Mort du petit Tony: Le beau-père et la mère renvoyés aux assises, un voisin accusé de «non-dénonciation»

INFO «20 MINUTES» Tony, un garçon de trois ans est mort en 2016 des suites des violences répétées de la part du compagnon de sa mère

Vincent Vantighem

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Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire.
Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • La juge qui instruisait l’enquête sur la mort de Tony a rendu son ordonnance.
  • Elle prévoit un procès aux assises pour le beau-père et la mère du garçonnet mort en 2016.
  • La juge ordonne également le procès pour « non-dénonciation » d’un voisin du couple.

Le long du lit en bois. Sur le flanc de l’armoire. Sur le dossier du canapé. Au sol devant le fauteuil. Sur le seau. A côté du petit bureau. Dans les toilettes. Sur la cuvette. Dans la salle de bains. Sur le sol de l’entrée. Sur le lavabo. Sur le buffet situé à gauche de la pièce à vivre. Dans l’évier aussi. Quand les enquêteurs ont passé l’appartement au révélateur, ils se sont rendu compte que le sang de Tony, 3 ans, avait en fait coulé quasiment partout.

Selon nos informations, Loïc Vantal, le beau-père de l’enfant mort à Reims en 2016, vient d’être renvoyé devant la cour d’assises de la Marne pour y répondre de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et de « violences habituelles ». Datée du 18 mars, l’ordonnance de mise en accusation – que 20 Minutes a pu consulter – prévoit également le renvoi aux assises de Caroline Létoile, la maman du garçonnet, pour les délits de « non-assistance à personne en péril » et de « non-dénonciation de mauvais traitements ».

Un rapport d’autopsie « dégueulasse »…

L’affaire remonte au 26 novembre 2016. Ce jour-là, les pompiers de Reims sont appelés pour secourir un enfant dans un immeuble bordant la place des Argonautes. Dans un premier temps, la maman assure qu’il a perdu connaissance à la suite d’une chute. Mais, alors que son compagnon quitte « précipitamment » l’appartement où ils vivent, elle lâche aux policiers présents que celui-ci a pris, en réalité, l’habitude de « mettre des gifles à [son] enfant » depuis plus d’un mois.

Tony décède à son arrivée à l’hôpital. Il a succombé à des ruptures de la rate et du pancréas consécutives à des coups de poing portés à l’abdomen deux jours plus tôt. Les légistes remarquent également de multiples bleus sur les membres inférieurs, des traces d’anciennes fractures costales et des lésions au visage dont une rupture du frein de la lèvre supérieure évocatrice de mauvais traitements. « Je n’ai jamais vu un rapport d’autopsie aussi dégueulasse… », confie une source proche du dossier pourtant habituée à ce type de procédure.

Des voisins allument des bougies en hommage au petit Tony.
Des voisins allument des bougies en hommage au petit Tony. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Un voisin renvoyé pour « non-dénonciation »

Matthieu Bourrette, le procureur de la République de Reims, est, lui aussi, marqué par cette affaire. Quelques jours après les faits, il livre le fond de sa pensée : « Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël 2016 ! » Un peu plus de deux ans après, la juge d’instruction est du même avis. Poussée par l’association Innocence en danger qui avait réclamé d’étendre les poursuites, Samira Gourine a également ordonné le renvoi d’un voisin pour « non-dénonciation ».

Devant les enquêteurs, cet homme de 33 ans qui vivait en dessous de l’appartement du petit Tony a reconnu avoir entendu « beaucoup de choses : des bruits, des cris ou des paroles laissant penser à de telles violences ». Mais il n’est pas intervenu directement par crainte des représailles.

Pour lui éviter de partager le même banc que les accusés dans une cour d’assises, la juge a toutefois décidé de disjoindre son cas et de le renvoyer devant le tribunal correctionnel. Une réelle attention mais un casse-tête inédit pour la justice. Peut-il être jugé pour « non-dénonciation de mauvais traitements » si ceux-ci n’ont pas été, au préalable, établis devant une cour d’assises ? Difficile aussi de penser qu’il pourrait témoigner librement lors du procès de Loïc Vantal et de Caroline Létoile alors qu’il sera accusé des mêmes faits lors d’une audience correctionnelle si elle avait lieu plus tard ?

Il encourt une peine de 30 ans de réclusion criminelle

Mais le principal procès sera bien celui de Loïc Vantal et de Caroline Létoile. Toujours en détention provisoire, le beau-père de Tony a admis, lors de l’instruction, lui avoir porté des coups. L’expert psychiatre avance l’hypothèse qu’il le considérait comme un « rival » pour expliquer ces gestes.

De son côté, Caroline Létoile a été remise en liberté dans l’attente du procès. Elle a toujours assuré que l’emprise de son compagnon l’avait empêchée de fuir malgré « plusieurs occasions » relevées par la juge d’instruction. Elle risque une peine de cinq ans de prison tandis que lui encourt trente années de réclusion criminelle.