Toulouse: Pendant trois ans, le voyeur a maté ses collègues dans les toilettes des femmes

JUSTICE L’employé d’une société avait percé des trous dans le mur pour observer ses collègues lorsqu’elles étaient aux toilettes et sous la douche. Licencié en fin d’année dernière, il sera jugé en septembre

Beatrice Colin

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Un panneau à l'entrée de toilettes.
Un panneau à l'entrée de toilettes. — Chameleons Eye/REX Shut/SIPA
  • Un employé d’Ineo Basso Cambo, à Toulouse, a durant trois ans épié ses collègues après avoir fait des trous dans les murs des toilettes.
  • En 2015, son stratagème avait été démasqué. Il l’a reproduit à un étage inférieur de l’établissement avant d’être confondu par un policier.
  • Licencié en fin d’année dernière, ce salarié sera jugé en septembre. Quatorze salariées se sont portées parties civiles, ainsi que la direction.

Durant trois ans, le salarié d’une entreprise toulousaine a pu lorgner dans les toilettes des femmes. Dès 2015, il a mis au point un stratagème pour que ses collègues se rendent dans un WC plutôt qu’un autre.

« Les toilettes des femmes du deuxième étage étaient régulièrement souillées, on trouvait aussi des mots, des magazines porno ou des dessins de scène de sexe. Du coup on se rendait dans l’autre toilette qui donne sur la douche. Un jour, en arrivant assez tôt, on a surpris un homme qui en sortait », se souvient l’une des 14 employées d’Engie-Ineo Basso Cambo qui a porté plainte.

L’homme en question avancera un prétexte pour justifier sa présence. Après enquête, les salariées vont découvrir que des trous ont été percés depuis un local technique, offrant une vue sur les toilettes femmes. « Nous avons prévenu notre direction, le local technique a été fermé et nous nous sommes battues pour que nos plaintes ne soient pas classées sans suite », poursuit la salariée qui déplore « la dictature du silence » qui a prévalu à ce moment-là.

L’homme qu’elles avaient vu sortir des toilettes n’est alors pas incriminé car il n’avait pas été pris la main dans le sac. Il est resté en poste, au rez-de-chaussée du bâtiment.

Jusqu’à ce qu’un policier de Bellefontaine reprenne l’enquête en main au cours de l’été 2018. Il a alors auditionné les salariées et s’est rendu dans les locaux de la filiale d’Engie. Il a découvert que le même système dénoncé en 2015 avait été remis en place… dans les toilettes du rez-de-chaussée. L’homme sur qui portait les soupçons trois ans plus tôt a alors été convoqué. « Il a tout avoué au bout de 3h et dit qu’il matait depuis trois ans au rez-de-chaussée », raconte la salariée.

Souffrance des salariées

« Son scénario était élaboré. Il y a des répercussions très importantes pour certaines de ses victimes, elles n’ont pas l’impression que leur souffrance ait été prise en compte », souligne Delphine Chanut, leur avocate. Elle plaidera le 20 septembre prochain devant le tribunal correctionnel de Toulouse lors du procès pour voyeurisme de cet homme, qui s’est vu prescrire suivi psychiatrique lors du renvoi de son procès la semaine dernière.

En décembre 2018, après les résultats de l’enquête policière, il avait été mis à pied et licencié explique la direction de l’entreprise.

« Des actes intolérables de voyeurisme ont été découverts en novembre 2015 au sein de l’une de nos entités située à Toulouse. Dès la connaissance des faits, des mesures ont été mises en place immédiatement sur le site par la direction et le CHSCT », indique une porte-parole d’Ineo qui a porté plainte.

La direction indique qu’à l’époque des premiers faits une cellule d’écoute avait été mis en place, tout comme de la vidéosurveillance et la sécurisation des locaux techniques du 2e étage.

Mais pour les salariées, il aurait fallu dès 2015 que leur parole soit prise en compte. « On a été jugées, nous n’avons entendu le terme de victimes qu’en février 2019 », poursuit l’une des salariées qui a reçu le soutien de la CFDT. Aujourd’hui, avec ses collègues, elle espère une condamnation. Sollicitée, l’avocate du salarié incriminé n’a pas donné répondu à nos demandes.