Nantes: «La porte du musée? Je l'ai ouverte avec un tournevis» Prison ferme pour les voleurs du reliquaire d’Anne-de-Bretagne

PROCES Ce lundi, quatre hommes ont été condamnés à des peines de prison ferme (de 18 mois à 4 ans) pour le cambriolage du musée Dobrée, il y a un an à Nantes

Julie Urbach
— 
NANTES, 08/04/2014 Le reliquaire du coeur d Anne de Bretagne est expose au musee de chateau
NANTES, 08/04/2014 Le reliquaire du coeur d Anne de Bretagne est expose au musee de chateau — FABRICE ELSNER/20MINUTES
  • En avril 2018, le reliquaire du coeur d'Anne-de-Bretagne ainsi que d'autres objets patrimoniaux avaient été volés au musée Dobrée.
  • Les quatre auteurs de ce vol, appartenant à la même bande d'amis originaires de Saint-Nazaire, ont été jugés lundi pour vol aggravé et association de malfaiteurs, pour deux d'entre eux.

Que s’est-il exactement passé dans la nuit du 13 avril 2018 au musée Dobrée à Nantes ?  Le procès des quatre auteurs présumés du vol du reliquaire du coeur d’Anne de Bretagne, ce lundi au tribunal correctionnel de Nantes, n’aura pas permis d’établir le scénario précis. Pendant de longues heures, les prévenus ont maintenu avec aplomb leur version des faits : trois de ces amis d’enfance, âgés entre 21 et 26 ans et qui « se croisent tous les jours » à Saint-Nazaire, nient avoir participé à ce rocambolesque cambriolage.

Le « cerveau » de la bande, qui jure avoir commis ce vol avec trois autres personnes, « trois gitans » dont il n’a jamais voulu dévoiler les identités, assure qu’il n’avait pas réellement organisé cette incroyable opération. « Je ne partage pas du tout ces versions. Tout était préparé ! », lance Nelly Dupret, procureur de la République. En milieu de soirée, ils ont tous été reconnus coupables: deux ont écopé de quatre et trois ans pour « vol d’un bien culturel » et « association de malfaiteurs », le troisième à 30 mois pour « vol aggravé », et le dernier à 18 mois pour « recel de vol aggravé ».

Le musée Dobrée
Le musée Dobrée - J.Urbach/20 Minutes

Ils se font la « courte échelle »

Quelques heures plus tôt, on en a tout de même appris davantage sur la nuit du casse. Vers 3h30, quatre individus casqués ou cagoulés arrivent aux abords du musée, plongé dans la pénombre, et en font deux fois le tour en voiture. Puis, ils se font la « courte échelle » pour escalader le mur d’enceinte, traversent le jardin, arrivent devant le bâtiment. «Il y avait une porte défectueuse, je l'ai ouverte d'un petit coup de tournevis...» Des alarmes s’activent, « ça fait du bruit », mais personne n’intervient.

Trois minutes plus tard, après avoir cassé plusieurs vitrines, ils repartent par le même chemin, avec un beau butin : une cinquantaine de pièces d’or, dix médailles, une statuette de bouddha en cuivre, et le fameux écrin en or, montrés au public lors d’une expo temporaire. « On aurait dit que tout était fait pour que ça marche », s’étonne lui-même le principal prévenu, qui assure avoir vu le gardien dans sa loge, en repartant. « A mon avis, il dormait ! », lance même celui qui se qualifie d’« amateur ».

Les objets retrouvés sous terre

Cheveux blonds coiffés en catogan, déjà sept condamnations, le meneur, 23 ans, s’est cru pousser des ailes. Car celui qui se présente comme « un fan de GTA, à la recherche d’adrénaline » est déjà rentré dans son quartier de la Chenaie, à Saint-Nazaire, quand le vol est constaté, vers 11h le lendemain. Difficile à croire mais la petite bande est passée à travers les filets, avec un « un gardien de nuit qui n’avait pas le droit de quitter l’accueil » et « une équipe mobile de l’entreprise de sécurité, appelée après le déclenchement des alarmes », qui n’a constaté aucune grosse anomalie, et n’a même pas appelé la police…

Mais l’étau se resserre après que sa voiture achetée quatre mois avant, déjà repérée sur les images de vidéosurveillance aux abords du musée, est retrouvée incendiée sur la route de Pontchateau. Quelques jours après, le principal protagoniste est placé en garde à vue et reconnaît l’incendie. C’est lui qui emmène ensuite les enquêteurs dans un bois de Saint-Nazaire, où les objets sont finalement retrouvés, enrobés de cellophane, dans un gros bidon enterré. « Ça avait pris des proportions énormes, lance le prévenu, qui a avoué le vol sept mois plus tard. Quand j’ai entendu des noms de gens qui n’avaient strictement rien à voir, j’ai décidé de rendre les objets. (…) En plus, l’objectif était de les revendre, mais je n’avais toujours pas trouvé d’acheteur… »

La nouvelle expo au musée Dobrée
La nouvelle expo au musée Dobrée - J.Urbach/ 20 Minutes

Le rôle de chacun difficile à établir

Si rien n’a pu prouver la présence sur les lieux des trois amis (dont deux sont frères) la nuit des faits, tous avaient connaissance du larcin. Mais difficile d’établir le rôle de chacun dans toute cette affaire. Pourquoi deux des prévenus ont-ils visité le musée, à deux reprises dès l’automne 2017, dont l’un muni d’un smartphone utilisé en mode vidéo ? « Je me documentais pour un devoir d’histoire-géo », assure le cerveau de la bande, alors étudiant en BTS de… Chimie. Pourquoi des empreintes digitales des uns et des autres ont-elles été retrouvées sur les biens dérobés et le cellophane ?

« Les objets ont tourné dans le quartier avant qu’ils ne soient enterrés. J’ai pris le coeur dans les mains, j’avais jamais vu ce genre de truc ! », rétorque l’un d’entre eux. Pourquoi les téléphones de trois d’entre eux sont-ils restés inactifs pendant une partie de la fameuse nuit ? Pourquoi un numismate avait-il été contacté quelques mois auparavant ?

« Ce n’est pas Mission impossible, mais plutôt Fantomas », a insisté Me Morgan Loret, l’un des avocats de la défense, qui ont réussi à convaincre le tribunal d’aller en dessous des peines requises. Tous en détention provisoire, certains en état de récidive, les prévenus sont retournés en prison. Le reliquaire, dont la valeur patrimoniale est « inestimable » mais assuré lors d’un prêt à 10 millions d’euros, est quant à lui toujours caché dans un endroit tenu secret. Il ne sera pas remontré au public avant 2022, date de la réouverture du musée Dobrée qui doit subir des travaux de rénovation.