Procès Balkany: «Je n’ai jamais reçu de dessous-de-table. Jamais ! Jamais Jamais !»

PROCÈS Patrick et Isabelle Balkany sont soupçonnés d'avoir dissimulé au fisc un patrimoine évalué à plus de 13 millions d'euros

Vincent Vantighem

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Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour «corruption», «prise illégale d'intérêts» et «fraude fiscale».
Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour «corruption», «prise illégale d'intérêts» et «fraude fiscale». — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour «blanchiment de fraude fiscale».
  • Ils sont accusés d'avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d'euros.
  • Quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, comparaissent également.

Les mains ont serré la barre au point de faire blanchir les jointures des doigts. Le visage, lui, a immédiatement viré au rubicond. Il était un peu plus de 14h, mercredi, quand Patrick Balkany a regretté publiquement de ne pas avoir Didier Schuller, ce « mythomane de la pire espèce », en « face » de lui. Le maire (LR) de Levallois-Perret sait bien que c’est à son ancien acolyte des Hauts-de-Seine qu’il doit, aujourd’hui, de comparaître, avec sa femme Isabelle, pour « fraude fiscale » et « blanchiment » devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

En 2013, après avoir bavé dans un livre, Didier Schuller a balancé Patrick Balkany aux juges qui l’avaient opportunément convoqué. « Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à d’autres fins et sans doute personnelles », leur a-t-il alors lâché. Et de citer le « palais oriental » de Marrakech, la « villa de Saint-Martin » et « l’usufruit du moulin de Giverny » que Patrick Balkany se serait offert en étant « le trésorier officieux du RPR ».

Quand Balkany lève le doigt, poliment, comme à l’école

Les juges ont enquêté pendant cinq ans. Et il a fallu une dizaine de mois supplémentaires pour que le maire de Levallois se retrouve, aujourd’hui, à passer ses journées au deuxième étage du palais de justice. Mercredi, depuis le banc des prévenus, il a commencé par lever le doigt comme à l’école pour répondre à ces accusations. Mais sitôt debout, il n’a pas pu s’empêcher d’exploser. Trop de rancune accumulée…

« Délateur… » « Menteur ! » « Mythomane ! » Patrick Balkany a balayé toute la palette des synonymes pour qualifier celui qui l’a torpillé. « Didier Schuller n’a jamais participé à ma campagne électorale comme il le prétend. Je ne me suis jamais occupé des finances du RPR et lui non plus ! Il m’en veut parce que je ne l’ai pas soutenu pour les municipales à Clichy en 2014 ! »

Didier Schuller en campagne pour les municipales à Clichy (Hauts de Seine), le 18 octobre 2013.
Didier Schuller en campagne pour les municipales à Clichy (Hauts de Seine), le 18 octobre 2013. - ALEXANDRE SULZER/20 MINUTES

« Je n’ai jamais été accusé de corruption… »

Mais les faits sont têtus. Et les juges ont effectivement retrouvé la trace de biens immobiliers à Marrakech et à Saint-Martin, dissimulés derrière des dizaines de sociétés écrans et de montages offshores. Tanguant à la barre, Patrick Balkany n’a que sa bonne foi à opposer. Alors, il met sa voix de stentor au service de sa force de conviction.

« Je n’ai jamais été accusé de corruption, gronde-t-il, oubliant qu’il comparaît justement pour ce délit. Je n’ai jamais reçu de dessous-de-table, de quoi que ce soit. Jamais ! Jamais ! Jamais ! Si vous croyez que j’ai attendu 36 ans pour réclamer quoi que ce soit, M. le président, vous êtes dans l’erreur… »

Un dépôt de 200.000 francs en liquide dont il n’a plus de souvenir

Benjamin Blanchet, le président de la 32e chambre, n’est pas « dans l’erreur », il est juste intraitable. Plongeant le prétoire dans le noir, il fait descendre un écran pour projeter la copie d’un contrat d’ouverture de compte à la banque ABN-Amro de Zurich (Suisse) en 1994. Le nom de Patrick Balkany y figure, en bas, noir sur blanc. Le juge rappelle aussi que Didier Schuller était, selon ses dires, chargé des transports de fonds en cash et que Patrick Balkany lui avait donné le numéro de compte.

Le maire de Levallois s’embourbe un peu. Mais il est bien trop rodé à la politique pour ne pas retomber sur ses pattes. D’une magnifique pirouette, il nie et raconte qu’il a, au contraire, passé sa vie à ramener les fonds que son père gardait en Suisse pour les déposer en France. A tel point qu’il ne se souvient plus du dépôt d’un chèque de 1,860 million de francs sur son compte en 1995. Pas plus que de celui de 400 billets de 500 francs, cinq ans plus tôt. Cela représente quand même 200.000 francs.

« Mais vous me demandez quelque chose qui me dépasse, répond-il encore. Ce sont les gestionnaires de fortune qui géraient ça. C’est simple : vous signez un pouvoir à votre gestionnaire qui, heureusement ou malheureusement, s’occupe de tout… » Sauf des conséquences. Après avoir « bien vécu » de son propre aveu, Patrick Balkany assure qu’il est aujourd’hui « ruiné ». Il encourt une peine de dix ans de prison.

Suivez en direct la suite de l’audience sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem