«Gilets jaunes» à Toulouse: Dix mois avec sursis requis contre un homme accusé d'avoir agressé un journaliste

JUSTICE Un jeune homme de 29 ans était jugé mercredi après l’agression d’un journaliste télé, pris à partie avec lors de l’acte 2 du mouvement des «gilets jaunes». Le jugement a été mis en délibéré au 10 mai

Beatrice Colin

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Des "gilets jaunes" place du Capitole, à Toulouse. Illustration.
Des "gilets jaunes" place du Capitole, à Toulouse. Illustration. — F. Scheiber - Sipa

« J’ai été bousculé, déséquilibré, j’ai heurté sa jambe. Ce n’était pas volontaire », a répété à plusieurs reprises à la barre Guillaume H., un jeune homme de 29 ans, pour expliquer le coup de pied asséné à un journaliste de Cnews, en pleine manifestation des « gilets jaunes ». Ce mercredi, le tribunal correctionnel de Toulouse le jugeait pour « violence en réunion » perpétrée le 24 novembre dernier. Ce jour-là, plusieurs journalistes se sont retrouvés sur la place du Capitole pour couvrir l’acte 2 du mouvement débuté une semaine plus tôt.

Rapidement, ceux de BFMTV et Cnews ont été pris à partie par plusieurs dizaines de personnes. Ils ont été insultés, traité de « collabos », ont été la cible de crachats. Certains manifestants sont allés jusqu’à donner des coups de pied aux représentants des médias. Au milieu d’eux, Jean-Luc Thomas, l’un des correspondants de Cnews a « reçu cinq à six coups de pied », tandis que ceux de BFMTV étaient obligés de trouver refuge dans un magasin.

Besoins de soins

« Je me suis dit, si tu tombes ils vont te tuer. Pour la première fois de ma vie j’ai eu peur », raconte le journaliste qui a été arrêté durant un mois et demi pour un syndrome post-traumatique.

La vidéo d’un témoin a permis d’interpeller en janvier dernier, Guillaume H., grâce à sa tenue vestimentaire caractéristique. Un jeune sous curatelle, qui souffre de troubles d’anxiété et a eu un parcours de vie chaotique. Selon sa curatrice, il aurait besoin d'être soigné et suivi au niveau psychologique.

Lors de sa garde à vue, il a reconnu qu’il s’agissait bien de lui, mais que ce coup de pied avait été involontaire. « Je me baladais au milieu de ces gens, je ne suis pas quelqu’un de violent », a-t-il indiqué pour sa défense.

Acte volontaire ?

Pour son avocate, le jeune homme « ne peut pas être la victime des agissements des autres ». « Dans ce dossier, il n’y a aucun élément objectif qui montre que le coup a été porté volontairement. Ce n’est pas parce qu’il est décrit comme influençable, qu’il a forcément donné le coup », a insisté maître Audrey Benamou-Levy.

« Un coup de pied involontaire à un mètre du sol, c’est grotesque. Il a reconnu à quatre reprises les agressions », a répondu Olivier Chappuis, l’avocat du journaliste et de la chaîne qui a réclamé des dommages et intérêts.

Un sentiment partagé par la représentante du parquet qui a requis dix mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de Guillaume H., une obligation de se faire soigner, une interdiction de manifester et d’entrer en contact avec Jean-Luc Thomas.

La présidente du tribunal a mis le jugement en délibéré au 10 mai.