Procès en appel d'Abdelkader Mérah: Quand le «tueur au scooter» parlait coucher de soleil devant une pizza entre deux meurtres

PROCÈS Aïcha Mérah, la sœur d'Abdelkader et de Mohamed Mérah, est venue témoigner, ce vendredi, devant la cour d'assises de Paris

Vincent Vantighem

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Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, est jugé en appel pour "complicité d'assassinats" et "association de malfaiteurs terroriste".
Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, est jugé en appel pour "complicité d'assassinats" et "association de malfaiteurs terroriste". — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Abdelkader Mérah est jugé, en appel, par la cour d'assises de Paris.
  • Il est accusé d'avoir été le complice de son frère, Mohamed, en 2012.
  • Leur sœur, Aïcha, est venue raconter ce vendredi comment elle avait vécu les événements.

Elle est entrée dans la cour d’assises d’un pas décidé. Faisant claquer ses bottines et sans jeter un regard à son frère, Abdelkader, assis dans le box des accusés. Mais sitôt parvenue à la barre, Aïcha Mérah s’est effondrée. « Je voudrais exprimer la peine que j’ai pour les familles des victimes de mon petit frère, a-t-elle fini par lâcher après cinq bonnes minutes de sanglots. Je ressens une immense compassion et une profonde honte… »

A 38 ans, la jeune femme sans profession peine encore à parler du « tueur au scooter », Mohamed, mais elle sait qu’elle est surtout là pour son autre frère, Abdelkader, jugé en appel pour « complicité d’assassinats » et « association de malfaiteurs terroristes ». Tétanisée à l’idée de devoir témoigner, elle a pourtant tenté d’éclairer la cour pendant deux heures, ce vendredi.

Quand Mohamed Mérah parle du coucher de soleil sur le Sinaï

Car Aïcha Mérah a des choses à dire. Elle est l’un des derniers membres de la famille Mérah à avoir vu Mohamed au beau milieu de sa sanglante entreprise entre Toulouse et Montauban. Nous sommes alors le 15 mars 2012. Forte tête, Aïcha est brouillée avec lui. Mais entre les caisses de Carrefour, après son cours de danse, elle l’aperçoit avec leur frère, Abdelkader. Ils décident alors tous les trois d’aller partager une pizza quelques rues plus loin.

Quelques heures plus tôt, Mohamed Mérah a abattu de sang-froid deux militaires du 17e régiment du génie parachutiste de Montauban. Toute la France parle de ça. Sauf eux… « On discute surtout des enfants de ma sœur, raconte-t-elle à la barre. J’étais focalisée là-dessus. » A cette époque, Souad Mérah envisage en effet de déscolariser ses petits et cela inquiète Aïcha.

A la pizzeria, Mohamed, lui, évoque ses récents voyages. Il raconte qu’il a été « au pied de l’Himalaya », que le coucher de soleil sur le Mont Sinaï est « la chose la plus magnifique » qu’il ait vue de sa vie. La jeune femme ne se doute pas alors que son plus jeune frère – « l’enfant pourri gâté » – s’est radicalisé. Qu’il a cherché à rejoindre Al-Qaïda à l’étranger. Et surtout que quatre jours plus tard, il tuera à bout portant des enfants dans une école juive.

Elle habitait en face de l’appartement de Mohamed

Aujourd’hui, Aïcha ne parle plus à personne de sa famille. Mais à l’époque, elle a encore quelques relations avec ses frères et sœurs, entre deux engueulades. C’est donc elle qu’on appelle quand l’assaut sur l’appartement de Mohamed est lancé en pleine nuit, le 21 mars. Abdelghani, son autre frère, est branché sur la radio. « Ils disent que deux frères sont retranchés. Je suis sûr que c’est Mohamed et [Abdel] kader », lui lâche-t-il au téléphone.

Aïcha est aux premières loges. Elle habite en face de Mohamed. Mais elle peine à ouvrir sa fenêtre. Elle appelle plutôt la compagne d’Abdelkader, aujourd’hui accusé de « complicité ». Celle-ci la rassure : « Elle m’a dit qu’Abdelkader ne pouvait pas être associé à tout ça, qu’il était resté chez eux les cinq derniers jours », souffle la jeune femme à la barre.

La cour d’assises spéciale n’en saura pas beaucoup plus sur les accusations de « complicité » dont celui-ci doit répondre. Elle devra se contenter de cela. « Je suis tendue, stressée. Ça fait beaucoup trop de temps que ça dure », finit par lâcher la témoin comme si elle voulait tirer un trait définitif sur tout ça…

Loïc Liber aussi sûrement. Juste avant elle, depuis les Invalides où il est soigné depuis sept ans, il a témoigné par visioconférence. Touché par une balle de Mohamed Mérah en pleine nuque, il est aujourd’hui « emprisonné dans son corps », tétraplégique et s’accroche tous les jours pour ne pas sombrer. « Mesdames et messieurs les jurés, j’espère que vous prendrez la bonne décision », a-t-il simplement réclamé.

Le verdict est attendu pour le 18 avril.

Vidéo: Mort de Mohamed Merah: Comment s'est déroulé l'assaut?