VIDEO. Ille-et-Vilaine: Lactalis condamné à une amende de 250.000 euros pour la pollution de la Seiche

ENVIRONNEMENT Des rejets de lactose avaient pollué la rivière sur plus de huit kilomètres en 2017, causant la mort de plusieurs tonnes de poissons

Manuel Pavard

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La rivière la Seiche, ici à Janzé (Ille-et-Vilaine), le 20 septembre 2017, soit un mois après la pollution de Lactalis.
La rivière la Seiche, ici à Janzé (Ille-et-Vilaine), le 20 septembre 2017, soit un mois après la pollution de Lactalis. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le tribunal correctionnel de Rennes a condamné la Société laitière de Retiers, filiale de Lactalis, à 250.000 euros d’amende pour sa responsabilité dans la pollution de la Seiche, un affluent de la Vilaine, en 2017.
  • Des rejets de lactose dus à un incident dans la station d’épuration de l’usine avaient pollué la rivière sur 8,2 km, tuant plusieurs milliers de poissons.
  • Sept associations environnementales s’étaient constituées parties civiles et percevront plus de 70.000 euros d’indemnités au total.

Une amende de 250.000 euros et plus de 70.000 euros d’indemnités cumulées à verser aux sept associations s’étant portées parties civiles, en réparation des préjudices matériel et moral. Deux mois après l’audience du 5 mars, le tribunal correctionnel de Rennes a rendu son jugement ce mardi et suivi les réquisitions du parquet, condamnant la Société laitière de Retiers (Ille-et-Vilaine) pour la « grave pollution piscicole » de la rivière la Seiche en août 2017. Cette filiale du groupe Lactalis a été reconnue coupable d’une « faute de négligence » et « déclarée entièrement responsable du préjudice ».

Le tribunal a ainsi estimé que « la pollution de la Seiche était la conséquence directe de l’inaction de la Société laitière » alors que « les responsables et employés avaient été informés des deux incidents techniques ayant entraîné des rejets de matières organiques venant de la station d’épuration ». Les juges ont reproché à la filiale de Lactalis de « ne pas avoir assumé sa responsabilité » et de n’avoir « pris aucune mesure ». Également poursuivie, la société SPX Flow Technology, alors chargée d’installer une lactoserie sur le site, a en revanche été relaxée.

Lactalis « coupable d’une énorme négligence » selon la Fédération de pêche

Les 17 et 18 août 2017, à la suite d’un dysfonctionnement venant de la station d’épuration de l’usine laitière, d’importants rejets de lactose s’étaient déversés dans la Seiche, polluant la rivière sur 8.2 kilomètres. Plusieurs tonnes de poissons, mais également des mammifères et des oiseaux, avaient été retrouvés morts asphyxiés sur cet affluent de la Vilaine. Un véritable désastre écologique qui avait poussé plusieurs associations de pêcheurs et de protection de l’environnement à se constituer parties civiles.

Parmi ces dernières, la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine, dont le président Jérémy Grandière s’est dit « ravi », ce jugement « montrant comment fonctionne le groupe Lactalis » selon lui. « Ils sont coupables d’une énorme négligence car ils ont continué leurs rejets en connaissance de cause après l’incident. Ce n’était clairement pas leur priorité », a-t-il ajouté à la sortie de la salle d’audience.

Nouvelle audience en janvier 2020 pour juger le préjudice écologique

Jérémy Grandière rappelle que « 8.2 kilomètres de vie ont disparu, ce qui est dramatique ». Il l’assure, l’argent des indemnités sera « utilisé intégralement pour restaurer la vie piscicole et redonner à la rivière toute sa fonctionnalité ». Pas de réaction en revanche du côté du groupe Lactalis, dont les représentants étaient absents lors du rendu du délibéré.

Des milliers de poissons sont morts dans la Seiche, à la suite d'une pollution de l'usine Lactalis de Retiers, en Ille-et-Vilaine.
Des milliers de poissons sont morts dans la Seiche, à la suite d'une pollution de l'usine Lactalis de Retiers, en Ille-et-Vilaine. - Eau et rivières de Bretagne

L’affaire n’est toutefois pas encore close sur le plan judiciaire. L’audience pour juger le préjudice écologique a en effet été renvoyée au 10 janvier 2020, le temps pour le tribunal d’évaluer la pertinence des mesures de restauration proposées par Lactalis. Mais pour l’association Eau et Rivières, l’une des parties civiles, « il ne s’agit pas de mesures de restauration mais bien de mesures de compensation ». Celle-ci « espère que le juge écoutera ses arguments ».