Procès pour «fraude fiscale»: Dans la famille Balkany, le tribunal demande le fils Alexandre

PROCÈS Patrick et Isabelle Balkany sont soupçonnés d’avoir dissimulé au fisc un patrimoine évalué à plus de treize millions d’euros

Vincent Vantighem

— 

Paris, le 20 mai 2019. Alexandre Balkany, le fils de Patrick et Isabelle, arrive au palais de justice où il comparaît pour «blanchiment de fraude fiscale».
Paris, le 20 mai 2019. Alexandre Balkany, le fils de Patrick et Isabelle, arrive au palais de justice où il comparaît pour «blanchiment de fraude fiscale». — Eric Feferberg / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour « blanchiment de fraude fiscale ».
  • Ils sont accusés d’avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d’euros.
  • Quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, comparaissent également.

Un peu de tabac et surtout quelques années de moins. Mais c’est sûr :  à 70, voire même à 71 ans, Alexandre Balkany aura la même voix de stentor que son père, Patrick. Lundi, ils se sont succédé à la barre de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour se défendre d’être les véritables propriétaires du  riad Dar Gyucy de Marrakech (Maroc).​

Une jolie piscine. Des chambres spacieuses. Deux salons orientaux. Et une salle de sport. La villa posée sur deux hectares au cœur de la Palmeraie pèse 5 à 6 millions d’euros, selon l’accusation. Et si la famille Balkany est réunie au tribunal aujourd’hui, c’est parce que les juges d’instruction ont estimé que tout le monde avait menti à son sujet. Patrick en n’avouant pas qu’il avait acheté la demeure, via un montage offshore. Alexandre en prétendant qu’il en était en fait le locataire, pour protéger ses aïeux.

Le livre « Une autre vérité, la mienne… »

C’est d’ailleurs le plus jeune des deux qui a ouvert le bal à la barre, pendant une heure. Désinvolte, un brin arrogant, il a assuré au tribunal que les deux contrats de location qu’il a présentés n’étaient pas des faux. « A l’époque, je jouais au golf. Je gagnais très bien ma vie. Je suis allé à Marrakech fin 2010. Mon père m’a proposé de louer cette maison. Chose que j’ai faite en 2011. »

Premier problème, le majordome de la maison dit avoir été embauché en 2009. De quoi accréditer la thèse selon laquelle Alexandre n’est qu’un prête-nom pour ses parents qui voulaient cacher au fisc cette vaste demeure orientale. D’ailleurs, à l’intérieur, les enquêteurs n’ont retrouvé que des biens appartenant aux plus vieux des Balkany. Des caisses de vin, des peignoirs brodés et même le livre Une autre vérité, la mienne... 

Patrick Balkany, photographié devant le tribunal de Paris, le 20 mai 2019.
Patrick Balkany, photographié devant le tribunal de Paris, le 20 mai 2019. - AFP

80.000 euros d’impayés de loyer jamais réclamés

« Je ne comprends pas, répond Alexandre. Il y avait mes sacs de golf. Et cela ne figure pas dans le procès-verbal de perquisition. » Car, il l’affirme, il était bien le locataire du lieu. Même qu’il a accumulé une ardoise de 80.000 euros d’impayés de loyers que le propriétaire n’a jamais réclamés.

Efficace et pointilleux, le président Benjamin Blanchet lui demande justement qui était donc ce fameux propriétaire, capable de laisser filer 80.000 euros comme cela. « Je ne sais pas, répond le fils Balkany en se marrant à la barre. Je ne l’ai jamais su. » Mais le fils l’assure : ce n’était pas son paternel. Et cela même si la maison porte le nom de Gyucy, soit la contraction des prénoms des deux petits-enfants Balkany, Gyula et Lucie… « Ben non, Lucie s’écrit "ie"à la fin », défend Alexandre Balkany.

Encore « 100 % de mensonges » pour Al-Jaber

Après une demi-heure de dénégations et autant de dérobades, Patrick Balkany succède à son fils au centre du prétoire. Même intonation de voix, un ton en dessous, il attaque par un : « Je vais vous expliquer… » prometteur.

Mais il ne fait que rabâcher ce qu’il assure depuis le départ. « J’ai rencontré le bras droit de Monsieur Al-Jaber qui m’a dit qu’il avait de gros problèmes en Arabie Saoudite. Il avait besoin d’une maison secrète au Maroc. On l’a donc trouvée pour lui. » Mohamed Al-Jaber, aussi haut que large, est le personnage central de ce dossier.

Magnat saoudien, il devait construire des tours à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Montant du projet : 250 millions d’euros. Patrick Balkany assure donc qu’il lui a rendu service pour le bien de sa ville. « On avait besoin de ce projet. » Les tours ne sont jamais sorties de terre. Les 250 millions d’euros ne sont jamais arrivés. Mais Patrick et Isabelle Balkany ont pris du bon temps au Maroc.

« C’est vrai. On y est allé, assure l’édile. Mais cette maison n’est pas à nous, n’a jamais été à nous et a toujours été la planque de M. Al-Jaber avant qu’on ne lui coupe la tête en Arabie Saoudite. » Juste avant, le magnat lui aussi présent sur le banc des prévenus avait demandé la parole pour ne faire passer qu’un message. Le même que la semaine dernière. « Ici, j’ai entendu 100 % de mensonges. Il n’y a pas 1 % de vérité ». Le procès doit se poursuivre jusqu’au 20 juin. Tous les prévenus encourent une peine de dix ans de prison.