Un boucher bio a été attaqué le 4 mai par des militants antispécistes.
Un boucher bio a été attaqué le 4 mai par des militants antispécistes. — GERARD JULIEN / AFP

PROCES

Boucherie dégradée par des antispécistes: «Le but c'était d'avoir des images filmées»

Des peines de trois et six mois de prison avec sursis ont été requises contre deux militants végans accusés de violences contre un boucher et de dégradations de son étal

  • Steevens Kissoura, artisan-boucher bio à Paris a été attaqué par une quinzaine de militants vegans en mai dernier. 
  • Du faux-sang a été jeté sur son étal.
  • Des peines de trois et six mois de prison avec sursis ont été requises contre deux militants.

L’un comme l’autre l’assurent : ils ignoraient que jeter du faux sang sur la vitrine d’un boucher pouvait les mener devant un tribunal. « Je ne savais pas que cela était considéré comme une dégradation », explique, penaud, Pierre-Antoine C., 21 ans, à la barre de la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L’étudiant en mathématiques et sa petite amie, Ludivine B., 30 ans, tous deux militants antispécistes, comparaissaient ce mardi pour des violences volontaires et des dégradations en réunion. Ils sont soupçonnés d’avoir pris part à une action le 4 mai dernier contre un boucher de la halle Saint-Quentin, dans le Xe arrondissement de Paris. Son étal a été aspergé de faux sang et l’artisan affirme avoir reçu des coups.

Tout est parti d’un post Facebook. Un message succinct qui invite les militants à se regrouper pour une action. Ils sont une quinzaine à répondre à l’appel. Ce n’est qu’en arrivant sur place qu’ils reçoivent les instructions : déverser du faux sang sur le sol, selon Ludivine B., sur la vitrine du boucher, selon Pierre-Antoine C. « Ce qui était très important, précise ce dernier, c’est qu’on devait être à visage découvert et n’opposer aucune résistance ou forme de violence. »

Selon leur récit, tout est allé très vite, quelques minutes tout au plus. Les militants présents se sont scindés en deux groupes pour se retrouver devant l’étal de Steevens Kissouna, l’un des trois seuls bouchers bio de Paris. « Pourquoi cette boucherie ? », interroge la présidente. « C’était déjà choisi », répond le militant. « Vous saviez qu’elle est "bio" ? », reprend la magistrate. « Non. » Selon les deux prévenus, le petit groupe s’est contenté de jeter du faux sang, de brandir des pancartes et de crier des slogans. « Le but était d’avoir des images filmées pour qu’on voit le rapport entre la viande et les souffrances animales », détaille Pierre-Antoine C.

« Je prends peur, je ne sais pas ce qu’ils veulent »

Une version des faits bien loin de celle rapportée par Steevens Kissouna. Ce samedi, lorsque le groupe de militants débarque, l’artisan prépare la commande d’un client. « Je lève la tête et je prends peur, je ne sais pas ce qu’ils veulent, explique le commerçant à peine plus âgé que les prévenus. J’ai le réflexe de prendre les couteaux et de les balancer dans la plonge. » Selon son récit, lorsqu’il cherche à quitter son comptoir, Pierre-Antoine C. lui assène un coup de poing dans les côtes qui le projette au sol. Les autres commerçants de la halle, croyant d’abord à un vol à l’étalage, viennent à sa rescousse. Le fleuriste lance des seaux d’eau sur les militants, le charcutier les sort manu militari, les fromagers ferment la grille. Steevens Kissouna s’est vu prescrire sept jours d’ITT et souffre toujours, selon son avocate, de troubles anxieux nécessitant un suivi psychologique.

Si les deux militants reconnaissent avoir pris part aux dégradations, ils nient fermement les violences. « Je milite depuis quelques années pour la cause animale mais je l’ai toujours fait pacifiquement », insiste, d’une voix fluette, Ludivine B.. Preuve de leur bonne foi selon eux, lorsqu’ils ont aspergé de faux sang la boucherie, ils n’ont pas cherché à se camoufler ou à se faire discret. Bien au contraire. Lui portait un tee-shirt fluo et un pantalon rose, elle a les cheveux multicolores. C’est d’ailleurs ces tenues qui ont permis leur interpellation. Quelques minutes après leur happening, ils sont repassés devant la halle pour se rendre au cinéma. C’est à ce moment-là que l’artisan les a reconnus et a averti les autorités.

Peine « d’avertissement »

La procureure, prenant en compte le fait qu’ils avaient tous deux un casier vierge, a requis une peine « d’avertissement ». Six mois de prison avec sursis pour lui, trois mois, avec sursis également, pour elle. « On peut exprimer ses convictions, considérer que les conditions d’abattage sont révoltantes, on peut lutter contre la souffrance animale mais on ne peut pas basculer dans l’infraction pénale et la violence », a estimé la magistrate. La décision a été mise en délibéré au 25 juin. Ils risquent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.