Meurtre de Sophie Toscan du Plantier: Le procès s’est ouvert en l’absence de l’accusé Ian Bailey

PROCÈS Accusé du meurtre de Sophie Toscan du Plantier, en 1996 en Irlande, Ian Bailey ne s’est pas présenté devant la cour d’assises de Paris

Vincent Vantighem

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Dublin (Irlande), le 30 mars 2015. Ian Bailey est accusé du meurtre de Sophie Toscan du Plantier, commis en 1996.
Dublin (Irlande), le 30 mars 2015. Ian Bailey est accusé du meurtre de Sophie Toscan du Plantier, commis en 1996. — RollingNews/SIPA
  • Sophie Toscan du Plantier a été retrouvée morte, en 1996, en Irlande.
  • Le procès de Ian Bailey, accusé de ce meurtre, s’est ouvert, ce lundi, à Paris.
  • Blanchi en Irlande, l’homme de 62 ans ne s’est pas présenté devant les juges.

Une jeune femme serre les poings de soulagement à l’entrée de la cour d’assises de Paris. « On y est ! On y est ! On y est ! », répète-t-elle. En face, un quinquagénaire ne peut s’empêcher de faire une moue dubitative. « Mouais… On y est mais… » Le fils, les parents, les oncles et les tantes de Sophie Toscan du Plantier se sont réjouis, lundi, d’assister à l’ouverture du procès de Ian Bailey, accusé de l’avoir tuée, en 1996, à Schull, dans le sud de l'Irlande. Mais, en même temps, ils n’ont pu que déplorer son absence et celle de son avocat, qui n’a pas souhaité le représenter devant les magistrats professionnels.

La présidente de la cour, Frédérique Aline, a donc posé la question par pure forme et sans aucun suspense : « Monsieur Bailey est-il présent dans la salle ? », a-t-elle demandé en début d’après-midi. Mais non… Comme annoncé la semaine dernière, le Britannique de 62 ans ne s’est pas déplacé en France pour répondre au « faisceau d’indices graves et concordants » qui a conduit la justice française à organiser ce procès, près de vingt-trois ans après les faits.

La plupart des témoins n’ont pas répondu à leur convocation

C’est donc dans une drôle d’atmosphère que l’audience s’est ouverte, avec un banc des parties civiles copieusement garni face à un box des accusés étrangement vide. Comme si cela ne suffisait pas, le greffier a été contraint d’informer la cour que la grande majorité des témoins (22 personnes sur 30) n’ont pas donné suite à leur convocation. Pour l’essentiel, il s’agit de ressortissants irlandais qui, selon les médias locaux, refusent de financer un billet d’avion pour venir témoigner lors de ce procès.

Pas de quoi faire ciller la présidente de la cour d’assises qui, sans contradiction, a donc ouvert le procès en rappelant longuement ces faits du siècle dernier. « Lundi 23 décembre 1996, à 10h, la police irlandaise stationnée à Schull a été sollicitée par un appel à police secours... », a-t-elle attaqué. En contrebas de sa maison, près du portail, Sophie Toscan du Plantier est retrouvée sans vie. « Le corps repose sur le dos, légèrement incliné sur la gauche (…) Il présente des lésions multiples à la tête, avec fractures du crâne et lacérations du cerveau… »

Photo non datée de Sophie Toscan du Plantier.
Photo non datée de Sophie Toscan du Plantier. - PATRICK ZIMMERMANN / AFP

Des écorchures au bras et un alibi mouvant

La suite est connue depuis plus de vingt ans. Ian Bailey, poète, joueur de tambour irlandais et journaliste pigiste, fait rapidement office de suspect numéro un. Il a été l’un des premiers sur les lieux du crime, présente des écorchures aux bras et s’emmêle les pinceaux sur son alibi. Pire, sous l’empire de l’alcool, il livre même des aveux à plusieurs témoins.

Placé deux fois en garde à vue, Ian Bailey sera finalement blanchi par la justice irlandaise dans un non-lieu étalé sur 96 pages. Les seuls témoins qui ont été interrogés sur cette affaire outre-Manche – au nombre de 93, tout de même – sont ceux qu’il a fait, lui-même, cité pour « arrestation arbitraire » avant d’être débouté.

Il ne reste que cette procédure en France, qui aura forcément un goût d’inachevé. Quand bien même Ian Bailey accepterait de se livrer aux autorités françaises, un nouveau procès serait forcément organisé pour qu’il puisse se défendre. En attendant, c’est sans doute via les médias irlandais, qui campent devant chez lui cette semaine, qu’il risque d’apprendre, vendredi soir, sa condamnation. Pour meurtre, il encourt une peine de trente ans de réclusion criminelle.