Soupçons d'emplois fictifs: Convoqué, Jean-Marie Le Pen refuse de se rendre chez le juge

IMMUNITE Pour justifier son refus, l’ex-président du Front national évoque le recours formé contre la levée de son immunité parlementaire, qui est toujours en cours

20 Minutes avec AFP

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Jean-Marie Le Pen devant la Cour de justice de l'Union européenne, le 23 novembre 2017.
Jean-Marie Le Pen devant la Cour de justice de l'Union européenne, le 23 novembre 2017. — JOHN THYS / AFP

Une lettre pour justifier son absence. Dans un courrier adressé au juge d’instruction, Jean-Marie Le Pen a indiqué ce mercredi son refus de se rendre à sa convocation en vue d’une mise examen. L’enquête qui le vise porte sur des soupçons d’emplois fictifs d’assistants d’eurodéputés du Front national, devenu Rassemblement national.

Le cofondateur de l’ex-FN, est convoqué jeudi au tribunal de Paris, selon son entourage. Pour justifier cette absence, Jean-Marie Le Pen invoque notamment le recours qu’il a formé contre la levée de son immunité parlementaire. Votée le 12 mars par le Parlement européen, elle avait ouvert la voie à cette convocation.

Un véritable « système de détournement » d’enveloppes

L’eurodéputé fait aussi valoir que le juge a demandé la levée de son immunité pour plusieurs chefs, dont notamment l’abus de confiance, l’escroquerie en bande organisée et le travail dissimulé, mais pas pour « détournement de fonds publics et complicité ». Or ces infractions sont aussi visées par l’information judiciaire en cours et Jean-Marie Le Pen en conclut qu’il est fondé à faire valoir encore son immunité parlementaire.

Saisis depuis fin 2016, les juges d’instruction soupçonnent le RN et ses dirigeants, dont Marine Le Pen, d’avoir « de manière concertée et délibérée » mis en place un « système de détournement » des enveloppes allouées par l’UE à chaque député. Et ce, afin de rémunérer des collaborateurs parlementaires (21.000 euros mensuels) pour permettre au parti de faire des économies sur ses salaires.

Un préjudice estimé à 6,8 millions d’euros

Mi-mars, les juges avaient mis en examen 19 personnes dont Marine Le Pen, Wallerand de Saint-Just et Louis Aliot ainsi que le parti pour « détournement de fonds publics » ou complicité, dans cette information judiciaire également ouverte pour « escroquerie en bande organisée ». Cette liste pourrait encore s’allonger à l’issue de nouvelles convocations, selon une source proche du dossier.

Le Parlement européen a estimé son préjudice à 6,8 millions d’euros sur la période 2009-2017 mais les investigations qui visent les cas de 17 députés portent sur des faits remontant jusqu’à 2004. Parmi eux, Jean-Marie Le Pen, qui siège à l’assemblée européenne depuis 1984. Le « menhir » est notamment suspecté d’avoir rémunéré son ancien garde du corps Thierry Légier et Micheline Bruna, qui fut sa secrétaire particulière, sous couvert de contrats d’assistants parlementaires.