Comment une vidéo de Benalla va sans doute sauver un homme jugé pour violences sur policiers

PROCÈS Molesté par Alexandre Benalla le 1er mai 2018, Khelifa M. était jugé, ce mardi, pour avoir jeté des pierres sur les policiers au Jardin des Plantes

Vincent Vantighem

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Photo extraite de la vidéo de Médiapart sur laquelle on aperçoit Alexandre Benalla et Vincent Crase arrêter Khelifa. M.
Photo extraite de la vidéo de Médiapart sur laquelle on aperçoit Alexandre Benalla et Vincent Crase arrêter Khelifa. M. — Handout / MEDIAPART / AFP
  • Khelifa. M. a été jugé pour avoir commis des violences sur des policiers.
  • Le 1er mai, il avait été molesté par Alexandre Benalla au Jardin des Plantes.
  • Le procureur a requis la relaxe après avoir visionné une vidéo montrant l'ancien chargé de mission de l'Elysée.

Comme s’il était devenu bien trop sulfureux. Ni la présidente, ni le procureur ni les avocats n’ont osé prononcer le nom d’Alexandre Benalla, ce mardi matin, devant la 24e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Même la greffière n’est pas parvenue à brancher le son au moment de diffuser la vidéo où on le voit tordre le bras d’un jeune homme afin de l'arrêter, le 1er mai 2018, dans le Jardin des Plantes, dans le 5e arrondissement de Paris.

Le jeune homme en question s’appelle Khelifa M. C’est un soudeur âgé de 32 ans. Personne n’en aurait sans doute jamais entendu parler sans Alexandre Benalla. Mais paradoxalement, c’est sans doute à l’ancien chargé de mission de l’Elysée qu’il va finalement devoir son salut. Accusé d’avoir jeté des morceaux de bitume sur les forces de l’ordre lors des fameuses manifestations de la fête du Travail, Khelifa M. a entendu, ce mardi, le procureur requérir finalement une relaxe en sa faveur, en raison d’une « grossière erreur » de procédure.

La vidéo de 16h52 qui l’innocente…

Le procès-verbal de son interpellation stipule qu’il a été vu, ce jour-là, en train de jeter des projectiles sur les CRS à 17h01. Qu’en conséquence, il a été interpellé à 17h02. Sans doute que personne n’aurait jamais contesté ces faits. Seulement voilà, Le Monde a révélé « l’affaire Benalla ». Médiapart et franceinfo lui ont emboîté le pas en déterrant une vidéo. On y voit donc l’ancien chargé de mission faire une « clef de bras » à Khelifa M. par « réflexe citoyen ».

Seul problème, la vidéo a été horodatée à 16h52… Comment Khelifa M. a-t-il pu être vu en train de jeter des pierres sur les CRS à 17h01 alors qu’Alexandre Benalla et son comparse, Vincent Crase, l’avaient maîtrisé neuf minutes plus tôt ? Le procureur a bien expliqué qu’il avait « l’intime conviction » que le prévenu avait bien commis les faits. Mais, de guerre lasse, il n’a pu faire autrement que de requérir la relaxe pour les faits de violences en raison de ce problème de procédure. La décision a été mise en délibéré au 4 juin.

Une photo avec Vincent Crase, matraque à la main

A l’aise à la barre, voix posée, Khelifa M. a passé de longues minutes, ce mardi, à expliquer comment la manifestation du 1er mai 2018 avait viré au drame pour lui. « On a été pris en sandwich. On s’est donc réfugié dans le Jardin des Plantes. A l’intérieur, on m’a tendu trois pavés en me disant "C’est à toi ça ?". C’était des policiers. L’un d’eux avait un brassard orange », attaque-t-il d’emblée.

Mais impossible pour lui de dire de qui il s’agissait exactement : il y avait bien trop de gaz lacrymogènes. Pour autant, Khelifa M. se souvient très bien de la suite. « J’entends une matraque [télescopique] qui s’ouvre très violemment. J’ai eu le réflexe de m’enfuir. Mais j’ai pas été assez vite. J’ai pris un coup sur la jambe droite… » Une photo prise par une agence américaine, ce jour-là, montre clairement Alexandre Benalla et Vincent Crase emmener le prévenu. Sur le cliché, Vincent Crase arbore un brassard orange au bras droit et porte une matraque télescopique dans la main gauche. Les deux anciens gendarmes réservistes ont été mis en examen pour ces faits.

Deux mois avec sursis requis pour « usage de stupéfiants »

Khelifa M., lui, devra donc revenir au palais de justice le 4 juin prochain pour entendre la décision le concernant. Si le procureur a demandé de le relaxer pour les faits de violence, il a requis une peine de deux mois de prison avec sursis pour son « usage de stupéfiants ». Les enquêteurs s’étaient aperçus qu’il consommait du cannabis et de la cocaïne en lisant les messages sur son portable qu’ils avaient saisi après son interpellation au Jardin des Plantes.