Procès d'Abdelkader Merah: «Si on le condamne, les terroristes auront gagné», déplorent ses avocats

PROCÈS Le verdict du procès en appel d’Abdelkader Merah est attendu jeudi

Vincent Vantighem

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Paris, le 25 mars. Archibald Celeyron (à gauche), Eric Dupond-Moretti (au centre) et Antoine Vey, les avocats d'Abdelkader Mérah, arrivent à la cour d'appel de Paris.
Paris, le 25 mars. Archibald Celeyron (à gauche), Eric Dupond-Moretti (au centre) et Antoine Vey, les avocats d'Abdelkader Mérah, arrivent à la cour d'appel de Paris. — Thomas SAMSON / AFP
  • Abdelkader Merah est jugé en appel par la cour d’assises spécialement composée de Paris.
  • Il est accusé d’avoir été le complice de son frère, Mohamed, en 2012, à Toulouse et Montauban.
  • Le ministère public a requis, mardi, une peine de réclusion criminelle à perpétuité à son encontre.

Archibald Celeyron est un avocat qui aime les chiffres. Mercredi, il en a truffé sa plaidoirie de plus de deux heures devant la cour d’assises spécialement composée de Paris. Il y a eu le 117. C’est le nombre de tomes de procédure de l’affaire Merah. Il y avait aussi le 250. Comme le nombre d’enquêteurs ayant travaillé sur ce dossier. Et même le 10.000, soit le nombre approximatif de procès-verbaux dressés au sujet des attentats de Toulouse (Haute-Garonne) et de Montauban (Tarn-et-Garonne) en 2012. Mais, à ses yeux, le plus important était surtout « le zéro », « le rien »…

« Vous n’avez aucune preuve de la participation d’Abdelkader Merah dans la préparation ou la commission des assassinats de son frère, Mohamed », a-t-il finalement balancé à la cour, réclamant l’acquittement de son client pour les faits de « complicité ». Depuis près de quatre semaines, le frère du tueur au scooter est jugé en appel pour avoir fourni une « aide ou une assistance » à son frère, coupable d’avoir tué sept personnes parce qu’elles étaient militaires ou juives.

Le « Faites entrer l’accusé sur Khaled Kelkal »

Dans cette affaire, l’accusation s’accroche au vol du scooter au guidon duquel Mohamed Merah a semé la mort. Abdelkader Merah a reconnu lui-même qu’il était avec lui lors du vol de ce fameux Yamaha Tmax. Qu’ils étaient en voiture quand Mohamed a sauté pour s’emparer du deux-roues dont les clés étaient restées sur le contact. « Mais il n’a pas participé à ce vol. Et s’il n’en avait pas parlé, les enquêteurs n’en auraient rien su, enfonce l’avocat. Et donc c’est tout le château de cartes de l’accusation qui s’effondre. »

La question de la « complicité » étant réglée aux yeux de la défense, c’est au tour d’Antoine Vey de prendre la parole. Le deuxième avocat est chargé de démonter l’accusation « d’association de malfaiteurs terroristes ». Pas facile : Abdelkader Merah, barbe fournie et cheveux ramenés en catogan a tout de l’islamiste radical. Une bibliothèque avec des livres « diaboliques » et des vidéos sanglantes sur sa tablette. Pire, il a même regardé un « Faites entrer l’accusé » sur Khaled Kelkal, l'un des terroristes des années 1990, quelques jours avant que son frère ne passe à l’action.

Et qu’est ce que cela prouve ?, interroge l’avocat de la défense. Rien. « En quoi celui-ci, que nous avons l’honneur de défendre, est-il différent des 50.000 salafistes qui seraient, selon les estimations, sur le sol français ? On ne va pas tourner autour du pot : Abdelkader Merah est quelqu’un qui adhère à une idéologie que nous qualifions de radicale, d’extrême. » Mais cela ne fait pas de lui un terroriste.

« Vous voulez quoi ? Qu’il soit lapidé ? »

Il était alors 18h12. C’était le moment idéal pour Eric Dupond-Moretti d’entrer en scène. Après le travail méticuleux de ses confrères de la défense, il n’avait plus qu’à enfoncer les grands principes dans la tête de la cour d’assises. Un seul principe suffirait pour lui : qu’on condamne son client à condition qu’il y ait des preuves. « Vous voulez quoi ? Qu’on le juge comme il serait jugé dans un état islamique ? Sans avocat ? Qu’il soit lapidé ! C’est ça que vous voulez pour lui ? C’est ça que vous voulez pour nous ? », tonne-t-il dans le prétoire

Très critique envers les avocats des parties civiles. Encore plus envers les avocats généraux qui ont requis, mardi, une peine de réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de celui qui se tient dans son dos, il adresse finalement un simple message aux magistrats professionnels chargés de juger : « Si l’on condamne un homme sans preuve, fut-il un islamiste radical de la pire espèce, fut-il un monstre ou un animal de la pire inhumanité ? Alors, je vous l’affirme, ce sont les terroristes qui auront gagné. » Le verdict sera rendu jeudi.