Migrants: Prison ferme pour un imam de Rouen impliqué dans un trafic de bateaux pneumatiques

TRAVERSEE L’imam et un fidèle de la mosquée auraient acheté sept bateaux entre le 27 décembre 2018 et le 30 avril 2019

20 Minutes avec agences

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Un bateau de migrants au large des côtes libyennes, le 27 juin 2017 (illustration).
Un bateau de migrants au large des côtes libyennes, le 27 juin 2017 (illustration). — Taha JAWASHI / AFP

Il a fourni des bateaux pneumatiques à des migrants pour leur permettre de rejoindre la Grande-Bretagne et aurait perçu en retour de fortes sommes d’argent. Un imam de la banlieue de Rouen a été condamné ce lundi par le tribunal de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) à trois ans de prison dont un avec sursis, avec interdiction de séjour dans le Nord et le Pas-de-Calais pendant cinq ans, avec placement sous mandat de dépôt.

Le tribunal a également condamné à dix-huit mois de prison, dont neuf mois avec sursis, un fidèle de la mosquée, lui aussi interdit de séjour dans les deux départements pendant trois ans.

Deux bateaux, trois moteurs et des gilets de sauvetage chez le religieux

L’enquête débute dans la nuit du 27 au 28 mars, lorsque les gendarmes découvrent des gilets de sauvetage, des pulls mouillés et une embarcation pneumatique échouée sur la plage d’Escalles (Pas-de-Calais). Grâce à l’immatriculation, les forces de l’ordre remontent jusqu’à l’ancien propriétaire, qui explique l’avoir vendu à un homme quelques jours plus tôt. Relevés téléphoniques et filatures permettent d’identifier cet Iranien de 39 ans, imam dans une mosquée de Petit-Couronne.

A son domicile, la police retrouve deux bateaux, trois moteurs, et une vingtaine de gilets de sauvetage. L’un des fidèles de la mosquée, ressortissant sénégalais de 29 ans, est également interpellé. En garde à vue, les deux hommes reconnaissent les faits, assurant avoir agi pour le compte d’un troisième individu, jamais identifié par les enquêteurs.

L’imam se dit « honteux »

Devant le tribunal lundi, le religieux évoque un certain Kamal, pour qui il allait acheter des navires jusque dans un magasin de Deûlémont, à la frontière belge. Parfois, l’imam demande à son « meilleur ami », le fidèle de la mosquée, d’effectuer les trajets. Selon les investigations, les deux hommes auraient ainsi acheté sept bateaux, entre le 27 décembre 2018 et le 30 avril 2019.

A la barre, ils affirment n’avoir compris que tardivement que les navires permettaient à des clandestins de tenter de traverser la Manche. « Quand j’ai su, j’ai pensé aux enfants à bord, et je me suis dit qu’il y aurait pu y avoir des morts. J’étais effondré », déclare le fidèle. A ses côtés, l’imam se dit « honteux ».

Les migrants auraient payé jusqu’à 10.000 euros

Les migrants entendus font état de sommes pouvant atteindre 10.000 euros. Lui déclare que l’acheminement des bateaux ne lui a rapporté que 1.300 euros.

Des explications « qui ne correspondent pas à la réalité », estime le parquet, qui rappelle que « les écoutes téléphoniques et la géolocalisation montrent que [l’imam] se déplaçait régulièrement (…) à proximité des plages où ont été découverts des bateaux et des migrants ». Le fidèle aurait même augmenté ses tarifs après avoir compris que les navires étaient destinés aux traversées.

« Il a conscience de l’infraction qu’il a commise (…) choqué par ce qu’il a fait », a déclaré à la presse l’avocate de l’imam, Me Marie-Alice Fasquelle-Leonetti. Son client, père de trois enfants dont un nourrisson selon elle, aurait été « détenu en Iran pendant un certain nombre d’années » et a obtenu le droit d’asile en « sept jours ».