Suicide d'un salarié de Lidl: «J'y laisse mes finances, ma vie», le frère de Yannick Sansonetti accuse l'enseigne de jouer «l'épuisement»

INFO «20 MINUTES» En procès contre Lidl, reconnu en première instance responsable du suicide de son frère, Nicolas Sansonetti accuse l’enseigne de vouloir décourager sa famille dans son combat

Mathilde Ceilles

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La devanture d'un magasin Lidl (illustration).
La devanture d'un magasin Lidl (illustration). — M. Libert / 20 Minutes
  • En juillet dernier, Lidl a été reconnu responsable par la justice dans le suicide d’un de ses salariés, Yannick Sansonetti
  • L’entreprise a fait appel, et la famille Sansonetti l’accuse de jouer la montre.

Amaigri, Nicolas Sansonetti soupire. « Tant que l'affaire Lidl n’est pas terminée, le deuil ne pourra pas se faire. On a besoin de passer à  autre chose, mais Lidl nous en empêche. On reste bloqué, quatre ans en arrière. On a déjà vécu ce drame. Avec une telle procédure judiciaire, on en vit un second. » Le 29 mai 2015, le frère de Nicolas Sansonetti, Yannick, se donnait la mort sur son lieu de travail, un entrepôt de Lidl, à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône.

En juillet dernier, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Marseille a condamné Lidl, reconnue responsable dans ce décès pour ne pas avoir agi alors même qu’elle avait été alertée par l’Inspection du travail des « risques psychosociaux » que courait le salarié.

« Des techniques d’épuisement »

La société Lidl a toutefois fait appel, in extremis. Une audience était théoriquement prévue le 6 mars… puis reportée au 22 mai, à la demande de Lidl, qui souhaitait voir ce dossier être examiné par une formation collégiale. « Mais à l’heure où l’on se parle, je n’ai toujours reçu aucune conclusion, alors qu’ils ont eu le temps de les rédiger depuis le mois d’août, déplore Me François Burle, avocat de Nicolas Sansonetti. Il sera donc difficile de voir l’audience se tenir ce mercredi. »

Le frère de Yannick Sansonetti accuse Lidl d’user selon lui de « techniques d’épuisement » auprès des siens, dans un dossier brûlant, notamment après la diffusion d’un numéro très commenté de Cash Investigation sur ce suicide. « Ils sont prêts à faire appel, à se pourvoir en cassation, affirme Nicolas Sansonetti. La procédure judiciaire peut durer dix ans. Ils font ça dans chacun de leurs dossiers. Et il y en a qui lâchent. Beaucoup se font signer des chèques avant la fin de la procédure. »

« Qu’ils acceptent leur responsabilité »

Et de constater : « C’est vrai qu’une telle procédure contre une entreprise comme Lidl, c’est énormément d’énergie. Et on n’a pas les mêmes moyens. Chaque recours, c’est une nouvelle baffe dans la tête. J’y laisse mes finances en frais d’avocat, mon moral, ma vie. Ils tablent sur le fait que les familles s’épuisent, et n’aillent pas jusqu’au bout. »

Et d’accuser : « ils cherchent à retarder les choses. Cette affaire tombe mal, en plein procès France Télécom… Mais nous demandons à Lidl d’arrêter tout ça, par respect pour mon frère, pour sa famille et les salariés de Lidl. Nous souhaiterions au mieux des excuses, même si on en aura jamais. Je ne nourris pas de rage ou de rancœur. J’ai juste une volonté de justice, que Lidl reconnaisse qu’à un moment, ils ont fait des erreurs, et qu’ils acceptent leur responsabilité dans la mort de mon frère. »

Interrogé par Elise Lucet dans Cash Investigation, un cadre de Lidl s’était engagé à suivre personnellement ce dossier. « Nous n’avons jamais été reçus. De Lidl, nous avons juste reçu une enveloppe contenant 10.000 euros, quelques jours après le décès. C’est extrêmement choquant. L’argent, on n’en veut pas. J’ai fait une promesse à mon frère le jour de son enterrement, celle d’aller jusqu’au bout. Je ne lâcherai pas. Si j’y reste, j’y resterai. Mon frère m’a énormément donné, je veux essayer de lui rendre la pareille. » Contactés par 20 Minutes, ni l’avocat de Lidl, ni l’entreprise n’ont donné suite à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.