Au procès Balkany, le Saoudien Al-Jaber fait son show en dévoilant sa fortune

PROCÈS Le tribunal a examiné, ce mercredi, les conditions d'attribution d'un somptueux riad à Marrakech (Maroc) dont auraient profité les époux Balkany

Vincent Vantighem

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Paris, le 23 mai 2019. Patrick Balkany et son avocat, Antoine Vey, arrivent au tribunal de Paris où le maire de Levallois est jugé pour «fraude fiscale».
Paris, le 23 mai 2019. Patrick Balkany et son avocat, Antoine Vey, arrivent au tribunal de Paris où le maire de Levallois est jugé pour «fraude fiscale». — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour «blanchiment de fraude fiscale»
  • Ils sont accusés d'avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d'euros.
  • Ce mercredi, c'est l'homme d'affaires Al-Jaber qui a fait le show.

Bien sûr, l’installation électrique est un peu poussive. Et le salon de massage mérite quelques travaux d’agrandissement. Mais, de l’aveu d’un témoin, le riad Dar Gyucy est tout de même « un petit palais oriental luxueux ». Cinq millions d’euros posés sur deux hectares au beau milieu de la palmeraie de Marrakech (Maroc).

Mercredi après-midi, devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Patrick Balkany s’est défendu d’en être le véritable propriétaire. Peu importe que les enquêteurs aient retrouvé des caisses de vin à son nom dans la cave et des peignoirs brodés P. B. dans la penderie. Peu importe aussi qu’Isabelle Balkany a commandé un salon de jardin, une balancelle et même une table de poker pour le meubler. Peu importe que le couple y ait dormi 90 nuits au second semestre 2010, d’après la cellule Tracfin. Peu importe surtout que Gyucy soit la contraction de Gyula et Lucy, les prénoms des deux petits-enfants du couple Balkany...

Une montre de plongée à 15.000 euros

Pour tenter de justifier tout ça, c’est d’abord Jean-Pierre Aubry que le président, Benjamin Blanchet, appelle à la barre. Carrure de basketteur, le bras droit de Patrick Balkany à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) se baisse jusqu’au micro pour avouer. Oui, il s’est bien rendu en Suisse pour créer une structure offshore via le Panama afin d’acheter la villa. Projetés sur l’écran géant du prétoire, les principaux documents portent sa griffe.

Mais le Maroc, ce n’est pas « [sa] tasse de thé ». Et s’il a agi ainsi, c’était pour le compte de Mohamed Al-Jaber, un riche homme d’affaires saoudien impliqué dans un projet de construction de tours à Levallois-Perret. Les tours n’ont jamais vu le jour. Mais d’après Jean-Pierre Aubry, le riad était commandé par Al-Jaber avec son propre argent. Le magnat l’a simplement loué aux Balkany ensuite. « Nous avions une relation amicale. Nous nous sommes vus peut-être 50 ou 60 fois avec Monsieur Al-Jaber à l’époque, justifie Jean-Pierre Aubry à la barre. Il m’a même offert une montre de plongée d’une valeur de 15.000 euros. Mais je ne la porte pas, hein… »

Aubry, un simple garde du corps de Balkany ?

Aussi haut que large, Mohamed Al-Jaber, costume rayé, s’avance alors dans le prétoire. Il s’affale quasiment sur les feuilles qu’il vient de disposer sur le pupitre et commence à faire le show. « En tout, j’ai dû voir ce Monsieur trois ou quatre fois. D’ailleurs, je pensais que c’était l’un des gardes du corps de Balkany, attaque-t-il. Et puis, cela n’a pas de sens. Je suis propriétaire de biens dans huit villes. A Paris, j’en ai trois. Deux appartements et un château. Valeur : 20 millions d’euros. Je n’ai rien à cacher. »

Et le petit homme de sortir de sa veste une feuille pliée en quatre contenant, selon lui, le classement des plus grosses fortunes. « Je suis 5e. Elle est estimée entre 7 et 9 milliards. Et encore, j’ai toujours refusé les pots-de-vin ! Vous croyez que j’ai besoin de demander au garde du corps de Balkany de m’acheter une maison au Maroc alors que je connais personnellement le roi et tout le gouvernement ? »

Balkany a fait ses comptes

Deux mètres derrière lui, Patrick Balkany, qui comparaît pour « blanchiment » et « corruption », regarde ses souliers bien cirés. Mais vers 17h, il explose et s’avance à la barre. « J’ai entendu avec beaucoup de joie que Monsieur Al-Jaber était devenu très riche (…) Parce qu’il doit à Levallois la somme de 16.696.460,06 euros. Est-ce que vous pouvez lui demander de venir à la barre avec son chéquier ? » Non ? Alors quand on se vante d’avoir des milliards partout, on ne vient pas ici pérorer ! »

Hervé Témime, l’avocat du Saoudien se lève pour défendre son client :

- Vous n’êtes pas là pour donner des leçons, Monsieur Balkany !

- Maître, vous défendez un escroc !

- Et vous vous êtes quoi ?

- Moi, je suis un escroqué !

L’audience s’achève dans ce climat tendu. Les débats doivent se poursuivre, lundi, sur une question centrale. Le riad de Marrakech a-t-il été « offert » par Al-Jaber aux époux Balkany en échange du marché de construction des tours de Levallois-Perret ? Escroc ou escroqué, les deux hommes encourent la même peine : dix ans de prison.

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