Nice: Un an de prison avec sursis requis contre les pompiers jugés pour des dégradations commises lors d’une manifestation

AUDIENCE Des responsables du syndicat SPP-PATS sont poursuivis pour « entrave à la circulation » et « complicité de dégradation de bien d’autrui »

Fabien Binacchi

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Les quatre prévenus avec leur avocat, le 30 avril 2019 au palais de justice de Nice
Les quatre prévenus avec leur avocat, le 30 avril 2019 au palais de justice de Nice — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • En février 2016, une manifestation organisée par des pompiers azuréens avait dégénéré.
  • Le cortège avait fait irruption sur l’autoroute A8, occasionnant des dégâts. Huit pompiers ont été blessés.
  • Quatre soldats du feu sont poursuivis pour leur implication dans ces débordements.

Quatre pompiers en tenue sur le banc des accusés. C’est l’image inhabituelle qui a marqué la journée du tribunal correctionnel de Nice, ce mardi. Les trois coorganisateurs d’une manifestation qui avait dégénéré en 2016 (le président, le vice-président et le trésorier du syndicat SPP-PATS) ainsi qu’un autre soldat du feu des Bouches-du-Rhône qui y avait participé, ont dû se présenter face à la justice.

Ils sont poursuivis pour « entrave à la circulation des véhicules sur une voie publique » et « dégradation » ou « complicité de dégradation de bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes ». Le parquet a requis neuf à douze mois de prison avec sursis à leur encontre. La décision a été mise en délibéré au 22 mai.

« Aucune intention de nuire »

Le 22 février 2016 à Nice, une manifestation de pompiers (ils étaient entre 450 et 650), en tenue de feu, avait subitement quitté l’itinéraire autorisé par la préfecture. Le cortège avait fait irruption sur l’autoroute A8 où des pneus, des fumigènes et des pétards très puissants avaient été enflammés, provoquant, en plus d’une interruption du trafic de plusieurs heures, des dégâts. Huit participants avaient aussi été blessés plus ou moins grièvement notamment à cause d’une explosion déclenchée sous un pont.

A la barre, les prévenus se sont défendus d’avoir « commandé » ces débordements. « Nous n’avions aucune intention de nuire, a répété André Goretti, le président départemental et national du SPP-PATS, le plus important syndicat de la profession. Nous voulions juste faire comprendre au préfet qu’il n’était plus possible de travailler dans ces conditions. »

Le représentant de l’Etat dans les Alpes-Maritimes d’alors, Adolphe Colrat, leur avait refusé la diminution de leur nombre de gardes de 24 h de 94 à 81. Ce nouvel aménagement de leur temps de travail, entériné par le président du Service départemental d’incendie et de secours, avait également été retoqué par le tribunal administratif de Nice.

« Je ne suis pas le papa de tous les pompiers »

Les organisateurs de la manifestation avaient validé, avec les autorités, un parcours les faisant arriver devant les grilles de la préfecture depuis le parking d’un centre commercial, sans circuler sur l’A8. Mais, dix minutes après le départ, le cortège avait changé de cap pour s’aventurer sur l’autoroute.

« Vous avez fourni un véhicule pour le transport des pneus. Vous êtes tous arrivés en tenue de feu, alors que sur d’autres manifestations, vous étiez en tenue de travail, plus légère… On peut se demander si tout cela n’était pas préparé, interroge la présidente du tribunal. Vous auriez pu au moins essayer de calmer les choses. »

« J’assume la responsabilité puisque je suis le président du syndicat, mais nous n’avons pas décidé que cela allait se passer comme ça, répond André Goretti. Je ne suis pas le papa de tous les pompiers. Sur l’autoroute, j’ai même essayé de repousser du pied les pneus en feu ».

« Une défense de petits voyous, de petits malfrats »

Des explications qui n’ont pas satisfait la représentante du parquet, peinée de voir ainsi poursuivis des « personnes chargées de missions de service public qui renferment tout l’honneur et les devoirs de cette belle profession » de pompier.

« Je suis étonné de la tournure de cette audience. Je pensais naïvement que l’on était face à des professionnels qui allaient faire leur mea culpa. A la place, on assiste au triste spectacle de personnes qui adoptent une défense de petits voyous, de petits malfrats, c’est indigne », a-t-elle déclaré. Pour la procureure, tout était « prémédité » et « c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu d’accidents dramatiques avec cette irruption sur l’autoroute A8 ».

Un peu plus de quarante pompiers étaient présents à l’audience ce mardi pour soutenir leurs collègues, à l’appel du syndicat. Ils seront sans doute de retour, le 22 mai, pour entendre la décision du tribunal.