Procès Balkany: Quatre ans de prison et dix ans d'inéligibilité requis à l'encontre du maire de Levallois

PROCÈS Patrick Balkany et son épouse Isabelle sont jugés pour avoir dissimulé au fisc un patrimoine estimé à 13 millions d’euros

Vincent Vantighem

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Paris, le 13 mai 2019. Patrick Balkany arrive au palais de justice où il est jugé, notamment, pour «fraude fiscale».
Paris, le 13 mai 2019. Patrick Balkany arrive au palais de justice où il est jugé, notamment, pour «fraude fiscale». — STRINGER / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour « fraude fiscale » depuis le 13 mai.
  • Le fisc estime qu’ils ont dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d’euros.
  • Le maire (LR) de Levallois-Perret a avoué avoir commis des « fautes ».

L’heure des comptes. Une peine de quatre ans de prison ferme et de dix ans d’inéligibilité a été requise, ce jeudi, à l’encontre de Patrick Balkany, jugé devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour des faits de « fraude fiscale ».

Egrenant les manquements du maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) en matière de déclarations au fisc et dénonçant son cynisme, le substitut Arnaud de Laguiche s’est montré implacable. « Vous êtes un homme debout qui ne s’est pas dérobé devant ses juges. Mais vous êtes aussi un grand fraudeur fiscal ! »

Au terme d’un réquisitoire d’une heure, le magistrat a également réclamé une peine de quatre ans de prison dont deux ans avec sursis à l’encontre d'Isabelle Balkany, l'épouse et première adjointe du maire de Levallois-Perret. Celle-ci est toujours hospitalisée après avoir ingéré des médicaments il y a deux semaines en raison, notamment, de « l’acharnement » dont elle disait faire l’objet, de la part de la justice est des médias, dans cette affaire.

« Aujourd’hui, elle plaide coupable. Mais elle vous fait confiance pour comprendre les choses » a indiqué Pierre-Olivier Sur, son avocat.

Le fisc réclame un peu plus de 4,3 millions d’arriérés d’impôts

Difficile de dire autre chose pour la défense… Implacable, avec la rigueur d’un inspecteur des impôts, Xavier Normand-Bodard, avocat de la Direction générale des finances publiques, avait passé tout le début d’après-midi à décrire, point par point, la fraude mise sur pied par les époux Balkany. Déclarations séparées alors qu’ils étaient mariés, montages exotiques passant par les Seychelles et le Panama et « oubli » de l’impôt sur la fortune, il a surtout fait réagir l’assistance en annonçant que le fisc avait même fini par restituer de l’argent à Isabelle Balkany, tant celle-ci minorait ses revenus, entre 2009 et 2014…

Mais aujourd’hui, les impôts ont régularisé la situation et envoyé l’addition. Et ce sont bien les édiles de Levallois qui sont redevables de 4.339.393 euros d’arriérés. « Ah… Ça va réjouir le bon peuple, ça c’est sûr ! », a ironisé Eric Dupond Moretti, l’avocat de Patrick Balkany, au moment de plaider. Dénonçant le « populisme » et même le « poujadisme » de l’époque actuelle, il s’est lancé dans un numéro d’équilibriste censé prouver qu’on condamnait plus lourdement les élus tels que Patrick Balkany ou Jérôme Cahuzac que les nombreux Français coupables d’évasion fiscale, citant les « boulangers, les taxis, les bouchers ou même les antiquaires ».

« J’ai fait des fautes… »

Patrick Balkany, lui, est une bête politique qui a déjà annoncé qu'il était candidat à sa succession en 2020 à Levallois. Reste à savoir s’il pourra vraiment se représenter. Dans ses réquisitions, le substitut n’a pas hésité à réclamer un mandat de dépôt à son encontre. « Car il faut absolument qu’il fasse un tour en prison. Comme Sarkozy devait absolument aller en garde à vue, a encore dénoncé Eric Dupond Moretti. Toute cette procédure ne sert qu’à humilier… »

Et elle n’est pas terminée. Dès lundi, le maire de Levallois sera de retour devant la même 32e chambre du même tribunal pour répondre, cette fois, de faits de « corruption » et de « prise illégale d’intérêts ». S’il a passé l’après-midi de mercredi à parler de l’héritage en lingots d’or et en compte suisse de son père, Patrick Balkany n’a pas levé toutes les interrogations sur l’origine des fonds grâce auxquels il a « bien vécu », de son propre aveu.

« J’ai fait des fautes, a-t-il finalement lâché ce jeudi soir en guise de dernier mot. Mais j’ai trouvé le réquisitoire excessif. J’espère que le tribunal en tiendra compte… » Pour le savoir, il faudra patienter jusqu’au 13 septembre. C’est à cette date que le délibéré sera rendu.

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