Marseille: Un élu de la ville poursuivi par sa locataire à qui il louait un logement insalubre

JUSTICE Le tribunal correctionnel étudiait jeudi après-midi le dossier qui oppose l’élu André Malrait à sa locataire à qui il louait un logement insalubre

Adrien Max

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Le garage à deux roues transformé en studio par André Malrait.
Le garage à deux roues transformé en studio par André Malrait. — Capture d'écran Google Maps
  • Le tribunal correctionnel de Marseille étudiait le dossier qui oppose André Malrait, adjoint au patrimoine de la ville de Marseille à sa locataire, à qui il louait un logement considéré comme insalubre par les services de la ville.
  • L’avocate de la locataire a souligné la vétusté du logement loué, un garage transformé en studio de 17 m², par un élu qui est aussi un ancien architecte des bâtiments de France.
  • L’avocate d’André Malrait a fustigé que la locataire mette « tous les moyens en place pour mettre à terre M. Malrait et obtenir de substantiels dommages et intérêts ».
  • Le jugement a été mis en délibéré au 6 juin.

Drôle de jeudi devant le tribunal correctionnel de Marseille. Les dossiers précédents ont été défendus devant les juges, mais ce « dossier particulier » sera plaidé à la barre pour que les débats soient bien audibles. Une dizaine de journalistes étaient présents pour suivre ce procès, qui oppose André Malrait, élu de la ville, à sa locataire. L’adjoint au patrimoine louait un studio de 17 m², situé dans le centre-ville, pour 520 euros par mois, qui a été déclaré insalubre par les services de la mairie. Une audience singulière, six mois après le drame de la rue d’Aubagne, qui en emportant huit vies, a mis en lumière le problème du mal-logement de Marseille, et des pratiques de certains marchands de sommeil.

L’audience aurait pu ne pas avoir lieu, puisqu’après avoir poursuivi, dans un premier temps, sa locataire pour loyers impayés, André Malrait s’est finalement désisté. Il ne s’est d’ailleurs pas présenté ce jour, probablement las de se justifier devant la presse. Au contraire de sa locataire, Jennifer Mbon, 23 ans, qui souhaite aller jusqu’au bout de la procédure.

« Petit arrangement en famille »

L’avocate de la jeune femme, Me Julie Salvi, a souhaité rappeler les qualités d’André Malrait : « Adjoint du maire au patrimoine et ancien architecte des bâtiments de France », qui a loué comme « maison individuelle » ce qui est en réalité « un studio qui ressemble à un couloir de deux mètres de large avec un compteur électrique dans la douche ».

L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu.
L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu. - Jennifer

Si l’état d’insalubrité ne fait aucun doute, comme l’ont constaté les services de la mairie qui se sont rendus sur place, la création de ce garage interroge. « Au départ il s’agit d’un bout de chaussée délaissé que M. Malrait achète en 2012 pour 40.000 euros, et qui ne fait pas partie de sa propriété, même si le terrain est adjacent. Il dépose une demande préalable pour la construction d’un local pour deux-roues, ce qui ne sera finalement jamais le cas. Le 4 mai 2018, le bail est signé pour une maison individuelle alors qu’il s’agit d’un local pour deux-roues. C’est finalement le maire Jean-Claude Gaudin, qui signera de sa propre main un arrêté acceptant la modification du garage en logement en juillet », a détaillé l’avocate.

L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu.
L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu. - Jennifer

Pour quelles raisons a-t-il fait une demande pour un garage et non pas un logement ? « Parce que pour une habitation, il y a obligation de créer des places de stationnement, ou de payer une taxe à la mairie de près de 20.000 euros », analyse Me Julie Salvi. « Si nos dirigeants et nos élus ne montrent pas l’exemple, qui va le faire ? », a-t-elle questionné la cour.

« Obtenir de substantiels dédommagements »

Me Pascale Barton-Smith, l’avocate d’André Malrait, s’est quant à elle interrogée sur les conséquences de l’affaire pour son client qui « n’a rien à se reprocher ». « Pour qui est le véritable préjudice ? André Malrait, âgé de 87 ans, a loué un local neuf, dans lequel il y a eu des problèmes de condensation, c’est vrai. Il a proposé de réparer les conséquences, mais tout est sorti dans la presse et des amalgames indignes ont été faits avec le drame de la rue d’Aubagne », a-t-elle plaidé.

Elle considère que Jennifer Mbon « met tous les moyens en place pour mettre à terre M. Malrait et obtenir de substantiels dédommagements ». « Alors qu’elle n’avait pas payé son loyer en novembre, elle signale ces désordres en décembre. Il est malvenu de contester le paiement de certains loyers alors qu’on lui en a déjà offert quatre en guise de dédommagement. On ne peut être plus correct », considère-t-elle.

La locataire réclame 4.000 euros de dommages et intérêts pour la perte de ses affaires, « complètement moisies », ainsi que pour ses frais de justice. Le jugement a été mis en délibéré au 6 juin.