La salle d'audience était bien trop petite ce mercredi pour accueillir les journalistes et les nombreux soutiens d'Eric Drouet
La salle d'audience était bien trop petite ce mercredi pour accueillir les journalistes et les nombreux soutiens d'Eric Drouet — Aurore MESENGE / AFP

JUSTICE

Procès d'Eric Drouet: «On ne peut pas se déclarer pacifiste et venir armé à une manifestation !»

Figure emblématique du mouvement des « gilets jaunes », Eric Drouet, 34 ans, était jugé ce mercredi à Paris pour avoir participé à une manifestation non déclarée avec une matraque dans son sac

  • Le 22 décembre dernier, Eric Drouet était interpellé dans le quartier de la Madeleine alors qu’il participait à une manifestation non déclarée des « gilets jaunes ».
  • Dans ses affaires, les policiers avaient trouvé une matraque en bois longue de 30 cm.
  • Pour ces faits, le chauffeur routier de 34 ans comparaissait ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris.
  • Le procureur a requis à son encontre quatre mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende.

« Les journalistes ça suffit, il y en a déjà plein à l’intérieur ! Tout ça pour qu’ils écrivent des conneries, sauf RT ! [chaîne de télévision financée par la Russie] Y a des patates qui vont partir », fulmine un barbu visiblement excédé par l’attente. « Laissez rentrer les amis à Eric ! Et sa famille aussi », lance aux policiers débordés une blonde aux cheveux bouclés. Quelques minutes plus tard, les agents referment les portes vitrées devant la salle 4.02, suscitant la déception des soutiens d' Eric Drouet et d’une petite dizaine de journalistes ne pouvant assister au procès de cette figure emblématique des «  gilets jaunes ».

Sweat à capuche noir, pantalon bleu clair, et sacoche en bandoulière, le prévenu s’avance vers la barre. Eric Drouet, 34 ans, comparait devant la 10-1 du tribunal correctionnel de Paris pour avoir participé, le 22 décembre dernier, à une manifestation non déclarée des « gilets jaunes », dans le quartier de la Madeleine, ainsi que pour port d’arme prohibée. Filmée et diffusée en direct sur les réseaux sociaux, la vidéo est projetée lors de l’audience. « Ils ont attrapé Eric putain ! Ils sont en train de le massacrer. Enfoirés de merde ! Ils ont attrapé Eric », crie la femme derrière la caméra.

« J’avais oublié sa présence »

Lors de son interpellation, les policiers ont trouvé dans son sac à dos une sorte de matraque en bois, longue de 30 cm. « J’avais oublié sa présence », affirme le barbu aux cheveux courts, originaire de Seine-et-Marne. Selon lui, l’objet appartenait à son père. Un « souvenir » qu’il laisse dans le sac qu’il emporte lorsqu’il part travailler. « En tant que routier, on a tous quelque chose pour se défendre », explique-t-il au président, Edmond Brunaud. L’objet a été « détruit » à l’issue de sa garde à vue après qu’il a donné son accord. « Je n’avais pas trop le choix… »

Les bras croisés, manches retroussées, cette figure des « gilets jaunes » assure qu’il n’avait pas l’intention de s’en servir : « Il n’y avait aucune violence dans le cortège ce jour-là. » Une explication qui a du mal à convaincre le procureur, Loïs Raschel. Eric Drouet est allé « volontairement à cette manifestation [qu’il conteste avoir organisé] avec une matraque », un « outil de défense » plus qu’un « souvenir de famille ». Le prévenu, dit-il, était dans « une logique d’affrontement » avec les forces de l’ordre. « On ne peut pas se déclarer pacifiste et venir armé à une manifestation ! » Le magistrat requiert quatre mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende.

« Tout ça pour un bout de bois ! »

« Tout ça pour un bout de bois ! » s’emporte son avocat, Me Khéops Lara. Pour lui, il ne s’agit pas d’une « arme » mais d’un simple « grigri ». « Si vous considérez-ça comme une arme de catégorie D, mon parapluie l’est aussi », tente-t-il. Si son client a été arrêté ce jour-là, c’est parce que les policiers sont « utilisés et instrumentalisés » et qu’ils avaient reçu des « instructions » dans ce sens. La décision sera rendue le 4 septembre prochain. Eric Drouet quitte la salle entouré par les caméras et les micros. « Mais laissez-le respirer ! » hurle à la presse une de ses proches.