Procès Balkany: «Avec vous, la balance de la justice en prend un coup!», lâche au juge le maire de Levallois

PROCÈS Patrick Balkany a été interrogé, ce jeudi, sur une commission de 5 millions de dollars qu’il aurait touchée en marge d’un contrat minier en Afrique

Vincent Vantighem

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Patrick Balkany, maire LR de Levallois, le 13 mai 2019 au Tribunal de Grande Instance de Paris.
Patrick Balkany, maire LR de Levallois, le 13 mai 2019 au Tribunal de Grande Instance de Paris. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour « blanchiment de fraude fiscale ».
  • Ils sont accusés d’avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d’euros.
  • Quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, comparaissent également.

Du haut de ses 70 ans, Patrick Balkany a conservé, pour certaines choses de la vie, l’enthousiasme d’un enfant. Il était 15 heures, jeudi, quand il a ainsi emmené joyeusement la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, à 400 mètres sous terre en camion. « C’était tellement impressionnant. Impressionnant ! Je n’avais jamais rien vu de tel, monsieur le président ! » Il faut dire que le maire (LR) de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) affirme ne rien connaître aux mines africaines. Si ce n’est, donc, ce sentiment d’avoir 400 mètres de terre, de cuivre et d’uranium sur la tête.

En ce moment, c’est plutôt une épée de Damoclès qui se balance au-dessus du banc du tribunal où l’édile accusé de « corruption » passe ses journées. Et Georges Forrest semble tenir un bout du manche. Cet industriel belgo-congolais est celui qui a emmené, un beau jour, Patrick Balkany dans les entrailles de l’Afrique. C’est surtout celui qui assure lui avoir versé 5 millions de dollars sur un compte à Singapour. En échange, Patrick Balkany l’aurait placé pour qu’il acquière une mine d’uranium en Namibie.

Georges Forrest photographié en 2018 dans son bureau de Lubumbashi en République démocratique du Congo.
Georges Forrest photographié en 2018 dans son bureau de Lubumbashi en République démocratique du Congo. - SAMIR TOUNSI / AFP

Les neuf chiffres du compte à Singapour

En entendant cette histoire lue par le président Benjamin Blanchet en début d’après-midi, le maire de Levallois manque s’étrangler. Avant même d’arriver à la barre du tribunal, son visage vire cramoisi. « Tout le monde oublie que la vente de la mine n’a pas eu lieu au final. Pourquoi aurais-je donc touché une commission ?, crache-t-il dans le prétoire sans avoir besoin de micro.

Et de s’en prendre à tous les membres de la magistrature. « Je trouve ça aberrant qu’on ait pu écrire sur un bout de papier que j’ai la moindre responsabilité là-dedans ! Messieurs du parquet, je ne vous félicite pas ! Et vous monsieur le président ! Avec vous, la balance [de la justice], elle en prend un coup ! »

Il faut dire que le poids des charges la fait pencher uniquement d’un côté. S’il n’y a pas eu de commission, comment Georges Forrest a-t-il pu citer 1651.663.21, les neuf chiffres du compte de la Commerzbank de Singapour, dont le bénéficiaire était le bras droit de Patrick Balkany ? Pourquoi les fonds, virés en deux fois en juin 2009, ont servi à meubler la villa de Marrakech que l’élu est accusé de posséder ?

Un fax envoyé d’un bureau de poste, rue la Boétie

Eric Dupond Moretti, l’avocat de Patrick Balkany, intervient. Pour lui, cela semble gros. Tellement gros qu’il se demande si l’industriel, baptisé le « vice-roi du Katanga », n’a pas passé un deal avec le juge Van Ruymbeke ? Un non-lieu en échange de charges précises contre Balkany ?

Sinon, comment expliquer qu’il soit venu, en 2015, dans le bureau du magistrat avec un « barda de documents » sans savoir pourquoi il était convoqué ? Dans le lot des 114 pages, il faut dire que les enquêteurs ont trouvé quelques pépites. Des photos montrant Patrick Balkany en Namibie alors qu’il disait ne jamais y avoir mis les pieds. Des ordres de virements vers Singapour. Et même un fax envoyé du bureau de poste de la rue de la Boétie, à Paris. Juste à côté de l’adresse du cabinet d’avocat chargé de la Société d’économie mixte de Levallois-Perret…

Confronté à tout cela, Patrick Balkany finit par balancer, toujours aussi rouge, qu’il n’a « plus rien à dire » sur cette affaire. Le tribunal s’en charge très bien tout seul. Il a prévu que le procès se poursuive jusqu’au 20 juin. Le maire de Levallois encourt une peine de dix ans de prison.

Suivez le procès Balkany en direct sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem