Près des deux tiers des Français sont insatisfaits de l'action de la justice

ETUDE Selon une étude de l’ONDRP (observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), 64 % des Français ont une perception plutôt négative de l’action de la justice

Thibaut Chevillard
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Seul un Français sur cinq (21%) se dit plutôt satisfait de l'action de la justice (illustration)
Seul un Français sur cinq (21%) se dit plutôt satisfait de l'action de la justice (illustration) — THOMAS SAMSON / AFP
  • L’observatoire national de la délinquance et des réponses pénales publie une étude sur "la justice pénale et ses critiques".
  • Selon ce document, 64 % des Français ont une perception plutôt négative de l’action de la justice.
  • Certains reprochent « le caractère inéquitable des jugements en rapport avec les infractions commises », et d’autres « les durées trop courtes de privation de liberté des délinquants ».

Une image pas si bonne que ça. Selon une étude de l'ONDRP, publiée ce jeudi, 64 % des Français ont « une perception plutôt négative » de l’action de la justice. Pour arriver à ce constat, son auteur, Keltoume Larchet, s’appuie sur les données récoltées par l' Insee entre 2013 et 2018 dans le cadre de ses enquêtes CSV (cadre de vie et sécurité), concernant « un échantillon représentatif de 90.000 personnes ». Le chargé d’étude de l’ONDRP a ainsi analysé l’opinion des Français « sur la justice et les tribunaux dans le traitement de la délinquance », dont voici les principaux résultats.

Peu de Français satisfaits…

Seuls 1 % des Français se disent « très satisfaits » de l’action de la justice et 20 % sont « satisfaits ». L’ONDRP remarque que cette donnée est stable depuis 2013. Il s’agit majoritairement « de personnes jeunes » (34 % des 14-18 ans et 26 % des 19-29 ans), ou « appartenant aux catégories à bas revenus », ou « sans diplôme ». « Plus les individus appartiennent à des ménages ayant des revenus faibles, et moins ils ont tendance à avoir une perception négative de l’action de la justice », explique l’auteur de l’étude.

Ainsi, un quart des personnes interrogées « appartenant aux catégories à bas revenus sont plutôt satisfaites de l’action de la justice ». L’auteur souligne également que « les inactifs et les chômeurs sont les plus satisfaits de l’action de la justice » (25 %).

Et beaucoup de mécontents !

Un peu moins des deux tiers des personnes interrogées (64 %) « ont tendance à avoir une perception plutôt négative » de l’action de la justice. Il s’agit d’individus « très urbanisés », souvent âgés entre 40 et 69 ans (70 %), issus « des catégories moyennes, moyennes supérieures et aisées » (66 %, 68 % et 69 %). L’ONDRP observe aussi « qu’un peu plus des deux tiers » des personnes diplômées du supérieur ainsi que les détenteurs du baccalauréat « ont une vision plutôt insatisfaite de la justice ».

On trouve également « les personnes ayant subi au moins une atteinte au cours des deux années précédant l’enquête » (69 %) et les personnes témoins d’actes de délinquance (71 %).

Quant aux indécis…

Par ailleurs, 15 % des Français n’ont pas d’opinion sur l’action de la justice. « Les indécis appartiennent principalement aux couches moyennes dominées. Ce sont ainsi plutôt des femmes, inactives (retraitées), non diplômées, vivant en zones rurales ou faiblement urbanisées (moins de 100.000 habitants) », écrit Keltoume Larchet.

Que reprochent les Français à la justice ?

L’ONDRP liste cinq types de critiques. Il y a ceux qui déplorent « le caractère inéquitable des jugements en rapport avec les infractions commises », ceux qui regrettent « les durées trop courtes de privation de liberté des délinquants » et ceux qui reprochent le manque de moyens destinés à « la réinsertion des délinquants ». Certains déplorent que la justice « n’ait pas les moyens suffisants pour remplir la mission estimée prioritaire, celle du maintien de l’ordre social ». Enfin, il y a les autres, qui souhaitent « une élévation générale de la sévérité des sanctions ».

Des forces de l’ordre deux fois plus populaires

C’est l’autre enseignement de cette étude : Un Français sur deux (52 %) se dit satisfait de l’action de la police et de la gendarmerie. Ils ne sont que trois sur dix (36 %) à considérer que leur action est « peu » ou pas du tout « satisfaisante. » « Cette satisfaction plus marquée pour la police se retrouve dans d’autres pays de l’Union européenne », remarque l’ONDRP.