Meurtre de Sarah Halimi: Incertitude sur la tenue d’un procès après la clôture des investigations

ENQUETE La juge en charge de l’enquête va bientôt devoir statuer sur la tenue ou non d’un procès de l’unique suspect, mis en examen pour meurtre à caractère antisémite

20 Minutes avec AFP

— 

La cour d'appel de Versailles. (Illustration)
La cour d'appel de Versailles. (Illustration) — THOMAS SAMSON / AFP

Les investigations sur le meurtre de Sarah Halimi, une sexagénaire juive tuée 2017 à Paris, sont terminées, rendant la perspective d’un procès incertaine, ont annoncé des sources proches du dossier, ce jeudi.

La semaine dernière, cette décision a été notifiée par la juge d’instruction en charge de l’enquête, Anne Ihuellou, aux parties, ouvrant la voie aux observations finales des avocats et aux réquisitions du parquet, avant sa décision très attendue sur la tenue ou non d’un procès de l’unique suspect, mis en examen pour meurtre à caractère antisémite.

Trois expertises psychiatriques contradictoires

Depuis 2017, trois expertises psychiatriques du suspect ont été réalisées, mais leurs résultats, contradictoires, font craindre aux parties civiles que le jeune homme, toujours hospitalisé, soit reconnu comme pénalement irresponsable et bénéficie d’un non-lieu. Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, Kobili Traoré, alors âgé de 27 ans, s'était introduit chez sa voisine Lucie Attal - aussi appelée Sarah Halimi​ – au troisième étage d’une HLM. Aux cris d'« Allah Akbar », entrecoupés d’insultes et de versets du Coran, ce jeune musulman l’avait rouée de coups, avant de la précipiter dans la cour.

Les trois expertises concordent pour dire que le jeune homme, sans antécédent psychiatrique, ne souffre pas de maladie mentale, mais qu'il a agi lors d'une «bouffée délirante» provoquée par une forte consommation de cannabis. Le premier expert en avait d’abord conclu que le discernement de Kobili Traoré devait être considéré comme « altéré », mais non pas « aboli » au sens du Code pénal, « du fait de la consommation volontaire et régulière de cannabis » dont il ne pouvait ignorer les effets, engageant ainsi sa responsabilité.

« L’expert psychiatre ne peut se substituer au juge »

La contre-expertise, menée par un collège de trois médecins, concluait au contraire à l'abolition de son discernement, synonyme d’abandon des poursuites judiciaires. La juge avait alors sollicité un nouveau collège d’experts, qui a rendu un avis moins tranché, «orientant plutôt classiquement vers une abolition du discernement» de Kobili Traoré car « au moment des faits, son libre arbitre était nul ».

Pour les avocats de la famille Halimi, Mes Caroline Toby et Francis Szpiner, « l’expert psychiatre ne peut se substituer au juge ». En l’absence d’unanimité entre les experts, « il appartient à une juridiction de jugement de discuter les circonstances de purs faits, comme la tentative de maquillage du crime en suicide » ou le choix, selon eux ciblé, de la victime, avant de pouvoir « confirmer ou infirmer les réponses des psychiatres ».