arrêter. Pour tenter de redresser la barre, il attaque d’abord… les communistes à qui il a ravi la mairie en 1983. Ceux qui menaçaient les colleurs d’affiches « à coups de battes de base-ball » et détournaient les boissons du centre communal d'action sociale (CCAS) pour le compte de « la Fête de l’Huma ».

A le croire, toutes les magouilles auraient cessé à partir du moment où il a intégré la mairie. Ah, il l’aime cette mairie ! C’est même pour elle qu’il a toujours refusé de devenir ministre. Et pour ne pas perdre son « ami » Nicolas Sarkozy, aussi, devenu chef de l'Etat. Le président Benjamin Blanchet ne peut que lui tendre des perches. « Maire depuis 35 ans, c’est une longue carrière tout de même ? », demande-t-il doucement. « Vous savez quand un homme politique s’arrête, il meurt », répond l’édile.

Et Patrick Balkany, lui, est « solide ». Assez en tout cas pour se défendre. Accusé d’être un homme d’argent, il assure qu’il ne doit sa réputation qu’à son goût des cigares et son amitié avec les gens du show-business, de Johnny Hallyday à Robert Hossein.

Patrick Balkany affirme qu’il est ruiné mais…

Mais dans un passage contrit, il reconnaît ses torts. Il reprend, lui aussi, la célèbre fable de La Fontaine pour regretter de ne pas avoir rapatrié en France les avoirs hérités de son père à l’étranger. Fraudeur fiscal, oui. Mais corrompu, non.

D’ailleurs, assure-t-il, « le fisc s’est déjà occupé de faire en sorte que nous n’ayons plus rien pour vivre… » Si ce n’est sa retraite de parlementaire qui s’élève à 4.100 euros après le prélèvement à la source et les indemnités de maire et de première adjointe pour sa femme, chacune de 1.200 euros. « C’est très dur d’avoir passé sa vie à servir les autres et de se retrouver jeté en pâture. C’est très dur à supporter », lâche-t-il.

Jeudi, les membres du parquet national financier doivent requérir à l’encontre du couple. Ils peuvent réclamer une peine allant jusqu’à 10 ans de prison.

Suivez ce procès en direct sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem