VIDEO. Lille: Deux innocents dénoncés pour des centaines d’infractions routières

JUSTICE Un réseau de fraude aux contraventions usurpait l’identité de deux personnes pour éviter de payer les amendes

Mikael Libert

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Cette fraude concerne environ un milliers de contraventions.
Cette fraude concerne environ un milliers de contraventions. — M.Libert / 20 Minutes
  • Treize automobilistes ont été condamnés pour avoir fait une dénonciation frauduleuse après avoir été verbalisés.
  • Dans chaque affaire, c’est une ressortissante Serbe qui avait été dénoncée.
  • Le ministère public soupçonne un réseau installé à Lille et Loos.

Mercredi, de nombreuses personnes étaient convoquées devant le tribunal de police de Lille pour répondre de diverses infractions au Code de la route. Parmi les dizaines de dossiers inscrits au rôle, seize avaient un point commun assez troublant : le nom de la personne censée conduire au moment de l’infraction. Une drôle de coïncidence qui n’en est pas vraiment une pour l’officier du ministère public (OMP) : il s’agissait d’une fraude au conducteur fantôme.

Treize affaires jugées, treize condamnations

Le premier à passer est un jeune homme de 27 ans, chauffeur de VTC En 2017, il a été verbalisé pour avoir téléphoné au volant. Lorsqu’il a reçu l’amende, il a contesté être l’auteur de l’infraction et a dénoncé une certaine Zicreta K., ressortissante Serbe. Mais à la barre, il a changé de discours et a reconnu être l’auteur de l’infraction. Lorsque le président lui demande qui est cette Mme Zicréta, le mis en cause bafouille qu’il ne la connaît pas. Et quand l’OMP le somme d’avouer une vérité qu’il sait déjà, le mis en cause fait un malaise. Il n’en dira pas davantage et écopera de 300 euros d’amende et d’un mois de suspension de permis.

Au tribunal, les affaires s’enchaînent pour des infractions diverses et variées. A chaque fois, personne ne sait dire qui est la fameuse Zicréta à qui, pourtant, les contrevenants ont déclaré qu’ils avaient prêté leur véhicule. Un semblant de vérité viendra avec le dernier mis en cause : « C’est le seul qui a reconnu avoir fait appel à un réseau pour ne pas payer l’amende », assure le commandant de police Frédéric Carré, officier du ministère public.

Pour marquer le coup, ce dernier a requis le maximum dans chaque dossier, à savoir 750 euros d’amende et un mois de suspension de permis. Le président du tribunal a prononcé des condamnations dans les 13 dossiers de ce type jugés ce jour-là.

640 PV pour Zicréta et 400 pour Yakoubou

Mais l’affaire est de plus grande ampleur. Ce sont les policiers de Béthune qui ont été les premiers à travailler sur ce réseau qui, selon eux, est basé dans deux bars de Lille et de Loos. « Ils ont usurpé l’identité de deux personnes principalement pour effectuer environ un millier de désignations frauduleuses. Zicréta a été dénoncée pour 640 PV en 2018 et un certain Yakoubou pour plus de 400 PV », affirme le commandant Carré, précisant que d’autres noms sont apparus par la suite.

Le principe était assez simple. C’est sur Snapchat que les contrevenants prenaient contact avec le réseau. Ils se rendaient ensuite dans l’un des bars, donnaient leur avis de contravention et « une certaine somme d’argent » aux mis en cause qui s’occupaient du reste. Pour trouver ceux qui allaient porter le chapeau, c’était au petit bonheur la chance : « Sans doute que ces personnes ont perdu leurs permis de conduire et que ces papiers sont tombés dans de mauvaises mains », avance l’OMP.

Le parquet de Lille a été saisi de l’enquête sur le réseau. De leur côté, ceux qui ont fait appel à ses services n’en ont pas fini avec la justice. L’officier du ministère public a indiqué que le parquet comptait bien les poursuivre en correctionnelle. « La, il ne s’agira plus simplement d’amendes ou de suspension de permis mais bel et bien de peines de prison », déclare Frédéric Carré. De même source, on assure que Yakoubou et Zicréta ne devraient pas avoir à payer les centaines de PV qu’ils ont reçu dans leurs boîtes aux lettres.