VIDEO. Disparition d’Estelle Mouzin: Comment les déclarations de Michel Fourniret et Monique Olivier ont relancé l'enquête

EXCLUSIF Le tueur en série Michel Fourniret a reconnu que la disparition d’Estelle Mouzin était « un sujet à creuser » ; Monique Olivier, son ex-femme, souhaite « évoquer ce dossier » avec une juge

Vincent Vantighem

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Montage photo présentant le tueur en série Michel Fourniret (à gauche) et Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003 à Guermantes (à droite).
Montage photo présentant le tueur en série Michel Fourniret (à gauche) et Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003 à Guermantes (à droite). — Alain Julien / Afp / Sipa
  • Âgée de 9 ans, Estelle Mouzin a disparu en janvier 2003 à Guermantes.
  • Le 5 février, Monique Olivier, ex-épouse du tueur en série Michel Fourniret, a indiqué qu’elle souhaitait « évoquer ce dossier ».
  • Le 14 mars, Michel Fourniret a reconnu qu’il y avait « quelque chose à creuser ».

En 2007, il avait été mis hors de cause. Mais si finalement, c’était lui ? Selon nos informations, la justice vient de relancer complètement l’enquête menant au tueur en série Michel Fourniret pour tenter d’expliquer la disparition d’Estelle Mouzin, le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). Présente par intermittence depuis 16 ans, l’hypothèse Fourniret a tout récemment repris du crédit avec les déclarations spontanées de l’intéressé et de son ex-femme Monique Olivier devant la juge d’instruction Sabine Khéris.

C’est Monique Olivier qui ouvre le bal, le 5 février, lors d’une audition consacrée à un autre dossier criminel. Alors que la magistrate parisienne lui demande si elle a « quelque chose à ajouter » sur les disparitions de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce – deux meurtres toujours en cours d'instruction – l’ex-femme de Fourniret indique subitement qu’elle voudrait, plutôt, désormais « évoquer le dossier Mouzin ». Et précise qu’elle souhaite le faire « compte tenu du temps qui passe et pour aider les familles des victimes ». La déclaration est prise au sérieux : en 2004, c’est Monique Olivier, qui a fini, au bout du 121e interrogatoire devant la police belge, par dénoncer les meurtres commis par celui qui était encore son mari, alors qu’il allait finir par être remis en liberté.

Michel Fourniret avoue qu’il a le « cul merdeux » et qu’il faut « creuser »

Dans une étrange concordance des temps, celui qu’on a surnommé « l’Ogre des Ardennes » s’est, lui aussi, mis à parler d’Estelle Mouzin sans vraiment y être invité. Le 14 mars, toujours dans le cabinet de la juge Khéris, il signe ainsi de surprenantes déclarations.

Expliquant alors qu’il ne se souvient plus « dans quelle région » et « dans quelles circonstances » il a « croisé » Estelle Mouzin et Joanna Parrish – dont les disparitions n’ont pourtant rien en commun – il ajoute qu’il y a là « quelque chose à creuser ». Il explique que s’il manque de souvenir plus précis, c’est sans doute parce qu’il a, à ce sujet, « le cul merdeux »…

Monéteau (Yonne), le 19 mai 1990. Un policier cherche des indices sur les bords de l'Yonne où le corps de Joanna Parrish a été découvert.
Monéteau (Yonne), le 19 mai 1990. Un policier cherche des indices sur les bords de l'Yonne où le corps de Joanna Parrish a été découvert. - GERARD CERLES / AFP

Provocatrices et alambiquées autant que perverses, ses déclarations pourraient n’avoir été prononcées que dans le but de faire tourner les enquêteurs un peu plus en bourrique. Sauf qu’elles font écho à une macabre réalité : le corps de Joanna Parrish a été découvert, en 1990, flottant dans l’Yonne. Et l’endroit « à creuser » pourrait bien être une carrière de sable proche de Clairefontaine (Yvelines) que le tueur a justement évoquée lors de son dernier procès, en novembre 2018. « Des carrières, il n’y en a pas 36 ! », s’était-il même écrié à l’époque. Si des premières fouilles effectuées dans le secteur n’ont rien donné en fin d’année dernière, les recherches pourraient reprendre.

Une requête pour que le dossier soit transféré de Meaux à Paris

Quoi qu’il en soit, les proches d’Estelle Mouzin devront encore patienter un peu avant d’en savoir plus. Pour le moment, la juge parisienne, Sabine Khéris, ne peut pas interroger plus longuement le couple maudit, l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin étant instruite à Meaux (Seine-et-Marne) par une autre magistrate qui a la main sur le volumineux dossier.

Toujours selon nos informations, pour lever ce problème de procédure, la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, a donc adressé, le 7 mai, « une requête en bonne administration de la justice » afin que le dossier soit officiellement transféré au tribunal de Paris où travaille la juge Khéris. Il ne reste qu’à la Cour de cassation à valider ce transfert. « Il faut que ça aille vite maintenant, réclame Eric Mouzin, le père de la petite Estelle. Il est plus que temps de faire les vérifications nécessaires. »

Et d’entendre enfin ce que Monique Olivier a à dire. En novembre 2018, lors du procès censé faire la lumière sur le meurtre de Farida Hammiche, Corinne Herrmann, l’avocate d’Eric Mouzin, lui avait justement conseillé de se mettre à parler pour enfin « faire taire les cris des petites filles qui [la] hantent toutes les nuits ».