Marseille: A un mois de son ouverture, le premier musée subaquatique de France touché mais pas encore coulé

JUSTICE Le tribunal administratif de Marseille a suspendu l’exécution de la décision préfectorale autorisant le projet de musée subaquatique de Marseille

Adrien Max

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Les « Néréides », de  l'artiste Evelyne Galinski se prépare à rejoindre le musée subaquatique de Marseille.
Les « Néréides », de l'artiste Evelyne Galinski se prépare à rejoindre le musée subaquatique de Marseille. — Guillaume Ruoppolo
  • Le tribunal administratif de Marseille a suspendu la décision de la préfecture des Bouches-du-Rhône d’accorder une concession de 15 ans pour le musée subaquatique de Marseille.
  • Ses opposants avançaient des arguments sécuritaires et écologiques, mais le tribunal a estimé que le dossier d’enquête publique n’était pas assez complet.
  • Antony Lacanaud, le porteur du projet, étudie la possibilité de se pourvoir en cassation pour une immersion des statues en septembre, mais une décision sur le fond doit encore être prise par le tribunal administratif.

Les statues verront-elles un jour les fonds marins de l’anse des Catalans ? Pas de sitôt en tout cas, après la décision du tribunal administratif de Marseille de suspendre la concession de 15 ans accordée par la préfecture des Bouches-du-Rhône pour le musée subaquatique de Marseille.

Les 10 statues ne seront donc pas immergées courant mai comme le prévoyait Antony Lacanaud, le porteur du projet, pour une ouverture le 8 juin. « Cette décision est à l’image du chemin que nous avons dû parcourir pour ce musée. Il s’agit d’un projet nouveau, unique en France et il est très difficile de monter un projet novateur aujourd’hui », répond-il à 20 Minutes.

L'une des statues qui devait initialement être immergée en mai prochain.
L'une des statues qui devait initialement être immergée en mai prochain. - Antony Lacanaud

Un projet « novateur » qui devait s’étendre sur près de 400 m2 de fond marin, à une centaine de mètres du rivage de la plage des Catalans. Avec l’installation d’une dizaine de statues de 2,5 m de haut, immergées à environ 4 m de profondeur. Des statues réalisées par des artistes locaux en ciment biogènes « pour ne pas impacter la faune et la flore ».

Sécurité et environnement

La décision du préfet était attaquée par l’association Défense du littoral 13, pour des raisons de sécurité et environnementales. « Les visites doivent se faire avec des clubs de plongée partenaires, mais la nature même du projet fait qu’il ne peut pas être fermé. La problématique de la sécurité est à prendre en compte, surtout à Marseille. Pourquoi des jeunes ne se diraient pas, le dernier arrivé à une statue a perdu. D’autant plus qu’à moins de deux mois de l’ouverture du musée on ne connaît pas les clubs partenaires », avait plaidé maître Eric Mery, l’avocat des défenseurs du littoral lors de l’audience de lundi.

Des problèmes de sécurité qui découlent également sur des questionnements environnementaux. « Il s’agit d’une zone interdite au moteur, or avec en moyenne 100 visiteurs par jour il est très probable que les secours doivent intervenir par bateau. Avec quelle conséquence pour la faune et la flore ? », s’interroge l’avocat alors que l’étude d’impact avait été dispensée vu la taille du projet.

Des motivations assez techniques

Antony Lacanaud a bien conscience de la question de la sécurité, c’est pourquoi il souhaite la création d’un comité de suivi indépendant. « Cela permettra de suivre dans la durée l’évolution du projet, en ajustant les mesures de sécurité. Mais quand les gens vont faire du skate sur le bowl, s’ils ne mettent pas de protection et se font mal, c’est leur problème. Et pour les trottinettes ? Il faut porter un casque pourtant plein de jeunes montent à deux à près de 35 km/h sur la route », constate-t-il.

Les motivations du tribunal sont de toute façon plus techniques. Il considère tout d’abord qu’il n’y a pas eu « publicité suffisante » du projet afin de s’assurer de l’absence de toute autre manifestation d’intérêt concurrente, mais également que le dossier d’enquête publique n’est pas assez complet.

« Est-ce que la ville souhaite ce musée, ou non ? »

Antony Lacanaud et l’association des amis du musée subaquatique de Marseille étudient la possibilité de se pourvoir en cassation, estimant « avoir de bonnes chances ». Il souhaiterait que les élus marseillais se positionnent clairement sur le projet. « Nous avons reçu trois lettres de Jean-Claude Gaudin mais seuls deux élus ont clairement pris position en notre faveur. J’aimerais savoir si la ville souhaite ce musée, ou non », explique-t-il.

Le tribunal administratif doit désormais se prononcer sur le fond de l’affaire. Antony Lacanaud espère quant à lui, s’il se pourvoit en cassation, une immersion des statues au mois de septembre, à l’occasion des 20 ans de « Septembre en mer ». Et pourquoi pas exposé les statues, qui sont déjà prêtes, au public dès le mois de juin.